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La victoire électorale de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt constitue un verdict accablant pour le Parti social-démocrate (SPD), Die Linke et les syndicats. Ce parti d’extrême droite, qui excuse le régime nazi, attise la haine contre les migrants, cherche à mettre au pas idéologiquement la culture et l’éducation, et vise à instaurer un État policier, a recueilli 43,8 % des voix. Un résultat obtenu avec un taux de participation record de 78 %.
Même les nazis n’avait fait mieux à une élection régionale que deux fois avant l’arrivée au pouvoir de Hitler en janvier 1933: en mai 1932 à Oldenbourg, avec 48,4 %, et en juin 1932 en Mecklembourg-Schwerin, avec 49 %. En Anhalt (qui fait aujourd’hui partie de la Saxe-Anhalt), les nazis avaient obtenu 40,7 % en avril 1932 et formé l’un des premiers gouvernements régionaux dirigés par eux. Lors des élections au Reichstag en novembre 1932, les dernières avant la nomination de Hitler comme chancelier, les nazis avaient recueilli 33,1 % des voix. Depuis la fin du Troisième Reich, aucun parti d’extrême droite n’avait plus jamais atteint un résultat électoral aussi élevé.
Ce résultat ne signifie pas que chaque électeur de l’AfD soit un nazi. L’AfD n’est pas un parti fasciste de masse. Elle est le produit de la marche à droite de l’ensemble du spectre politique bourgeois et doit son essor à la dégénérescence des syndicats et des partis qui prétendaient autrefois représenter les intérêts des travailleurs. Ceux-ci ont trahi les travailleurs si souvent et si foncièrement que l’AfD a pu tirer profit de la colère et de la frustration que cela a suscité.
En Allemagne de l’Est, le SPD a déjà joué un rôle de premier plan dans trois vagues brutales de coupes sociales: dans les années 1990, lorsque l’industrie de l’ex-RDA a été en grande partie démantelée; dans les années 2000 avec l’Agenda 2010; et aujourd’hui avec la « réforme » des systèmes de retraite, d’aide sociale et d’assurance maladie. En tant que ministre allemand des Finances, le dirigeant du SPD Lars Klingbeil orchestre la casse de l’État social, tandis que Boris Pistorius, en tant que ministre de la Défense, est responsable du plus vaste réarmement depuis Hitler.
Die Linke (Parti de gauche) joue un rôle particulièrement perfide dans cette trahison. Elle tient un discours de gauche mais pratique une politique de droite. Dans ses discours du dimanche, elle critique la politique de la CDU (Union chrétienne-démocrate) et du SPD, mais les soutient lorsque cela compte vraiment. Dans les gouvernements régionaux, elle participe directement au démantèlement de l’État social. En Saxe-Anhalt, le parti s’était déjà avant l’élection engagé à soutenir un gouvernement dirigé par la CDU contre l’AfD.
Trois jours à peine avant l’élection, le syndicat IG Metall a une nouvelle fois montré que les syndicats se sont entièrement transformés en larbins du grand patronat. Dans une opération menée en catimini, le syndicat a approuvé la suppression de 50 000 emplois supplémentaires chez Volkswagen.
Le SPD, Die Linke, les Verts et les syndicats soutiennent la guerre de l’OTAN contre la Russie, le génocide contre les Palestiniens au Moyen-Orient et la politique migratoire de l’UE, qui ne diffère en rien de celle de l’AfD.
L’AfD a systématiquement exploité cette situation dans sa campagne électorale. Elle s’est prononcée contre les livraisons d’armes à l’Ukraine, a mis en garde contre le fait que l’escalade de la guerre contre la Russie amènerait le conflit en Allemagne, et a promis une relance économique et des prestations sociales. Elle a associé cela à des slogans de loi et d’ordre et à un discours de haine contre les migrants.
Le front uni formé par tous les autres partis a encore renforcé l’AfD. La forte participation, supérieure de près de 20 % à celle de la précédente élection, a joué en sa faveur. Elle a recueilli nettement plus de voix que ne le prédisaient les sondages. Une grande partie des voix de l’AfD est venue des rangs des abstentionnistes, qui avaient déjà rejeté l’ensemble de la politique officielle lors des élections précédentes.
La CDU est profondément détestée. Elle a été la grande perdante de l’élection de dimanche. Elle a perdu plus de la moitié de son score, passant de 37,1 % à 17,2 %. Ceci est moins imputable à son candidat tête de liste, le ministre-président sortant Sven Schulze, qu’au chancelier Friedrich Merz, plus impopulaire qu’aucun chancelier avant lui.
Si la CDU a essuyé de lourdes pertes, le SPD, Die Linke et les Verts n’ont eux, pratiquement pas progressé. Ils oscillent tous autour de 9 %. Die Linke a perdu 2,4 points, le SPD a gagné un point et les Verts trois points. Le Parti libéral-démocrate (FDP), qui faisait partie du précédent gouvernement régional, a perdu 4 points et, avec 2,6 %, a été évincé du parlement régional.
L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), issue d’une scission de Die Linke, est parvenue à entrer au parlement régional avec une marge infime. Elle s’était déjà engagée avant l’élection à une coopération partielle avec l’AfD.
Le nouveau parlement régional se trouve dans une impasse. Il manque trois sièges à l’AfD pour pouvoir former seule un gouvernement. La CDU, les Verts, le SPD et Die Linke réunis manquent eux aussi de trois sièges pour obtenir la majorité. De plus, une résolution d’incompatibilité adoptée par le parti national interdit à la CDU de coopérer directement avec Die Linke. Le BSW, avec ses cinq sièges, pourrait faire pencher la balance, mais il rejette l’élection d’un ministre-président CDU et a jusqu’à présent également exclu une coalition avec l’AfD.
L’impasse pourrait durer des mois. Schulze resterait ministre-président jusqu’à l’élection d’un successeur, la constitution du Land ne fixant aucun délai à cet égard. Il est toutefois également possible que la CDU ou le BSW parviennent à un accord avec l’AfD, ou que certains députés CDU changent individuellement de camp. Une partie de la CDU y est favorable, et l’AfD semble tabler sur une telle évolution. Du point de vue du contenu politique, rien ne s’y opposerait.
Les semaines et les mois à venir seront marqués par de véhémentes crises politiques, et pas seulement en Saxe-Anhalt. Celles-ci renforceront encore l’AfD si la classe ouvrière n’intervient pas de manière indépendante. Comme l’écrivait samedi le Parti de l’égalité socialiste dans sa déclaration «La lutte contre l’Alternative pour l’Allemagne exige une lutte contre le capitalisme»:
Ce virage à droite ne peut être arrêté par des manœuvres parlementaires impliquant les partis au pouvoir. Ce qu'il faut, c'est une offensive indépendante de la classe ouvrière, dirigée contre la guerre, la casse sociale et leur cause profonde, le capitalisme. Une telle offensive priverait l'AfD du terrain social sur lequel elle propage aujourd'hui sa démagogie et mettrait à nu les clivages de classe: l'AfD ne représente pas les intérêts des gens ordinaires, elle est du côté du capital, du militarisme et de l'État autoritaire.


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