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Il aura fallu attendre vendredi, soit près de 20 jours après le début de la crise sociale en Iran et la répression sanglante que lui a opposée le régime des mollahs, pour une première réaction officielle venant du président de la Russie. Moscou est pourtant un partenaire stratégique clé de la République islamique dans la région.
Au terme d’un appel téléphonique entre l’homme fort du Kremlin et son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, la présidence russe a indiqué par voie de communiqué que Vladimir Poutine avait fait part de ses intentions de « favoriser une désescalade » dans ce pays du Moyen-Orient, tout en reconnaissant une « situation très tendue ». Rien toutefois sur les menaces d’intervention des États-Unis, que Donald Trump a laissées planer toute la semaine, ni sur les appels du républicain à la population iranienne pour qu’elle accentue la pression sur la théocratie.
Tout au plus, par la voix de son ambassadeur à Washington, Vassili Nebenzia, la Russie a reproché la veille à la Maison-Blanche « d’attiser les tensions et d’alimenter l’hystérie » en Iran, sans toutefois emprunter à la rhétorique belliqueuse habituelle appelant les Occidentaux, les États-Unis en particulier, à plus de retenue dans les régions du globe sous influence russe.
Le silence du Kremlin depuis le 28 décembre et le début du massacre des Iraniens par la dictature a duré suffisamment longtemps pour ne pas passer inaperçu. Il en va de même de celui qui a suivi l’opération militaire américaine au Venezuela — autre allié de la Russie —, l’enlèvement de son président, Nicolás Maduro, ou encore les déclarations aux tonalités impérialistes de Donald Trump sur le Groenland, que le président états-unien justifie par une menace russe et chinoise planant au-dessus du territoire autonome du Danemark.
Cette timidité étonnante du Kremlin sur les questions géopolitiques touchant directement les intérêts et l’image de la Russie sur l’échiquier international peut en partie s’expliquer par un temps de l’année où les jours fériés se multiplient dans le pays. La dernière semaine de décembre et les deux premières de janvier y sont généralement calmes sur la scène politique en raison du Nouvel An et du Noël orthodoxes.
Ainsi, lors de sa rencontre avec son vice-premier ministre, Denis Mantourov, lundi, Vladimir Poutine n’a fait aucune mention des troubles sur la scène internationale, se contentant de parler de sujets techniques et économiques. Mercredi, lors d’une autre réunion publique avec un membre de son gouvernement, le dictateur russe a plutôt parlé de sécurité routière et s’est félicité des « réalisations dans le secteur de la construction en 2025 ».
Et jeudi, Vladimir Poutine a osé une allusion indirecte à la politique américaine brutale des dernières semaines en déplorant qu’au lieu d’observer « un dialogue entre les pays », le monde soit désormais soumis à « un monologue d’États qui, forts de leur pouvoir, s’arrogent le droit de dicter leur volonté, de donner des leçons aux autres et de donner des ordres ». C’était lors de la cérémonie d’accueil des nouveaux ambassadeurs étrangers au Kremlin.
Priorité : l’Ukraine
Alors que la politique étrangère de Donald Trump cherche à conduire le monde dans un nouveau chaos et que l’Iran, avec qui la Russie a signé un partenariat stratégique il y a un an à peine, s’approche une nouvelle fois du gouffre, le Kremlin semble « manifestement préoccupé par des problèmes tout à fait différents », a expliqué cette semaine Ruslan Suleymanov, chercheur au New Eurasian Strategies Centre, basé en Allemagne, sur les ondes de Current Time TV, réseau de langue russe financé par Washington. « Pour Poutine, la prise d’un énième village en Ukraine est bien plus importante que le sauvetage du régime […] de Maduro au Venezuela ou de celui de l’ayatollah Ali Khamenei en Iran. »
Au quatrième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui approche, Moscou semble voir sa marge de manœuvre se réduire sur la scène internationale en raison de la mobilisation nécessaire de ses forces armées et de ses armements pour faire plier l’ex-république soviétique, mais aussi en raison des perturbations de son économie que cette agression a entraînées.
Ce contexte avait d’ailleurs teinté la réaction timide de Vladimir Poutine à la chute de son allié syrien de longue date, le dictateur Bachar al-Assad, en décembre 2024. Il explique aussi en partie le silence du Kremlin sur les questions du Venezuela et de l’Iran, pays où, si la situation devait dégénérer, ses capacités d’agir seraient sans doute limitées.
Sans compter que le chaos que Vladimir Poutine aime créer pour mieux s’en nourrir pourrait également nuire à la diplomatie russe face aux États-Unis alors que le dictateur russe maintient ses visées maximalistes sur l’Ukraine dans le cadre des difficiles négociations de paix en cours.
Vendredi, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dit avoir bon espoir de conclure un accord la semaine prochaine avec Washington pour mettre fin à la guerre. Ses négociateurs doivent rencontrer des représentants américains samedi à Miami, en Floride.
Mais le silence persistant du président russe sur les menaces à ses intérêts à travers le monde vient sans doute confirmer le soutien des États-Unis à la Russie face à l’Ukraine, soutien que l’homme fort du Kremlin ne veut surtout pas compromettre. Il accompagne aussi la radicalité de la nouvelle politique étrangère que Donald Trump impose au reste du monde, sans grande résistance ni condamnation, politique que Moscou semble avoir pris conscience de son incapacité à faire infléchir ou même freiner.
Une sorte d’aveu d’impuissance qui ne devrait pas tenir trop longtemps dans le silence pour Moscou, les sentiments de faiblesse et d’humiliation étant ceux qu’exècre le plus Vladimir Poutine, comme tous les autres dictateurs, d’ailleurs.
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