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« Au début avril, je vais avoir 70 ans… » C’est ainsi que s’amorce la discussion avec Jacques Beaudoin, dans un coin de la salle à manger du restaurant Routier 117, situé à mi-chemin entre Rouyn-Noranda et Val-d’Or, sur la route Transcanadienne.
Avec sa femme, Michelle Demers, il est propriétaire de l’établissement depuis 2002. On n'a pas eu beaucoup de répit depuis qu'on est ouvert, c'est très, très demandant comme commerce confie-t-il d’entrée de jeu.
La décision de fermer le restaurant, mûrement réfléchie, a été annoncée aux employés au début du mois de mars. Le dépanneur et la station-service, quant à eux, demeureront ouverts.
Avant de réduire les heures d’ouverture, il y a quelques années, Jacques Beaudoin fait remarquer que le restaurant était ouvert 7 jours sur 7, du matin au soir.
Des semaines de 70-80 heures chacun, c'était très commun.
Pour se donner un peu de répit, le couple a alors décidé d’arrêter de servir des déjeuners et de fermer les fins de semaine, pour réduire la cadence.

Avec humour, Jacques Beaudoin souligne que rares sont les restaurants comme le sien à servir à la fois des fruits de mer et des hot-dogs.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
En plus de la salle à manger, la cuisine du restaurant sert à alimenter les commandes en livraison, le comptoir de prêt-à-manger du dépanneur, de même que le service de traiteur qu’offre le restaurant, en bonne partie pour les entreprises minières situées à proximité.
Comme propriétaires, Jacques Beaudoin et sa femme sont régulièrement impliqués à chacune des étapes.
On fait ce qui est nécessaire. À un moment donné, j'ai dû être aide-cuisinier. Pendant des années et des années, j'étais le livreur attitré. Je peux aider à faire de la pizza, on peut compenser pour bien des choses. Pendant des années, les minières nous commandaient de la soupe. C'est moi qui livrais, donne-t-il en exemple.
À près de 70 ans, Jacques Beaudoin souhaite avoir plus de temps pour se reposer et profiter de la retraite.

Jacques Beaudoin et sa femme ont pris la difficile décision de fermer le restaurant pour profiter de la retraite pendant qu'ils sont en santé.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Absolument. Quand j'ai rencontré mon monde, les premiers que j'ai rencontrés, je leur ai dit : "Cet été, je joue au golf!" Ça va être la première année que je vais probablement être capable de jouer plus que deux parties. C'est impossible pour nous de prendre des congés; d'ailleurs on n'a à peu près jamais pris de vacances durant les 24 dernières années, relate-t-il.
Selon M. Beaudoin, les employés du restaurant ont été compréhensifs en apprenant la nouvelle.
Ils savent que ça ne pouvait pas continuer éternellement parce que les années de qualité, passé 70 [ans], il peut y en avoir quelques-unes, mais il pourrait y en avoir très peu.
Une déception pour la clientèle
Jacques Beaudoin le confirme, ce n’est pas pour des motifs financiers que le restaurant fermera ses portes. L’entreprise est rentable grâce aux commandes récurrentes des entreprises minières et aux fidèles clients, parmi lesquels figurent de nombreux camionneurs et utilisateurs de la route et, l’hiver, les motoneigistes.

Mario Poirier, administrateur régional à la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin
Administrateur régional à la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec, Mario Poirier ne cache pas sa déception. Pour nous, les motoneigistes, le restaurant de Cadillac, c'est une institution. C’est une grosse perte pour nous, affirme-t-il.
Parmi ces motoneigistes déçus figure Lise Charland, de Val-d’Or. Elle a profité d’une énième chute de neige en mars pour venir rencontrer, à mi-chemin, des amis de Rouyn-Noranda.
Ça nous attriste parce que les motoneigistes, on n'a plus de place où aller. Les restaurants ont fermé à peu près partout dans les petits villages. Alors là, on se demande : "On va se rejoindre où?", questionne-t-elle, vêtue de la moitié de son habit de motoneige.
La fermeture du Routier 117 s’ajoutera à celle du restaurant du Manoir des rapides, à Preissac, autre lieu longtemps apprécié par les motoneigistes de la région pour casser la croûte.

Ce groupe de motoneigistes était déçu d'apprendre la fermeture prochaine du restaurant.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Il faut s'adapter, malheureusement, soupire Mario Poirier. Quand il y a des restaurants comme ça qui ferment, c'est malheureux, mais il faut faire avec, dit-il, soulignant que l’offre de restauration a beaucoup diminué depuis la pandémie de COVID-19.
M. Poirier convient que cette nouvelle fermeture n’est pas un plus pour le tourisme en Abitibi-Témiscamingue, mais il signale que d’autres alternatives demeurent.
Avec la carte interactive iMotoneige, on met tous les points de service, que ce soit motel, hôtel, pourvoirie, restaurant, station-service, sur la carte. Donc, les touristes qui viennent de l'Ontario, des États-Unis, du sud du Québec, ils ont vraiment accès aux points, tous les points possibles qui sont répertoriés par Tourisme Abitibi-Témiscamingue, fait-il valoir.

Le sentier fédéré de motoneige passe tout juste devant le restaurant.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Une reprise est possible, mais pas tout de suite
Déjà, Jacques Beaudoin soutient avoir été approché par des gens intéressés à reprendre le restaurant. Comme sa femme et lui demeureront propriétaires du bâtiment, la suite des choses devra passer par une location.
Ces démarches ne s’amorceront toutefois pas avant quelques mois.
On n'est pas fermé à [une location], mais ce ne sera pas dans un avenir rapproché. Peut-être dans quelques mois, mais pour l’instant, on a trop d’autres choses à gérer.
L’homme d’affaires souligne le défi que représente la gestion d’un restaurant. S’il choisit d’aller de l’avant avec une location, le ou la candidat choisi devra remplir des critères bien précis.
Je pense que la recette du succès d'un restaurant comme celui-là, c'est d'avoir une bonne équipe et d'avoir des connaissances de gestion en restaurant. Parce que souvent, quelqu'un va vouloir prendre la relève, mais ils n'ont pas le bagage nécessaire pour l'administrer, affirme-t-il.
Les gens de Cadillac très résilients
Soulignant l’importance de ce lieu de rencontre pour les citoyens du village, le conseiller municipal du district McWatters/Cadillac/Bellecombe, Yvon Hurtubise, se dit déçu de la fermeture, mais affirme comprendre la décision des propriétaires.

Yvon Hurtubise est conseiller municipal à Rouyn-Noranda, dans le district McWatters/Cadillac/Bellecombe.
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Le fait qu'il y a beaucoup d'achalandage, entre autres au niveau des motoneigistes et des différents voyageurs, ça faisait en sorte de faire marcher aussi le dépanneur. Ça faisait connaître le quartier Cadillac. C'est le seul restaurant qu'on a, alors c’est très dommage, fait-il observer.
M. Hurtubise espère qu’une entente pourra être trouvée dans les prochains mois afin que le restaurant puisse reprendre ses activités.

L'hiver, le restaurant constitue un relais apprécié des motoneigistes
Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir
Rappelant que la communauté située en milieu rural n’en est pas à sa première épreuve, il soutient que la Corporation de développement économique de Cadillac est constamment en mode solution pour conserver la vitalité du village.
Je veux le mentionner, les gens de Cadillac sont très résilients. On a vécu la fermeture du bureau de la caisse populaire, la fermeture de l'épicerie, la fermeture de la quincaillerie. Puis on est encore là, et on est dynamiques, conclut-il.


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