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Depuis une décennie, sur l’île Hornby, dans le détroit de Georgia, le Herring Fest sensibilise le public au rôle essentiel du hareng dans l’équilibre de son écosystème. Pendant la saison du frai, ce petit poisson pélagique est à l'honneur de ce festival engagé.
À l’approche de l’île Hornby, le vert des forêts contraste avec le turquoise de la mer, une couleur produite par la laitance des harengs mâles lors de la reproduction. Des bateaux de pêche côtoient des otaries, des oiseaux et des aigles venus se rassasier.
Le Herring Fest est notre célébration de notre amour pour le hareng du Pacifique. C'est un événement éducatif et de sensibilisation qui déborde également de créativité, explique avec ferveur Melanda Schmid-Ochieng, directrice générale de Conservancy Hornby Island.

Melanda Schmid-Ochieng explique que les harengs sont mangés par d’autres poissons, comme les saumons, qui sont eux-mêmes la nourriture d’épaulards. « Si ces ressources s'épuisent, nos épaulards disparaîtront.»
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
L’organisme né d’une lutte pour défendre les forêts de l'île se félicite que 39 % de Hornby soit désormais protégé.
Après les forêts, c’est la mer que les îliens ont souhaité préserver. De la même manière qu'une clé de voûte maintient une arche, une espèce clé de voûte assure la cohésion de l'écosystème, raconte la directrice. Le hareng est ce qu'on appelle un poisson-fourrage, et il constitue en réalité le poisson-fourrage principal de ces eaux.
Si [les harengs] disparaissent, aucune autre espèce ne pourra les remplacer. [...] De nombreux oiseaux migrateurs dépendent de ces œufs à cette période de l'année pour leur reproduction. S'ils n'en ont pas, leur population diminuera.

La francophone Anne Ngan, qui habite sur l'île Hornby depuis 1968, expose une peinture lors du Herring Fest. «Cette couleur, cette mer turquoise un peu laiteuse, je trouve que c'est assez extraordinaire, donc toutes les années, je participe au festival du hareng.»
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Outre la sensibilisation, portée par une exposition d’œuvres au Centre des arts, une performance, la projection d'un documentaire ou encore des prises de paroles, le festival soutient la démarche de chefs héréditaires W̱SÁNEĆ qui veulent un moratoire sur la pêche au hareng dans la mer des Salish.
Il est difficile de garder espoir, car année après année, le MPO publie le même plan de gestion avec les mêmes quotas. C'est un document de 125 pages, basé essentiellement sur des données scientifiques erronées et mal interprétées. La vérité, c'est que les populations de hareng sont au bord de l'effondrement partout où elles sont surexploitées.
Contacté, le MPO assure que l'état des stocks continuera d'être suivi de près afin de s'assurer que les plans de gestion intégrée des pêches futurs s'appuient sur les meilleures données scientifiques disponibles. Depuis 2010, explique le ministère, le stock de hareng du détroit de Georgia se situe dans la zone saine.
En 2025-2026, 13 050 tonnes métriques peuvent être pêchées, soit un taux de capture de 14 %. Le taux historique de 20 % avait été établi en 1983. Le ministère ajoute que certaines zones sont déjà interdites de pêche pour protéger la biomasse reproductrice.
Conscient de la diversité complexe des stocks, le MPO a fermé certaines zones du détroit de Georgia où le frai a été limité ces dernières années, en réponse à la dynamique localisée des stocks. [...] Les zones où l'activité de frai est faible ou inexistante, telles que la Sunshine Coast et les îles du sud du golfe, sont fermées à la pêche commerciale au hareng depuis plusieurs années.
Œuvrer pour le retour du hareng
Présent lors du festival, le chef héréditaire des Tsawout, Eric Pelkey, explique être un fervent défenseur du hareng depuis que plusieurs femmes de sa famille ont déclaré des problèmes de santé à cause d’un manque d’alimentation en produits de la mer.
Les W̱SÁNEĆ alertent sur la prévalence de la cirrhose hypertrophique de Hanot-Gilbert (nouvelle fenêtre) (en anglais) parmi leurs membres, qui affecterait particulièrement les femmes. La disparition des produits de la mer en général a eu un réel impact sur la santé de notre population, souffle Eric Pelkey.
Cela fait près de 50 ans que nous n'avons pas vu une bonne remontée de harengs dans notre région. Depuis, la situation n'a cessé de se dégrader lentement : canards, otaries, pieuvres, calamars et poissons de fond commencent à disparaître.
La situation est effrayante, assure Eric Pelkey. C’est pourquoi il espère que le Herring Fest mènera le public à soutenir l’action des chefs W̱SÁNEĆ et à fonder la sauvegarde du hareng sur de véritables données scientifiques pour que la population puisse se reconstituer.
De son côté, le ministère assure : Les fermetures existantes des pêcheries commerciales de hareng qui ont été mises en place dans le sud du détroit de Georgia ont fermé l’ensemble de la zone de pêche W̱SÁNEĆ à la capture commerciale du hareng.

W̱IĆKINEM (Eric Pelkey), chef héréditaire de la Première Nation Tsawout et Kwa Kwyem Tomolx, Denise Smith, directrice du territoire et des ressources pour la Nation Tla’amin.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Interdire la pêche au hareng porte ses fruits, affirme de son côté Denise Smith, directrice du territoire et des ressources pour la Nation Tla’amin. La pêche commerciale n'est plus autorisée devant notre communauté [depuis environ 6 à 8 ans].
Sa communauté nommée t̓išosəm signifie eaux laiteuses dues au frai du hareng. Bien sûr, on nous appelle ainsi parce que le hareng venait autrefois frayer en abondance devant notre communauté, raconte-t-elle.
Des fouilles archéologiques récentes menées dans notre communauté montrent que le hareng représentait 80 % ou plus de notre alimentation.

Les Tla’amin travaillent avec le MPO pour collecter des données sur le hareng. Le traité moderne des Tla’amin, entré en vigueur en 2016, précise qu’ils ont une aire de pêche autour des îles Hornby et Denman, selon Denise Smith.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Cette année, le hareng semble être de retour devant la communauté, un bon signe se réjouit Denise Smith, car sa disparition était liée, assure-t-elle, à la surpêche. Nous apercevons des baleines que nous n'avions pas vues depuis longtemps.
Venir au Herring Fest permet à Denise Smith de rapporter dans sa communauté des contacts et des idées pour protéger cette ressource.
Souvenirs d’enfance
Denise, Eric et Melanda ont tous les trois des souvenirs d’enfance vifs liés au hareng. La directrice de Conservancy Hornby Island se remémore des amas d'œufs de hareng de soixante centimètres d'épaisseur s'accumulant sur la plage.
[Enfant] si vous alliez à la plage, ce n'était pas comme si vous cherchiez des œufs [de harengs]. Il y en avait partout. Un souvenir visuel qui s’accompagne d'une réminiscence olfactive, l'odeur printanière, celle du hareng.

Des bateaux de pêche au hareng, au large de l'île Hornby.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Denise Smith se souvient, elle, d’enfiler des harengs sur des ficelles, puis de les fumer. On prenait ce hareng séché, on le mettait sur un bâtonnet comme un hot dog et on le faisait griller au-dessus d'un feu, et on le mangeait comme ça.
Lors d’une saison abondante, elle se souvient de remplir des seaux entiers d'œufs de harengs, à tel point que sa mère avait dû lui demander d’arrêter. Malheureusement [maintenant] nous les achetons à d'autres Premières Nations pour pouvoir les faire parvenir à notre communauté et les mettre sur la table.

Le Herring Fest a fêté son 10e anniversaire début mars 2026.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
De son côté, Eric Pelkey explique que le hareng était un aliment de base tout l’hiver, un moment de partage et de convivialité dans les maisons longues des W̱SÁNEĆ.
Cela fait plusieurs années que nos membres n'ont pas mangé de hareng lors de nos réunions hivernales [...] Je sais que beaucoup de nous le regrettent vraiment.
Son arrière-grand-père, le chef Louie Pelkey s’était battu pour garder une maison longue sur l’île Saltspring,parce que c'est là que nous faisions une grande pêche au hareng, mais sans succès. Sa famille utilisait le hareng comme monnaie d’échange jusqu'aussi loin que la région de Kamloops, raconte Eric Pelkey.
C'était un véritable générateur de richesse, un élément essentiel de notre économie.


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