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Le président russe durcit sa guerre contre sa population : “Connaître Poutine ne suffit plus pour rester en Russie”

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"J'ai vu une foule de policiers foncer sur nous à toute vitesse, casqués et en gilets pare-balles, comme s'ils partaient en guerre", témoigne un participant du festival de musique punk "Jour et nuit" organisé dans la région de Saint-Pétersbourg, samedi 22 août, non loin de la frontière finlandaise.

En quelques secondes, les forces de l'ordre ont arrêté une centaine de personnes tandis que le public tentait de fuir à travers les bois. Entre deux remarques homophobes, les festivaliers ont été accusés d'avoir chanté en hommage à l'Ukraine et consommé de la drogue. Des faits que les enquêteurs ne sont finalement pas parvenus à matérialiser. Un musicien confie au média Mediazona s'être vu demander depuis combien de temps il était "dans le mouvement" sans vraiment comprendre le sens de la question.

Les élections, période sensible pour le Kremlin

À chaque raid, les agents recherchent des militants de gauche radicale, des féministes ou des preuves de "propagande LGBT", motivés par les valeurs ultranationalistes du Kremlin mais aussi, par crainte des sous-cultures, vues par les agents du service de lutte contre l'extrémisme comme des mouvements propices aux conspirations. Ces opérations de police avant tout destinées à ficher d'éventuels opposants et qui ne finissent pas toujours en arrestations, se multiplient à la veille d'élections législatives et locales qui se tiendront du 18 au 20 septembre.

Le Kremlin semble avoir une nouvelle fois relevé son niveau de paranoïa. La raison probable : sa rhétorique guerrière, qui annonce un conflit loin de toucher à sa fin, se confronte aux désirs de paix réclamés publiquement et massivement par la population ces derniers mois.

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Actions absurdes et symboliques

Poussés à ne rien laisser passer et à ne pas se faire remarquer par Moscou, les bureaux régionaux des services de renseignement, le FSB, multiplient les actions absurdes mais symboliques. Le 14 août dernier, un jeune homme de 19 ans de Kourgan (frontière avec le Kazakhstan), a été arrêté pour avoir écouté une chanson d'un artiste en exil en utilisant un VPN pour contourner la censure. Le 28 juillet dernier, Daniil Neonov, 24 ans, candidat indépendant dans son quartier de Moscou, a été placé en cellule. Il a été accusé de "propagande homosexuelle" parce qu'il apparaissait sur une photo portant un vêtement composé d'un motif arc-en-ciel. Après avoir passé dix jours en prison, le jeune homme a de nouveau été arrêté, dès la sortie de sa cellule. Il est de nouveau poursuivi pour "propagande homosexuelle", l'intéressé ignore les bases de cette nouvelle accusation.

Aux poursuites symboliques s'ajoutent celles directement commanditées par le Kremlin via son service d'enquêteurs du "comité d'enquête". Les partis traditionnels, pourtant acceptés dans le système politique russe, n'échappent plus à la répression. Début août, un militaire actuellement sur le front ukrainien espérait pouvoir se présenter aux élections dans son quartier de Saint-Pétersbourg au nom du parti nationaliste LDPR. En réponse à sa demande de permission pour faire campagne, les autorités l'ont transféré dans une unité d'assaut. Il est désormais injoignable.

Le 21 août, c'est l'autre côté de l'échiquier politique qui a été visé. Candidat communiste de Saratov nommé par le siège central à Moscou, Nikolaï Bondarenko est accusé de "démonstration d'un symbole extrémiste" pour avoir montré une image de l'opposant Alexeï Navalny, mort en colonie pénitentiaire en 2024 dans une de ses vidéos YouTube. La manœuvre semble résolument politique : une condamnation sous ces termes suffirait à l'empêcher de participer à l'élection.

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"Non-respect des droits d'auteur"

L'été a également été marqué par un double coup de massue pour les Russes libéraux, avec la liquidation du parti politique libéral historique, "Iabloko". Le parti antiguerre se faisait discret depuis plusieurs années et parvenait partiellement à passer entre les gouttes de la répression. Le 10 août dernier, il a tout simplement été privé de participation aux élections. Les autorités ont mis en avant, sans apporter de preuves, la réception d'un financement étranger, des déclarations "illégales" et l'utilisation par le chef du parti, dans un discours, de paroles d'une chanson soviétique hors des règles du droit d'auteur… Des accusations qui frôlent l'absurde qui ont également donné lieu à la lourde condamnation du vice-président du parti, Lev Shlosberg, à 11 ans et un mois de prison dans une affaire pénale liée à des déclarations antiguerre.

Le verdict a glacé les rares critiques du régime encore à Moscou. Quelques jours plus tard, Boris Nadejdine, ancien candidat d'opposition à la présidentielle, apparaissait à Paris, devant la tour Eiffel, lui aussi choqué par cette condamnation. "Shlosberg a fait un choix entre l'exil et la poursuite de son combat sur place. Pour moi, la question ne s'est pas posée, ma priorité est ma famille. Quand mes avocats m'ont conseillé de quitter la Russie, je suis parti instantanément", confie l'opposant.

Il observe la situation avec dépit, regrette des procès "cirque" qui se multiplient et en conclut que "la dégradation du pouvoir entre dans sa phase finale". L'opposant reconnaît volontiers avoir passé 30 ans au sein du pouvoir russe, à boire le thé avec Vladimir Poutine, à copiner avec le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, ou la présidente du Conseil de la Fédération, Valentina Matvienko, avant de se faire jeter du système et de perdre son droit de cité à la télévision russe dès ses premiers propos critiques de la guerre.

"Mes connaissances m'ont peut-être permis de choisir l'exil à la prison, mais connaître Poutine ne suffit plus pour rester en Russie aujourd'hui. Quand l'administration présidentielle a donné son feu vert, c'est tout le système qui s'est abattu sur moi en deux semaines, les affaires judiciaires se sont soudainement multipliées ! La justice, la police, n'importe quel procureur à l'autre bout du pays peut regarder une de mes vidéos en ligne et décider de me poursuivre sous un motif fallacieux", explique-t-il.

Rappelant sa chance d'avoir pu quitter la Russie 24 heures avant une convocation du comité d'enquête, Boris Nadejdine s'imagine difficilement jouer le rôle de l'opposant en exil. "Je ne peux plus faire de politique en Russie si je n'y suis pas" estime-t-il, désirant désormais faire profil bas pour protéger sa famille restée en Russie.

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