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Ouvert depuis plus de 34 ans, El Convento Rico était l'un des rares établissements LGBTQ+ de Toronto situés à l'extérieur du Village gai. Des artistes qui s'y sont produits déplorent la disparition d'un important lieu de rassemblement pour les communautés queer et latino-américaine.
Nous fermons en raison de circonstances indépendantes de notre volonté, a annoncé l'établissement dans un communiqué publié sur Instagram. Le club ne précise pas les raisons de cette fermeture, mais laisse entrevoir un possible retour en affirmant qu'El Convento Ricorenaîtra.
Dans un échange de courriels, l'équipe du club a décliné une demande d'entrevue au sujet de la fermeture de son établissement.
Ouvert en avril 1992 sur la rue College, El Convento Rico a traversé les transformations de la vie nocturne torontoise et les difficultés de la pandémie. Le club s'est fait connaître pour son répertoire de musique latine, sa piste de danse bondée et ses spectacles de drag queens présentés au milieu de la foule.

La drag queen Nicole Batista (à gauche) a remporté la toute première édition du concours Miss El Convento Rico, en 1992, l'année de l'ouverture de l'établissement. (Photo d'archives)
Photo : El Convento Rico
Tu entres dans cet espace et tu n'as pas l'impression d'être à Toronto. C'est quasiment comme de petites vacances, raconte Jason Pelletier, qui se produit sous le nom de Jezebel Bardot.
M. Pelletier a commencé à fréquenter l'établissement en 2011, avant de s'y produire comme drag queen de 2015 à 2025, et de remporter le prix de Miss El Convento Rico en 2018.
Les drag queens sortaient avec leurs plumes et leurs paillettes. Elles faisaient un spectacle d'une petite demi-heure, puis la musique reprenait et les gens recommençaient à danser, se souvient-il.
Trois décennies de danseurs
Loli Fantasia, qui se présente comme la Barbie latine de Toronto, a pour sa part découvert le club grâce à ses parents.
Ils y allaient à l'époque pour faire la fête et danser toute la nuit, puis ils m'en parlaient, raconte-t-elle.
Elle a ensuite commencé à fréquenter elle-même El Convento Rico avant sa transition de genre. C'est aussi dans cet établissement qu'elle a découvert les spectacles de drag queens et qu'elle a amorcé sa propre carrière, à la fin de 2018 ou au début de 2019.
C’était comme une deuxième maison pour moi. C'est là que j'ai vu des queens se produire et que je me suis dit : "Un jour, je vais y arriver." Et j'y suis arrivée, affirme-t-elle.
La fermeture l'a prise de court. Quand j'ai vu la publication, mon cœur s'est arrêté. Je ne m'y attendais pas du tout, dit l'artiste, qui s'est produite au club pendant environ six ans.
El Convento Rico attirait un public diversifié, selon les deux artistes.
Tu rentres là, c'est l'enterrement de vie de fille d'une jeune de 20 ans... Tu as des gens dans la trentaine qui viennent avec le parent, tu as des gens dans la cinquantaine qui vont danser la bachata, puis qui vont faire leur salsa, puis qui vont danser là ensemble. Il n'y a pas d'âge.
Aux morceaux de salsa se mêlaient notamment la musique populaire, la soca et le dancehall. Mais au-delà de la fête, le club offrait surtout un lieu où les membres des communautés queer, trans et latino-américaine pouvaient se retrouver.

La fondatrice du bar El Convento Rico, Maritza Yumbla. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Turgut Yeter
C'était un endroit sécuritaire pour tout le monde, pas seulement pour la communauté queer. Tout le monde y était accueilli à bras ouverts, souligne Loli Fantasia.
Elle aimerait que l'établissement demeure dans les mémoires comme un lieu amusant et sécuritaire, une petite échappée où l'on passait toujours une bonne soirée.
Des espaces queers de plus en plus rares
Pour Jason Pelletier, cette fermeture s'inscrit dans une érosion plus large des espaces queers de Toronto, particulièrement dans l'ouest de la ville.
En fermant un club après l'autre, les gens vont dire : "C’est juste un club de nuit." Mais pour la communauté LGBTQ+, ce ne sont pas nécessairement les églises ou les centres communautaires qui servent de lieux de rencontre. Ce sont les clubs, fait-il valoir.

Jason Pelletier lors d'une performance en tant que Jezebel Bardot, la drag queen franco-torontoise. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Turgut Yeter
La multiplication des spectacles de drag dans des restaurants ou des établissements qui ne s'adressent pas principalement à une clientèle queer pourrait témoigner d'une plus grande acceptation, reconnaît-il. Elle ne remplace toutefois pas nécessairement les lieux créés expressément pour ces communautés.
Est-ce que ces endroits ferment parce que la communauté est maintenant plus acceptée dans des milieux grand public? Ou est-ce parce que les petites entreprises ont de la difficulté à survivre?, demande-t-il.
M. Pelletier évoque la hausse des loyers commerciaux, les coûts d'exploitation et une clientèle qui n'a plus les moyens de dépenser autant pour faire la fête comme des difficultés auxquelles font face les établissements de nuit. Il précise cependant ne pas connaître les circonstances exactes ayant mené à la fermeture d'El Convento Rico.

Pendant la pandémie, El Convento Rico s'était transformé en salle de souper-spectacle afin de poursuivre ses activités malgré les restrictions sanitaires. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Chris Young
Pendant la pandémie, le club s'était transformé en salle de souper-spectacle afin de poursuivre ses activités malgré les restrictions sanitaires. La fondatrice du club, Maritza Yumbla, avait même vendu son autre établissement, le club Las Brisas, situé dans Woodbridge.
L'équipe a travaillé très fort pour s'adapter, se rappelle M. Pelletier.
Connaissant Maritza Yumbla, je suis sûr qu'elle va savoir se réinventer. Je suis certain qu'il va avoir peut-être une autre version d'El Conventio Rico à quelque part d'autre.
Malgré la tristesse provoquée par l'annonce, les deux artistes s'accrochent maintenant aux derniers mots du communiqué publié par le club.
J'espère que c'est un indice qu'ils reviendront de manière plus grandiose, dit Loli Fantasia. J'ai hâte de voir ce qui arrivera.


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