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Le pont international Gordie-Howe : du 11 septembre 2001 à Donald Trump

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Depuis près de 100 ans, le pont Ambassadeur exerce un monopole sur le trafic de marchandise au-dessus de la rivière Détroit. Construit en 1929, le pont a pris une grande importance avec le développement de l’industrie automobile.

Le 11 septembre 2001 change la donne, selon Chris Edward, éditeur et spécialiste de l’histoire locale. Le pont n’avait jamais vraiment été organisé de façon à assurer une sécurité parfaite. Il faut plusieurs années pour réorganiser les douanes afin d’assurer un bon flux des camions. C’est à ce moment-là que la demande pour un deuxième pont apparaît.

Le pont Ambassadeur.

Le pont Ambassadeur qui relie les villes de Détroit au Michigan, à gauche, et de Windsor en Ontario, à droite. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / Gregory Shamus

Avec les années, la traversée de ce pont se complique, comme en témoignait, en 2018, le camionneur Dave Walker à Radio-Canada. Il affirmait alors vivre un cauchemar avec une heure et demie pour traverser le pont et presque deux heures pour revenir.

Aujourd’hui, le pont Ambassadeur reste crucial pour le commerce international, selon Jean-Michel Marcoux, professeur adjoint à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval. On parle de jusqu’à 25 % de la valeur de commerce entre le Canada et les États-Unis qui passe par le pont Ambassadeur.

Les années 2000 : l’idée

Au début des années 2000, des études sont réalisées, notamment par le Canada-United States Ontario-Michigan Border Transportation Partnership. L’objectif étant d’élaborer une stratégie de transport à long terme qui assurera la circulation sûre et efficace des personnes, des biens et des services à travers les États-Unis et la frontière canadienne dans la région du sud-est du Michigan et du sud-ouest de l’Ontario.

Cet organisme faisait alors état que la congestion est un problème et que des capacités transfrontalières supplémentaires seront nécessaires dans les 5 à 10 prochaines années.

Une photo montre des camions-remorques immobilisés sur le pont Ambassadeur.

Une image qui est très familière pour les habitués du pont Ambassadeur alors que des camions-remorques sont immobilisés sur le tablier du pont. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

En 2004, cette étude est finalisée et présentée à de hauts fonctionnaires des gouvernements canadien, américain, ontarien et du Michigan. Selon le site Internet du pont Gordie-Howe, les résultats de l’étude ont été utilisés ensuite pour entreprendre des études environnementales formelles sur les deux côtés de la frontière, qui mènerait finalement à la recommandation du nouveau pont International Gordie-Howe.

Les années 2010 : la concrétisation

Ce projet de construire ne plaît cependant pas à tout le monde en particulier, la famille Moroun, à la tête de la Detroit International Bridge Company, propriétaire du pont Ambassadeur.

 Manuel "Matty" Moroun en avril 2010.

Le milliardaire américain Manuel « Matty » Moroun est mort en 2020 à l’âge de 93 ans. Il était le propriétaire du pont Ambassadeur. Sa famille en est maintenant propriétaire. (Photo d’archives)

Photo : The Associated Press / Carlos Osorio

Le professeur Marcoux se souvient qu’en 2011, les propriétaires du pont Ambassadeur avaient déjà contesté une loi canadienne qui avait été adoptée pour essayer de faire construire un nouveau pont.

Ils ont intenté 25 poursuites au cours des années afin de favoriser le pont Ambassadeur.

En 2012, le projet du nouveau pont est approuvé. Un accord qui stipule que tout l’acier et le fer nécessaire à n’importe quelle composante du pont au Canada et n’importe quelle composante du pont aux États-Unis proviendront du Canada ou des États-Unis, comme on peut le lire sur le site Internet du pont Gordie-Howe.

Deux images de concepts proposés pour la construction du pont international Gordie-Howe.

Deux concepts avaient été proposés pour la construction d’un nouveau pont entre Détroit aux États-Unis et Windsor au Canada. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada/Nicole Pham

Selon l’accord, le gouvernement du Canada paiera tous les coûts liés à l’acquisition de propriétés au Canada et au Michigan. C’est pourquoi les péages pour la circulation en direction du Canada et en direction des États-Unis seront collectés du côté canadien du passage et serviront à rembourser le gouvernement du Canada pour les fonds qu’il avance pour le projet.

Ainsi, les revenus des péages vont aller au fédéral jusqu’à ce qu’il se rembourse. Après cela, il y a un partage entre le Canada et le Michigan, précise André Juneau, ancien directeur général par intérim pour l’Autorité du pont Windsor-Détroit.

Une photo de Gordie Howe proche du pont qui portera son nom.

Le pont international Gordie-Howe, qui reliera Windsor et Détroit, ajoutera six voies de circulation pour traverser la région frontalière la plus achalandée du pays. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Dave Chidley

Celui-ci ajoute que c’est [le premier ministre Stephen] Harper qui a décidé que le gouvernement fédéral financerait le pont au complet, parce que du côté américain, le Michigan n’a pas été en mesure d’obtenir l’approbation pour financer.

C’est seulement à partir de 2015 qu’on nomme ce projet le pont Gordie-Howe. Un hommage au joueur de hockey canadien qui a mené les Red Wings de Détroit a la conquête de quatre coupes Stanley.

En 2017, quelques mois après la première élection de Donald Trump, le président américain et le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, réitèrent leurs intérêts envers le pont Gordie-Howe. Leur déclaration commune indique qu’ils attendent avec impatience l’achèvement rapide du pont international Gordie-Howe et que cette voie commerciale est un lien économique vital entre les deux pays.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président des États-Unis, Donald Trump, se serrent la main lors d'une conférence de presse conjointe à la suite de leur première rencontre officielle.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président des États-Unis, Donald Trump, se serrent la main lors d'une conférence de presse conjointe à la suite d'une rencontre officielle.

Photo : La Presse canadienne / Associated Press/Pablo Martinez Monsivais

Dans les mois qui suivent, l’Autorité du pont Windsor-Détroit est chargée de la livraison du pont. Amarjeet Sohi, alors ministre de l’Infrastructure et des collectivités, et le gouverneur du Michigan Rick Snyde donnent les premiers coups de pelles.

Les années 2020 : les retards

L’ouverture, initialement prévue pour 2022, a pris du retard à plusieurs reprises. Finalement, le chantier aura coûté 6,4 milliards de dollars et les premiers véhicules devraient pouvoir circuler sur l’infrastructure dans les prochaines semaines si Donald Trump change d’avis.

En effet, le président américain cultive désormais l’incertitude, avec un message publié sur son réseau Truth Social : Je n’autoriserai pas l’ouverture de ce pont tant que les États-Unis n’auront pas été pleinement indemnisés pour tout ce que nous leur avons donné.

André Juneau explique pourtant que les travaux ont été partagés. Il y a eu de l’acier canadien du côté canadien, de l’acier américain du côté américain. Il y avait des travailleurs canadiens et des travailleurs américains qui travaillaient chacun de leur bord.

En attendant l’ouverture du nouveau pont, la circulation se fait toujours sur le pont Ambassadeur.

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