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Le pont couvert de Potton sera finalement sauvé

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Le pont couvert de Potton, l’un des plus anciens encore debout au Québec, sera finalement préservé sur place plutôt que démoli. La décision de restaurer le pont de « Province Hill », également connu sous le nom de pont de la Frontière, plutôt que de le démanteler est saluée par la municipalité et l’Association du patrimoine de Potton.

En octobre dernier, Le Devoir avait rapporté que, à la suite d’une évaluation de Transports et Mobilité durable Québec, le ministère de la Culture et des Communications (MCC) avait convenu que le pont serait démoli. Cette annonce avait suscité une vive contestation dans la communauté et au sein des milieux patrimoniaux.

Selon le ministère des Transports, le coût de la préservation du pont — environ 200 000 $ — est comparable à celui de sa démolition, rapporte l’antenne locale de Radio-Canada. Les travaux de sécurisation du pont seront financés par ce ministère, puis la municipalité de Potton en deviendra propriétaire et en assumera la responsabilité.

La Fédération Histoire Québec avait dénoncé dans une lettre ouverte la décision de l’État de balayer ce rare témoin du passé. L’organisme se réjouit aujourd’hui de ce changement de cap.

« Grâce aux efforts des organismes locaux, notamment l’Association du patrimoine de Potton, ainsi qu’au soutien de la Fédération Histoire Québec, le ministère des Transports et de la Mobilité durable a accepté de revoir sa décision et entreprendra plutôt des travaux de restauration », affirme-t-elle. Une levée de fonds et des consultations seront organisées afin d’assurer la pérennité de l’ouvrage, assure la fédération.

Un classement patrimonial malgré un état fragile

Il était déjà connu que l’ouvrage nécessitait des restaurations au moment de son classement par le ministère de la Culture en raison de sa haute valeur patrimoniale. Parallèlement, le ministère des Transports entendait toutefois détruire le pont afin de ne pas compromettre un autre ouvrage en service situé à quelques mètres de l’ancien pont en bois.

Avant ce retournement de situation, le MCC avait indiqué dans une lettre adressée au Devoir qu’il se remettait à l’appréciation de Transports et Mobilité durable Québec. « Le MCC a multiplié les démarches pour rassembler les conditions afin de préserver ce pont patrimonial. Toutefois, et après de multiples analyses, les experts du ministère des Transports et de la Mobilité durable ont conclu que l’état du pont représente un enjeu de sécurité nécessitant sa démolition », écrivait alors le ministère.

Selon Pierre L’Heureux, vice-président de l’Association du patrimoine de Potton, il s’agissait alors d’une décision inacceptable, fondée uniquement sur une logique comptable. « Comme il coûtait moins cher, apparemment, de détruire, on détruit ! » déplorait-il. Son association dénonçait également le manque de communication et de volonté politique de préserver les lieux. Pour lui, il s’agissait d’une attitude inacceptable à l’égard d’un bien collectif de cette importance.

Après avoir envisagé la démolition, puis le déplacement du pont, la solution de la conservation sur place a finalement été retenue, notamment grâce à l’arrivée d’un nouveau conseil municipal favorable à sa préservation et à la mobilisation citoyenne.

Un rare témoin du XIXe siècle

Seulement cinq ponts de ce type subsisteraient encore au Québec, estimait le MCC au moment de classer la construction, en octobre 2024. L’ouvrage en bois date de 1896. À l’époque, il servait à rejoindre les États-Unis, d’où son appellation de pont de la Frontière.

Environ 1500 ponts couverts ont été érigés au Québec, et moins d’une centaine subsistent aujourd’hui. Le pont couvert de la Frontière, l’un des plus anciens du genre, est soutenu par des fermes d’un type qui remonte au début du XIXe siècle, le « Town simple », breveté en 1820 par l’architecte américain Ithiel Town.

Les documents officiels du gouvernement accordent une valeur patrimoniale importante à cet ouvrage pour deux motifs principaux. Sa valeur historique, d’une part, puisqu’il témoigne de « l’importance des ponts couverts dans l’histoire de l’occupation du territoire et du développement économique des régions du Québec ».

Mais aussi une valeur technologique : comme l’observe le MCC, ce pont « compte des composantes technologiques rares, dont des contreforts, de même que des assemblages à cheville unique plutôt qu’à deux chevilles, comme c’est plutôt la norme ». Selon le ministère, « il présente également des caractéristiques qui tendent à disparaître au XXe siècle, dont le portique à linteau droit et à jambages évasés, le toit aigu et les ouvertures latérales à mi-hauteur ».

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