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Comme l’avait anticipé le World Socialist Website, la campagne électorale québécoise déclenchée le 27 août par la première ministre Christine Fréchette (Coalition avenir Québec – CAQ) donne lieu à un torrent de déclarations et de promesses réactionnaires.
Les dix premiers jours ont été dominés par une grotesque surenchère entre les partis pour promettre la plus grande réduction de la «bureaucratie» – c’est‑à‑dire des coupes massives dans les services publics, sous forme de congédiements et de départs anticipés de milliers de fonctionnaires.
S’y sont ajoutées les révélations concernant plusieurs candidats du Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime, un assortiment de complotistes antivax, de fascistes prônant l’euthanasie des personnes vaccinées et de partisans de l’annexion du Canada par Donald Trump.
Sans surprise, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a donné un ton chauvin à la campagne. Il a utilisé des statistiques trompeuses pour attribuer aux immigrants la responsabilité de l’état désastreux du système d’éducation et de la surpopulation des écoles, promettant une baisse drastique de l’immigration s’il est élu et de rendre obligatoire la lecture de «classiques québécois».
Une autre promesse du chef péquiste est venue illustrer le caractère profondément droitier de la campagne et le virage à droite de toute la classe politique québécoise.
En visite à Val‑d’Or jeudi dernier, St-Pierre Plamondon a affirmé qu’un gouvernement péquiste ne forcerait pas la multinationale Glencore à respecter les normes québécoises d’émission d’arsenic et de métaux lourds à sa Fonderie Horne de Rouyn‑Noranda, une autre ville de l’Abitibi-Témiscamingue située à environ 100 km de Val-d’Or.
Glencore, l’une des entreprises les plus rentables du secteur des ressources naturelles, produit des anodes de cuivre à la Fonderie Horne, le principal employeur de la ville. Le procédé de production émet des quantités importantes d’arsenic, de cadmium, de plomb et de nickel à des niveaux largement supérieurs aux normes québécoises.
Bien que la contamination soit connue depuis 1975 et que la population se soit mobilisée à plusieurs reprises, la divulgation en 2022 d’informations jusque‑là cachées par le gouvernement a révélé l’ampleur des conséquences sanitaires: espérance de vie nettement inférieure à la moyenne québécoise, taux plus élevés de cancer du poumon et de maladie pulmonaire obstructive chronique, et davantage de naissances avec un faible poids.
Face à l’indignation généralisée, la CAQ a feint de resserrer le contrôle des émissions pour contenir la colère populaire.
Après une consultation bidon, le gouvernement a émis en mars 2023 une nouvelle autorisation ministérielle permettant à Glencore de continuer à dépasser les normes environnementales.
Cette autorisation exigeait une réduction progressive des rejets de plomb et de cadmium d’ici mars 2028. Pour l’arsenic, la cible imposée était de 15 ng/m³, soit cinq fois la norme légale, également pour 2028. Glencore devait aussi déposer en 2027 un «plan d’action bonifié» pour atteindre à terme la norme réglementaire de 3 ng/m³.
Ainsi libérée de toute contrainte, la Fonderie Horne a augmenté de 10,7% ses rejets d’arsenic en 2025 par rapport à 2024, atteignant une moyenne de 43 ng/m³, plus de treize fois la limite permise.
En juin 2025, Glencore a renié ses engagements demandant un délai supplémentaire pour atteindre 15 ng/m³, puis refusant carrément de viser la norme de 3 ng/m³.
Après le dépôt en décembre 2025 du projet de loi 11 sur l'«allégement du fardeau réglementaire et administratif» des entreprises, le gouvernement caquiste l’a amendé en mars 2026 pour assouplir davantage les obligations de Glencore.
Sachant qu’elle disposait de l’appui de toute la classe politique québécoise, mais soucieuse d’assurer l’adoption rapide du projet de loi 11, Glencore a lancé en février 2026 une campagne de peur, menaçant de fermer la Fonderie si elle ne pouvait pas continuer de polluer. Malgré des profits de 20 milliards de dollars américains dans les trois années précédentes, Glencore a prétendu qu’il était trop couteux d’atteindre les seuils d’émission réglementaires dans les délais prescrits par le gouvernement de la CAQ.
Le syndicat de la Fonderie Horne (STMN–CSN), le conseil municipal de Rouyn‑Noranda et le patronat représenté par les chambres de commerce ont appuyé ce chantage au nom de la «sauvegarde des emplois».
Le projet de loi 11 a été adopté le 11 juin 2026. Quinze jours plus tard, sans même consulter la Santé publique, la ministre de l’Environnement Pascale Déry a modifié l’autorisation de Glencore, accédant à toutes les demandes de l’entreprise:
– report à 2029 de la cible intérimaire15 ng/m³ (arsenic);
– report des délais pour les normes de plomb et de cadmium;
– report à 2032 du dépôt du plan visant la norme de 3 ng/m³ (arsenic).
En 2022, St-Pierre Plamondon avait promis d’être ferme: sous un gouvernement péquiste, la Fonderie Horne devrait atteindre 15 ng/m³ dans la première année, puis 3 ng/m³ avant la fin d’un premier mandat, soit quatre ans. Il affirmait aussi que le PQ n’accorderait aucune aide financière à Glencore.
Jeudi dernier, il a renié chacune de ces promesses. Prétextant un besoin de «stabilité», il a déclaré ne pas vouloir «saboter» les assouplissements négociés entre la CAQ et Glencore. Il a également refusé de s’engager à ne pas subventionner l’entreprise, affirmant ne pas «avoir de position là‑dessus».
La volte-face de St-Pierre Plamondon ne contredit pas seulement ses promesses démagogiques sur la fin des subventions aux grandes entreprises. Elle met également à nu le rôle des alliés du PQ au sein de la bureaucratie syndicale qui sabote systématiquement les luttes des travailleurs, y compris sur la sécurité au travail.
C’est en fin de compte une démonstration de l’impossibilité pour la classe ouvrière de défendre ses intérêts – dont le droit de travailler et de vivre dans un environnement sain – dans le cadre du système de profit et sous le contrôle des appareils syndicaux pro-capitalistes. La Fonderie Horne a pu empoisonner à sa guise la population de Rouyn-Noranda sous les gouvernements successifs du PQ, du Parti libéral du Québec et de la CAQ, et elle pourra continuer, peu importe quel parti est élu le 5 octobre prochain.
Fait à noter, Québec solidaire (QS), un parti supposément «de gauche» qui fait la promotion du capitalisme vert et avait dénoncé en mars 2026 le «chantage» de Glencore, n’en a pas fait un enjeu de l’élection. La semaine dernière, sa co-porte-parole Ruba Ghazal a fait campagne en Abitibi-Témiscamingue sans aborder de front le dossier épineux de la Fonderie Horne.
Seul un mouvement politique de la classe ouvrière, indépendant des partis capitalistes et de la bureaucratie syndicale nationaliste, peut mener à l’abolition du système de profit en faveur d’une société nouvelle, fondée sur des principes socialistes et internationalistes où la santé et la vie priment sur les profits.


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