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Les mois de mai et de juin sont toujours bienvenus, amenant la floraison des lilas et l’explosion de leur odeur si caractéristique. Ce parfum porte à un constat immédiat : l’été s’immiscera enfin dans notre quotidien pour quelque temps.
Cette année, puisque le printemps a été timide, tardif, froid et venteux, cet arôme a semblé plus réconfortant qu’à l’habitude. Plus fort ? Plus prononcé ? Ou simplement plus marquant, parce qu’attendu avec un moral lésé par des mois de grisaille ? Qu’importe, les lilas ont titillé les narines, créé des sensations et ravivé les sens.
Me promenant parmi ces effluves, je me suis interrogé sur la valeur prédictive de l’odeur du lilas sur l’été à venir. Est-ce qu’une fragrance si forte cette année annonce un été de soleil et de chaleur ? Cette question bien scientifique est clairement lancée avec le désir de voir se prolonger la sensation de bien-être provoquée au contact d’un bouquet venant d’une plante que l’on désigne lilas Syringa vulgaris, ou commun.
En fait, cette association n’existe pas. Le baume du lilas ne présage pas un été plus propice à conforter l’âme et à favoriser les contacts qui viennent inévitablement plus souvent par beau temps. L’amplitude de l’effet olfactif est surtout modulée par les conditions atmosphériques actuelles, sans effet sur le reste des mois à venir.
À la même période que les lilas, chaque année se tient un important congrès international sur le cancer où sont présentées des avancées sur les traitements. Parfois, les annonces sont exaltantes, parfois moins, suivant en cela l’intensité des lilas. Cette année, des résultats d’une étude sur le cancer du pancréas ont chatouillé les neurones des scientifiques sur place et partout dans le monde. Ce traitement présentant un mode d’action différent aux traitements actuels a permis à des patients atteints d’un cancer du pancréas avancé ayant cessé de répondre à la chimiothérapie conventionnelle de vivre plus longtemps.
La découverte ne montre pas que des gens ont été guéris, mais la démonstration de la capacité à augmenter la survie pour les gens atteints de cette maladie est un pas appréciable et inédit. La science oncologique, malgré des années d’efforts et quantité de ressources, a toujours été impuissante à changer notablement le devenir de ces patients. La morosité antérieure a donc ouvert la porte à une réponse enthousiaste des oncologues qui attendaient depuis longtemps cet essor pour cette pathologie.
La magnitude de l’avantage de survie constaté a eu le même effet que les lilas sur les participants, qui se sont levés et ont applaudi, ravivant l’espoir d’enfin pouvoir offrir mieux pour diminuer l’empreinte du cancer du pancréas. Espérons que cet engouement sera prédictif, contrairement au parfum des lilas, d’une longue saison de progrès pour cette pathologie.
Oui, un nouveau médicament sera, et bientôt j’espère, accessible au Canada. Mais ce n’est pas tout pour contrer le cancer du pancréas. Il faut rappeler les quatre piliers de l’oncologie : prévention, dépistage, traitement et préservation de la qualité de vie. Le nouveau médicament offre des espoirs réels, des expectatives sur la possibilité de survivre plus longtemps lorsque la maladie est avérée.
Par contre, le cancer du pancréas présente des particularités par rapport à d’autres types de cancer. Son incidence n’a pas diminué depuis 20 ans, contrairement aux cancers du poumon ou du sein, par exemple. Il n’existe pas non plus de mesure de dépistage fiable, ce qui fait en sorte que trop de cas sont diagnostiqués à un stade avancé, contrairement aux cancers du sein ou du col de l’utérus. Les traitements, malgré les données récentes, demeurent restreints en nombre et en efficacité.
Même avec une survie que l’on affirme maintenant pouvoir doubler, il n’en demeure pas moins que la survie associée à ce cancer demeure loin derrière celle de la plupart des autres pathologies cancéreuses. La qualité de vie est aussi influencée par les effets secondaires des traitements et les symptômes de la maladie elle-même. On ne peut que viser l’augmentation du taux de survie en y associant un bien-être appréciable.
Le lilas a commencé à laisser le pas à d’autres fleurs qui sauront nous ravir au cours des prochains mois. Il faut espérer que les bonnes annonces concernant le cancer du pancréas feront place à un long été productif et fécond et dont les récoltes seront abondantes et de qualité. Cependant, cela n’arrive pas seul. L’intensité de la recherche devra s’accentuer. Churchill l’a professé en disant : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Les chercheurs trimant sur le cancer du pancréas ont bien écouté la maxime.
Par contre, on dit aussi que le succès engendre le succès. À cet effet, des ressources renouvelées pour comprendre, dépister et contraindre le cancer du pancréas ont maintenant plus de chance de produire non seulement de petits pas pour l’homme, mais un pas de géant pour les personnes atteintes. Et cela n’est pas une affirmation gratuite.
Atteindre la Lune et y marcher n’était que le début de la décision d’explorer l’espace. L’art de la science est de réduire l’incertitude entourant un fait. Pour les cancers, on ne doit pas simplement croire qu’un jour on le contrôlera. On doit le prouver avec tous les efforts nécessaires, en développant des connaissances qui réduisent l’incertitude, qui font passer de la foi en la science à un réconfort réel et concret permettant de profiter de la vie en humant les lilas chaque printemps, et pour le plus grand nombre d’années possible.


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