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La preuve que dans ce milieu, un scandale pédophile se partage comme une revue de presse.
Un transfert sans un mot, comme une évidence
Ce jour-là, Cynthia Tobiano, cadre chez Rothschild, adresse à l’adresse secondaire d’Epstein ([email protected]) un simple lien. Il renvoie vers un article de blog Fdebranche au titre sans ambiguïté : « Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay ».
Le texte n’est pas une fiction. Il reprend les révélations du livre de Vincent Jauvert, La face cachée du Quai d’Orsay, et du Journal du Dimanche sur un diplomate français, alors détaché à l’ONU, que le FBI avait épinglé en 2013 pour consultation répétée de sites pédopornographiques. Loin de coopérer, le Quai d’Orsay avait préféré exfiltrer son agent via Montréal, le sauvant d’une arrestation imminente, avant de le réintégrer en toute discrétion dans l’Hexagone. Aucune poursuite, aucune sanction publique.
Epstein, sans commentaire, sans ce « pour info » qui engage si peu, transfère l’information à deux destinataires. L’un est le Norvégien Terje Rød-Larsen, diplomate et habitué des lieux de pouvoir. L’autre est Fabrice Aidan. Soit exactement le jeune diplomate que l’article décrivait sans le nommer.
Le geste est d’une économie glaçante : pas un mot, pas une question. Juste le lien, jeté en pâture, comme une évidence entre membres d’un même cercle.
En 2016 une certaine Cynthia Tobiano envoie à Jeffrey Epstein un article intitulé : « le quai d’Orsay étouffe un scandale de pédophilie ».
Epstein le transfère à Fabrice Aidan…
Se pourrait il que Hollande savait ? Que Macron savait ?
Mais alors…
Ils auraient menti à la presse ? pic.twitter.com/1Jy6TRx5Mv
— AuBonTouiteFrançais 🍾🍾🍾 (@VictorSinclair3) February 21, 2026
200 occurrences : l’ombre portée d’Aidan sur les fichiers
Pour comprendre la portée de cet envoi, il faut mesurer la densité des liens entre les deux hommes. Fabrice Aidan n’est pas un inconnu pour Epstein. Il apparaît plus de 200 fois dans les documents. Entre 2006 et 2013, alors en poste à l’ONU, il use de son adresse officielle pour partager des notes sensibles, des briefings du Conseil de sécurité, voire des comptes rendus d’appels entre le secrétaire général Ban Ki-moon et des ministres. Il facilite l’accès d’Epstein à des forums diplomatiques, lui obtient des visas, des invitations, jusqu’aux codes de l’appartement parisien de l’avenue Foch.
Introduit par Rød-Larsen, Aidan se mue en homme-orchestre : il organise des dîners (dont un, avorté, avec Bill Gates), transmet des CV de femmes, et perçoit en retour des gratifications – Epstein lui achète pour des dizaines de milliers de dollars d’exemplaires d’un livre coécrit avec le Norvégien. La relation perdure jusqu’en 2016-2017, bien après le retour d’Aidan en France, où il atterrit chez Edmond de Rothschild puis chez Engie. Où il est aujourd’hui suspendu.
L’énigme d’un courriel ou la banalité du mal
Ce mail du 13 avril 2016 pose une question qui tue. Epstein savait-il que l’article concernait son ami ? À l’évidence, oui. Les deux hommes étaient trop proches pour ignorer l’histoire. Reste le sens de cet envoi. Provocation masquée ? Mise en garde ? Ou simple « partage » entre gens du monde, pour qui un scandale pédophile n’est qu’une péripétie de carrière, un fait divers qu’on se renvoie comme un écho amusant ?
L’origine du lien, lui-même, intrigue. Cynthia Tobiano, chez Rothschild – une banque dont Ariane de Rothschild entretenait des liens étroits avec Epstein, selon d’autres documents –, choisit de faire suivre cet article précis. Hasard, ou preuve que l’affaire circulait déjà dans les allées du pouvoir financier ? En tout cas Cynthia Tobiano figure dans 562 fois dans les mails d’Epstein.
L’impunité, jusqu’à quand ?
Car, en 2026, le constat est implacable. Malgré l’enquête du FBI de 2013, confirmée depuis par le Quai d’Orsay, Fabrice Aidan n’a jamais été inquiété par la justice française. Il a poursuivi sa trajectoire, du ministère aux postes privés les plus lucratifs, protégé par ce que l’on devine être une omerta d’État.
Les révélations de Mediapart et Radio France, début février 2026, ont forcé une réaction : le ministre Jean-Noël Barrot s’est dit « effaré », le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « abus sexuels » et « malversations financières », et la procédure disciplinaire est lancée. Aidan, qui invoque la présomption d’innocence, a vu son profil LinkedIn s’évaporer.
Aucune preuve, à ce stade, ne l’implique directement dans les crimes sexuels d’Epstein. Mais ce courriel agit comme un révélateur chimique : il montre comment, dans ce réseau, les scandales ne brisent pas les carrières – ils les animent, les nourrissent, deviennent des blagues de salon.
Ce message du 13 avril 2016, sans mots, sans émotion, restera comme le symbole glacé d’une époque où, protégés par la raison d’État et la solidarité des élites, certains pouvaient tout voir, tout savoir, et n’avoir jamais à répondre de rien.


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