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Le parc du Mont-Royal fête ses 150 ans, une occasion de célébrer l’existence de cet écrin de tranquillité et de verdure chéri par les Montréalais, qui viennent s’y ressourcer toutes les saisons.
Rares sont les citoyens qui n’y ont pas forgé des souvenirs, a rappelé la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, à l’occasion du lancement officiel des célébrations en ce 1er juin, en bordure du lac aux Castors, sous un soleil éblouissant.
Ce parc est un symbole puissant, qui nous rassemble; [...] c’est plus qu’un espace vert, c’est notre ADN, a souligné la mairesse, qui a dévoilé les grandes lignes d’une programmation spéciale qui aura lieu tout au long de l’année à l'occasion de cet anniversaire.
Près de 70 activités sont prévues, avec, entre autres, un parcours d’art public et une exposition en plein air sur l’histoire de la montagne, un grand concert de l’Orchestre Métropolitain accompagné de la chanteuse Elisapie au pied de la montagne le 5 août prochain, ou encore une expérience nocturne immersive au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

L'Orchestre Métropolitain et son chef, Yannick Nézet-Séguin, lors d'un concert au sommet du mont Royal en 2018. Pour des raisons de sécurité, les concerts se déroulent désormais au pied de la montagne. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / François Goupil
Soraya Martinez Ferrada a profité du lancement pour annoncer l’acquisition à venir, par la Ville, d’une œuvre d’art public qui honore[ra] la montagne, son histoire et ceux qui en prennent soin.
La Ville de Montréal consacre un budget annuel d’environ six millions de dollars à la valorisation et la préservation de la montagne, a rappelé la mairesse de Montréal, qui a salué le travail de nombreux organismes investis dans cette tâche.

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Patrice Roy en discute avec la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada.
Parmi eux, il y a l’association Les Amis de la Montagne, qui, depuis 1986, contribue à protéger, faire connaître et transmettre ce patrimoine collectif exceptionnel. Son directeur, Christophe Derrien, était présent au lancement des célébrations pour rappeler à quel point la présence de la montagne au cœur de la ville est un privilège immense, mais aussi une responsabilité collective.
Le parc du Mont-Royal est à la fois un paysage, un refuge, un lieu de mémoire, de rencontre et de contemplation.

Le parc du Mont-Royal abrite une biodiversité précieuse, mise sous pression par son intense fréquentation.
Photo : Radio-Canada / Pierre Mainville
L'héritage d’une lutte passée
Difficile d’imaginer la métropole québécoise sans sa montagne et ses sentiers sinueux sur lesquels des générations de citadins ont usé leurs chaussures et les écailles de leurs skis de fond, surveillés par les écureuils et les mésanges.
Et pourtant, ce trésor collectif, comme l'a qualifié la mairesse, n'aurait pas existé sans la lutte menée par des citadins montréalais il y a un peu plus de 150 ans. Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques à Héritage Montréal, en a rappelé le contexte lors d'une entrevue à Midi info.
L’idée de créer un parc sur le mont Royal a commencé à faire son chemin dès les années 1860, en réaction à la privatisation de la montagne par des familles aisées qui voulaient fuir la pollution. Montréal était alors une ville très industrielle, et la montagne elle-même était exploitée à des fins diverses : activités agricoles, coupes de bois, extraction de roches et construction de bâtiments.

Activités d'hiver au chalet du Mont-Royal entre 1924 et 1931
Photo : BAnQ
C'est en 1872, à la suite d'une série de coupes à blanc sur le flanc sud de la montagne qui a indigné une partie de la population, que le Conseil municipal de Montréal a enclenché un processus d'expropriation.
L’opération a été à ce point coûteuse que, pour la terminer, la Ville a dû se tourner vers le gouvernement de Québec pour un prêt d’un million de dollars, un montant extrêmement élevé pour l'époque, fait remarquer Taïka Baillargeon.
L'architecte-paysagiste Frederick Law Olmsted, concepteur du Central Park de New York, a été embauché en 1874 pour réaliser le parc du Mont-Royal. Deux ans plus tard, le 24 mai 1876, le parc a été inauguré.
Sa vision, comme le rappelle Taïka Baillargeon, était celle d'un parc accessible à tous, et d'une expérience de montée lente et de contemplation, à travers une série de paliers. Or la vision en question n'a pas été portée jusqu'au bout et a même été contrecarrée par des projets ultérieurs, tels que la construction d’un funiculaire (en 1885), d’un tramway (en 1930) ou encore d’une route (en 1958).

La voie Camilien-Houde en construction dans les années 1950
Photo : BAnQ
La présence de cette route suscite encore bien des débats, comme en témoignent ceux qui ont entouré la piétonnisation reportée de la voie Camillien-Houde.
Présence autochtone
L'auteure et comédienne Christine Beaulieu, porte‑parole officielle de ces célébrations, s’est émue des gestes de soins à l'égard de la montagne qui traversent les générations.
Dans son discours d’inauguration, elle a aussi voulu mettre en évidence le temps long, en déroulant l’histoire de la montagne, une des 10 sœurs montérégiennes, depuis sa formation géologique il y a 125 millions d’années. Sculptée par la glace et le magma, la montagne s’est ensuite couverte d’une multitude d’arbres et de plantes, et elle a servi de refuge à une faune tout aussi abondante, des hiboux grands-ducs aux cerfs en passant par les loups.

Christine Beaulieu est la porte-parole officielle des célébrations du 150e anniversaire du parc du Mont-Royal. (Photo d'archives)
Photo : Pamplemousse média
La porte-parole a ensuite pointé la présence millénaire des Autochtones, et notamment celle du village iroquoien d’Hochelaga implanté au pied de la montagne, dont a témoigné l’explorateur français Jacques Cartier lors de sa visite en 1535; une visite lors de laquelle ce dernier a été impressionné par la vue depuis le sommet de la montagne, qu'il a baptisée mont Royal en l'honneur du roi de France, François Ier.
Cette présence autochtone, Philippe Tsaronséré Meilleur, directeur général de Montréal Autochtone, qui est originaire de la nation mohawk, s’en est fait le témoin, entamant son discours par la prière de remerciement à l'égard de la faune et de la flore, ainsi que des nombreuses nations autochtones qui ont parcouru et pris soin de cette montagne pendant des milliers d’années.
Le mont Royal nous rappelle le principe autochtone des sept générations : honorer ceux qui nous ont précédés, agir avec responsabilité aujourd’hui et préserver ce lieu de nature, de mémoire et de vie pour ceux qui viendront après nous.

Philippe Tsaronséré Meilleur est le directeur de Montréal Autochtone. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Il a également tenu à rappeler la présence de 12 000 Autochtones à Montréal. Ils sont venus s’y installer, comme d’autres, pour faire des études, trouver un travail, démarrer une carrière d'artiste... Or, il y a très peu de marqueurs de notre identité, a-t-il fait remarquer, émettant le souhait que des enfants autochtones qui viendraient dans le parc lors d'un camp de jour, par exemple, puissent y croiser des symboles de leur culture.
Étaient également présents à ce lancement Yannick Nézet-Séguin, directeur et chef de l’Orchestre Métropolitain de Montréal, Chantal Rouleau, ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, ainsi qu'Yves Lalumière, président-directeur général de Tourisme Montréal.
Ce dernier a mis en évidence le rôle joué par la montagne dans la visibilité internationale de Montréal. Ce parc forme l’un des grands pôles d’attractivité touristique de la ville et figure parmi les lieux les plus appréciés des visiteurs, a-t-il mentionné en promettant une vision qui concilie développement touristique et préservation de la biodiversité.
Un équilibre parfois difficile à trouver dans ce parc fréquenté annuellement par près de cinq millions de visiteurs.


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