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La dépendance à l’auto devient un frein à la qualité de vie dans les banlieues en pleine croissance du nord de Montréal. Préoccupés par les bouchons de circulation et par le sous-financement des transports en commun, les élus de la MRC de Thérèse-De Blainville misent sur un ambitieux plan vélo pour permettre aux gens de se déplacer autrement qu’en voiture — et réduire la congestion routière.
En arrivant à Blainville, banlieue verte et prospère de 60 000 résidents de la couronne nord, on assiste à une scène qui se répète ailleurs au Québec : des bâtiments de quatre ou cinq étages poussent le long du boulevard Curé-Labelle, parce que le gouvernement oblige les villes à se « densifier » — à construire en hauteur pour venir à bout de la crise du logement. Le but est aussi de freiner l’étalement urbain.
Cette densification fait croître la population. Les nouveaux résidents n’ont à peu près pas le choix de se déplacer en voiture, parce que le train de banlieue et les bus locaux peinent à répondre à la demande.
Cette « culture de l’automobile » crée de la congestion routière. C’est une des principales préoccupations parmi les citoyens et les élus de la région, affirme Liza Poulin, mairesse de Blainville et préfète de la MRC de Thérèse-De Blainville, qui englobe sa ville et six municipalités voisines (Sainte-Thérèse, Boisbriand, Rosemère, Lorraine, Bois-des-Filion et Sainte-Anne-des-Plaines).
« On veut offrir aux gens la possibilité de se déplacer autrement qu’en auto pour se rendre au travail, à l’école ou dans les commerces locaux », dit-elle. Le Plan directeur vélo cherche à entraîner un changement de culture dans une région considérée comme le « paradis des chars », de l’aveu même de la mairesse.
Blainville et les autres municipalités de la région sont déjà réputées pour leurs pistes cyclables récréatives, comme le P’tit train du Nord, la Seigneurie des Plaines ou la TransTerrebonne. En adoptant le nouveau Plan directeur vélo, les élus veulent bonifier le réseau cyclable récréatif, mais aussi encourager l’utilisation du vélo comme moyen de transport. Non seulement entre les villes, mais dans chacune des localités.
Bon pour la santé
L’implantation de vélos en libre-service de type Bixi, dont la popularité explose à Montréal et ailleurs, fait partie des recommandations du Plan directeur vélo. Le but est notamment de permettre aux gens qui arrivent en train de se déplacer efficacement vers le parc industriel ou d’autres « pôles de transport », comme des écoles.
« Le vélo est bon pour la mobilité, bon pour l’économie, bon pour l’environnement et bon pour la santé physique et mentale », résume Liza Poulin, rencontrée à l’hôtel de ville de Blainville.
Cette grande sportive, adepte de triathlon, prêche par l’exemple : elle se déplace parfois à vélo au quotidien, lorsque son horaire de mairesse le permet. « Le défi, c’est les cheveux ! » dit-elle en riant.
Liza Poulin fait partie d’un groupe de cinq élus des Laurentides qui ont pédalé durant cinq jours jusqu’à Québec, le mois dernier, pour assister aux Assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). « On a voulu frapper un grand coup pour rappeler l’importance de la mobilité durable », dit-elle.
Elle est convaincue que le peloton d’élus à vélo sera beaucoup plus grand aux Assises de l’UMQ du printemps 2027, qui auront lieu à Montréal.
Pas de chicane pour les pistes cyclables
La mairesse insiste : le Plan directeur vélo vise à encourager les déplacements sur deux roues pour tout le monde, y compris les enfants du primaire et les personnes âgées, et pas seulement les athlètes comme elle.
Contrairement à Montréal, où les pistes cyclables déchirent la population, le transport actif fait à peu près consensus, à défaut d’unanimité, dans les Basses-Laurentides. Personne n’accuse la mairesse d’être une « pelleteuse de nuages » qui déclare la guerre contre l’auto. Le vélo est perçu comme une solution et non comme un problème.
« On ne s’identifie pas comme provélo ou provoiture, on est en faveur de la mobilité durable. Tout le monde a sa place. Je vais toujours utiliser mon auto », dit Liza Poulin.
C’est comme à Montréal et dans le reste du Québec, en fait, où la vaste majorité des cyclistes ont aussi leur permis de conduire — et paient des impôts, selon des données de Vélo Québec. L’organisme a produit le Plan directeur vélo de la MRC de Thérèse-De Blainville, à la demande des élus régionaux.
Des bus et des trains
Le vélo est un élément parmi d’autres pour améliorer les déplacements dans la région. L’ingrédient principal dans la recette contre la congestion routière, c’est le transport en commun, souligne la mairesse de Blainville. « C’est le sujet qui fait l’unanimité en vue de la campagne électorale de l’automne prochain », dit-elle.
« Les camions de 53 pieds sont pris dans le trafic. Si on peut réussir à retirer des voitures par la multiplication des possibilités de se déplacer, on rend nos autoroutes plus fluides et on améliore la productivité dans nos secteurs industriels », ajoute l’élue, qui en est à son deuxième mandat de mairesse.
Un désaccord majeur en matière de mobilité oppose les maires de la région au gouvernement de la Coalition avenir Québec, explique Liza Poulin. Les besoins en transport collectif sont immenses, mais le service ne répond pas à la demande, par manque de financement.
La ligne de bus numéro 9, qui parcourt le boulevard Curé-Labelle, dessert notamment le cégep de Saint-Jérôme, le collège Lionel-Groulx et la station de métro Montmorency, à Laval, où sont situés un cégep et la Place Bell. « C’est une des lignes les plus performantes, mais elle est sous-financée. On laisse des gens sur le trottoir. On les incite indirectement à prendre la voiture », déplore la mairesse de Blainville.
Dur, dur, le coût de la vie
La gouvernance du transport en commun, qui comprend notamment l’Autorité régionale de transport métropolitain et la société Exo, suscite aussi de la grogne parmi les élus des Laurentides, selon Liza Poulin.
« Cette structure de gouvernance ne nous a pas démontré son efficacité. On est loin de la décision, on n’a pas de contrôle sur la façon dont on voudrait développer notre transport, mais on doit assumer le déficit. Ça crée de l’incohérence. Il va falloir que les choses changent, puis qu’on se dote d’une vision plus ambitieuse », dit-elle.
L’offre de transport collectif et de pistes cyclables est aussi une question d’équité. Les dépenses pour se loger et se nourrir créent une forte pression budgétaire en raison de l’explosion du coût de la vie. Comme le prix des voitures et de l’essence atteint aussi un sommet, « on a des familles qui aimeraient se départir d’une auto », souligne Liza Poulin.
Blainville et les municipalités environnantes ont déjà des réseaux cyclables généralement bien établis. Le Plan directeur vélo vise à les sécuriser et à créer des liens manquants vers les gares, les écoles, les industries, les commerces ou les attractions, comme les parcs. Une simple promenade en ville suffit pour constater la popularité du vélo. Les supports à vélo de plusieurs écoles sont bien garnis.
« La cohabitation entre cyclistes et automobilistes se passe bien. Les plaintes concernent surtout des gens qui roulent trop vite en trottinette ou à vélo électrique », affirment Benjamin et Zora, un duo de cadets à vélo qui patrouille à temps plein dans les rues et le réseau cyclable de Blainville.


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