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Deux ans et demi après que la Ville de Montréal a adopté un règlement visant à responsabiliser les propriétaires de bâtiments vacants, qui est entré en vigueur le 1er janvier 2026, moins de 20 % de ces immeubles sont inscrits au registre municipal, a appris CBC Montreal.
Lorsqu'un bâtiment demeure vide pendant plus d'un an, son ou ses propriétaires sont tenus de l’inscrire sur une liste centralisée et de fournir des informations sur l'état de l'édifice.
Le registre a été conçu pour prévenir l'abandon de bâtiments et en encourager la revitalisation. Il permet également de clarifier l'identité du propriétaire, particulièrement lorsqu'il s'agit d'une société à numéro ou d'un propriétaire résidant à l'étranger.
On estime à 800 le nombre de bâtiments vacants à Montréal. Pourtant, seulement 150 adresses étaient enregistrées auprès de la Ville à la fin du mois de mars dernier, selon des informations obtenues par CBC Montreal.
Ce nombre est probablement encore plus bas en réalité, car certaines entrées sont comptées en double ou incluent plusieurs unités sur une même propriété, comme un garage ou un cabanon.
Au centre-ville de Montréal, on dénombre environ 100 bâtiments vacants, selon les données de l'arrondissement de Ville-Marie. Pourtant, moins de 20 propriétés figurent au registre municipal.
Interrogé sur cette lenteur d'inscription, le porte-parole de l'administration municipale, Hugo Bourgoin, a déclaré que la Ville avait toujours prévu de retarder le déploiement du registre, créé en vertu d'un règlement adopté à l'automne 2023.
L'idée était de donner aux arrondissements le temps de mettre en place un système de gestion des demandes et de l'harmoniser avec les programmes existants.
Le registre est en constante évolution et des bâtiments y sont ajoutés chaque semaine, soutient M. Bourgoin.
Des lettres de courtoisie ont été envoyées aux propriétaires au début de l'année pour leur rappeler leurs obligations. En cas de non-conformité, les inspecteurs peuvent imposer des amendes allant de 500 $ à 4000 $, ajoute Hugo Bourgoin.
Les propriétaires ont également l'obligation de maintenir leur bâtiment en bon état et d'en éviter la dégradation, sous peine d'amendes pouvant atteindre 250 000 $ pour un immeuble patrimonial.
Des bâtiments vacants plus vulnérables aux incendies
Les bâtiments vacants sont un problème de longue date à Montréal. S'ils ne sont pas correctement sécurisés, ils peuvent attirer la criminalité et du vandalisme.
Ces espaces barricadés et vides peuvent donner une image de délabrement à un quartier, ce qui nuit aux commerces et aux résidents locaux.

Les bâtiments vacants peuvent causer des problèmes de criminalité, de vandalisme et représenter des risques d'incendie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron
Ils présentent également un risque accru d'incendie.
Une analyse de CBC portant sur les incendies dans le Grand Montréal entre 2020 et la fin mars 2026 révèle que 15 % des incendies majeurs sont survenus dans des bâtiments vacants.
La situation ne s'est pas améliorée depuis l'adoption du règlement en 2023. La proportion d'incendies dans les bâtiments vacants est restée constante.
Cependant, la gravité des incendies a empiré. Sur les 11 incendies de bâtiments vacants recensés entre 2024 et la fin mars 2026, près des trois quarts étaient des feux ayant nécessité une 4e ou une 5e alarme, soit les plus graves.
Des incendies dramatiques
Le président de l'Association des pompiers de Montréal, Chris Ross, invite cependant à la prudence quant à l'interprétation de l'augmentation des incendies graves en se basant uniquement sur les codes d'alarme.
Il explique que ces codes ne reflètent pas toujours avec précision l'ampleur des ressources nécessaires pour un incendie donné.

Chris Ross, président de l’Association des pompiers de Montréal (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Olivier Plante
Il souligne toutefois que les incendies dans les bâtiments vacants sont plus susceptibles de devenir graves avant que quiconque ne s'en aperçoive et n'appelle le 911.
Ajoutez à cela des rénovations ou des modifications structurelles qui permettent au feu de se propager beaucoup plus rapidement : portes et fenêtres manquantes, trous dans le plancher ou les murs, absence de gypse, explique M. Ross.
Je ne pense pas connaître un seul incendie dans un bâtiment vacant qui ne devienne pas dramatique.
Les bâtiments vacants présentent également des risques accrus pour les pompiers, car les structures sont plus sujettes aux effondrements. C'est pourquoi il est crucial, selon M. Ross, que les pompiers aient accès rapidement à un registre complet et à jour.
Il estime toutefois qu'une surveillance accrue est nécessaire pour s'assurer que les propriétaires entretiennent leurs immeubles et respectent l'obligation d'inscription.
En janvier dernier, un incendie majeur a ravagé l'ancienne usine de savon Barsalou. Le bâtiment était vacant. Le pont Jacques-Cartier a dû être fermé à la circulation par crainte que le bâtiment ou des débris de panneaux publicitaires sur le toit ne s'effondrent sur la chaussée.
Il a fallu plus d'une journée et un total de 378 pompiers pour maîtriser le brasier, selon le porte-parole du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Guy Lapointe. Le bâtiment historique a dû être démoli.
Peu d'amendes distribuées
En vertu du règlement sur les bâtiments vacants, les inspecteurs de la Ville peuvent mettre à l'amende les propriétaires pour manque d'entretien depuis l'automne 2023.
En plus de l'entretien de base, les propriétaires sont tenus de chauffer leur propriété à une température minimale de 10 °C et de s'assurer que les points d'entrée sont correctement condamnés.
Seulement 108 amendes ont été imposées depuis l'entrée en vigueur des obligations d'entretien. La Ville n'a pas voulu préciser la nature exacte des infractions, mais a indiqué qu'elles totalisaient 268 000 $ et concernaient 68 contrevenants.
Héritage Montréal s'est dit surpris que ce nombre soit si élevé, compte tenu du temps nécessaire pour que les changements soient appliqués par les arrondissements et adoptés par les inspecteurs sur le terrain.
On espère que cela va s’accélérer maintenant que le mécanisme est en marche, souhaite Dinu Bumbaru, porte-parole d'Héritage Montréal.
Selon lui, la Ville doit faire preuve d’originalité pour encourager les propriétaires à réparer ou à réaffecter leurs bâtiments plus rapidement.
Les amendes ne revitaliseront pas un bâtiment, illustre-t-il.
Cela peut aider à réveiller le propriétaire, mais nous avons vu des propriétaires qui s'en moquent éperdument. Pour eux, 10 000 $, ce n'est pas grand-chose.
En fin de compte, certaines personnes ne sont tout simplement pas d'assez bons propriétaires pour posséder des immeubles à Montréal, c'est tout, ajoute-t-il.
Si les cas de négligence persistent, il estime que la Ville devra entreprendre une discussion plus large avec les Montréalais sur le retrait du privilège de propriété si le bâtiment n'est pas entretenu adéquatement.

Caroline Braun, conseillère d’arrondissement de l’arrondissement Outremont pour le parti Ensemble Montréal
Photo : Radio-Canada
La Ville affirme que les propriétaires sont encore en phase d'apprentissage des nouvelles règles. Caroline Braun, membre de la commission sur le schéma d’aménagement et de développement de Montréal, prévoit une meilleure conformité d'ici la fin de l'année.
Une fois que la liste sera plus complète, elle explique que la Ville pourra discuter avec les propriétaires des raisons de la vacance.
Est-ce une question d'argent? Est-ce parce que les amendes ne sont pas assez dissuasives? Est-ce parce que le bâtiment est très ancien et qu'il est impossible pour vous de l'améliorer, car les règlements sont trop sévères?, s’interroge Mme Braun.
Ces réponses pourraient fournir à la Ville des informations précieuses sur les autres règlements ou outils nécessaires pour aider les propriétaires à restaurer ou à transformer leurs bâtiments vacants, selon elle.
Avec les informations de Leah Hendry et Ainslie MacLellan de CBC Montreal


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