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Le N.-B. lorgne des fonds de l’extérieur pour ses projets prioritaires

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Une délégation du Nouveau-Brunswick qui se rendra à Toronto afin de rencontrer des investisseurs internationaux invités par le premier ministre, Mark Carney, a bon espoir que cette démarche fera débloquer plusieurs projets d’envergure que souhaite développer la province, notamment l’exploitation de minéraux critiques.

Depuis que le président Trump a déclenché une guerre tarifaire avec le Canada, les initiatives au nord du 49e parallèle se multiplient afin de rendre l’économie canadienne moins dépendante des Américains.

C’est dans cette optique que s’inscrit le premier Sommet canadien sur l’investissement qui se déroule lundi et mardi à Toronto. Cette initiative du premier ministre Carney vise à mobiliser au total 1000 milliards de dollars en investissements au Canada au cours des cinq prochaines années.

D’après le gouvernement fédéral, ces deux jours de rencontre permettront de réunir des investisseurs internationaux, des PDG canadiens et des représentants du secteur public pour attirer du capital étranger au Canada.

Susan Holt, le 30 avril 2025, à Moncton.

La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, sera à Toronto afin de rencontrer des investisseurs et les convaincre de financer plusieurs projets dans la province. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / CBC/Katelin Belliveau

Les fonds pourraient ainsi financer les projets d’intérêt national que souhaite développer Ottawa pour, entre autres, permettre aux entreprises canadiennes d’accéder à de nouveaux marchés.

La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, y sera avec le ministre des Ressources naturelles, John Herron.

Ils seront accompagnés par une délégation d’entreprises dans l’espoir de faire avancer plusieurs dossiers, notamment la réfection de la centrale de Mactaquac, développer des projets d’énergie nucléaire, lancer l'exploitation de la mine Sisson ou entamer l’agrandissement du port de Belledune.

On a plusieurs cartes et les arguments sont différents avec chaque projet, a expliqué la première ministre en marge d’un événement à Fredericton samedi. Nous autres, on a ce dont le monde a besoin, on a les minéraux critiques et accessibles.

Des entreprises à la recherche d'investisseurs

Le PDG du port de Belledune, Denis Caron, est l’un des membres de la délégation néo-brunswickoise qui se rendra à Toronto à l’occasion du Sommet.

Une rencontre est prévue avec des investisseurs dans l’espoir de les convaincre d’investir dans l’expansion des infrastructures portuaires à Belledune.

Mais nous, notre projet, c'est vraiment faire une expansion à nos installations portuaires et c'est vraiment pour supporter le secteur minier.

Des grues chargent des pales d'éolienne sur un navire.

Le port de Belledune souhaite améliorer ses capacités pour acheminer des minerais néo-brunswickois à l'étranger. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Les deux phases d’agrandissement, d’une valeur de près de 1,5 milliard, explique M. Caron, permettraient par exemple de faire venir à Belledune des minerais du Québec afin de les acheminer à l'étranger.

Il pourrait aussi contribuer à relancer l'industrie minière au Nouveau-Brunswick, notamment en offrant un accès international pour l'or, le plomb, le zinc et le cuivre, qui pourraient être extraits dans la province grâce à la relance des activités de la mine Caribou.

L'entreprise EcoRock fait aussi partie du voyage à Toronto pour développer une carrière de pouzzolane, une roche utilisée dans la fabrication du ciment. Un projet estimé à un demi-milliard aussi dans le nord du Nouveau-Brunswick.

On est en discussion avec beaucoup de gens. Ce qu'on va établir c'est que notre pouzzolane peut devenir un substitut du clinker, l'élément polluant qui sert à la fabrication du ciment , dit René Arseneault, vice-président des affaires juridiques et vice-président du développement des affaires d’EcoRock Dalhousie.

Une ancienne mine entourée d'arbres.

EcoRock Dalhousie veut utiliser cette carrière existante pour en extraire du pouzzolane. Le projet pourrait débuter au plus tôt en 2028 et créerait un minimum de 134 emplois.

Photo : CBC / Michael Heenan

Le porte-parole de l'entreprise dit que déjà une douzaine d'investisseurs ont démontré de l'intérêt depuis la confirmation de leur participation au sommet.

On a déjà des contacts pour en rencontrer deux et on vient tout juste d'arriver à Toronto (...) C'est difficile de dire combien on va aller chercher, mais ce qu'on va aller chercher c'est des gens sérieux qui croient dans l'avenir d'un projet industriel vert qui va venir dépolluer, décarboniser, avance-t-il.

La compétition entre les provinces sera toutefois forte à Toronto. En tout, 167 projets de partout au pays seront présentés aux investisseurs sur place.

Pour l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, les petites provinces comme le Nouveau-Brunswick peuvent arriver à se démarquer lors de ce genre de rencontre.

Ce n'est pas la taille de la province qui importe, c'est les projets comme tels. Les investisseurs potentiels vont s'intéresser à un rendement, à un certain niveau de confort avec le type d'activité qu'on veut générer.

Selon lui, l’appétit à l’international pour les minéraux critiques pourrait permettre au Nouveau-Brunswick de se faire remarquer lors de ces rencontres. Il cite les gisements de tungstène et de molybdène que souhaite exploiter Northcliff Ressources, au nord de Fredericton.

Denis Caron abonde dans le même sens et estime que le port de Belledune est tout indiqué pour acheminer ces précieux métaux à l’étranger.

Des relations à construire

Bien que l’objectif du Sommet canadien sur l’investissement soit de conclure des partenariats afin d’attirer du capital, rien ne garantit qu'en allant là on va revenir avec des contrats signés, prévient Pierre-Marcel Desjardins.

Il s’agit néanmoins d’une étape essentielle pour y arriver, croit le professeur à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, Sébastien Betermier.

Un sommet, c'est deux jours, c'est beaucoup de rencontres, c'est beaucoup de réseautage. C'est une première étape qui est essentielle, qui est importante, mais c'est le début d'une relation qui est plus longue. Pour moi tout va se juger en fait sur le travail continu qui va se passer après ce sommet, dit-il.

En plus de détenir des ressources naturelles qui intéressent de nombreux investisseurs, le cadre légal et réglementaire stable que l’on retrouve aujourd’hui au Canada pourrait aussi être un argument de taille.

Surtout dans cet environnement géopolitique aujourd'hui qui est quand même assez instable, le Canada est un de ces pays qui justement offre cette opportunité d'avoir accès à un régime de droit qui est stable et qui mise sur le long terme, explique M. Betermier, qui se spécialise notamment dans la finance durable.

Mark Carney, l'air sérieux, pointe du doigt.

Le premier ministre Mark Carney s'apprête à accueillir à Toronto, la semaine prochaine, certains des plus grands investisseurs mondiaux dans le cadre de la présentation de son programme d'investissement canadien. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Chose certaine, si le Canada, et le Nouveau-Brunswick veulent réussir leur pari d’attirer du capital étranger au pays, il faudra continuer il faudra leur offrir des conditions alléchantes aux investisseurs, ajoute le spécialiste de finance.

Il faut notamment que le retour sur investissement soit suffisamment intéressant par rapport au risque qui est pris, dit-il.

Selon lui, on doit aussi bâtir un partenariat où la voix des investisseurs compte et est entendue par les décideurs.

Les démarches entreprises par le fédéral afin de réduire le temps nécessaire pour faire aboutir des projets sont déjà un premier pas dans la bonne direction, selon Pierre-Marcel Desjardins.

Est-ce que la province peut faire des choses supplémentaires peut-être, mais, dans le cas de la mine Sisson, il y a déjà eu une approbation conditionnelle qui a été offerte par la province. Donc on voit que certains projets sont peut-être plus prêts à être opérationnalisés que d'autres, et ça, ça représente un avantage supplémentaire lorsqu'on a cette carte-là à jouer.

Avec des informations de Nicolas Steinbach

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