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Le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul et «Gigue rouge» de Micheline Beauchemin

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« Un musée, une œuvre » : cet été, les journalistes du Devoir se tournent vers les conservateurs de musée en leur demandant de sélectionner une œuvre de leur collection qui mérite d’être admirée, découverte, révélée. Notre tour de la province muséale débute au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (MACBSP), où la directrice générale et conservatrice en chef, Gabrielle Bouchard, porte notre attention sur une œuvre signée Micheline Beauchemin, Gigue rouge.

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Au moment de notre visite au musée en juin dernier, des ouvriers s’affairaient à décrocher les toiles de l’exposition qui venait de se conclure pour ensuite commencer l’installation de l’exposition en cours dans le grand hall du musée, Rivières de perles, « première exposition personnelle muséale canadienne de l’artiste Ari Bayuaji », un Montréalais né en Indonésie qui crée des œuvres immersives à base de tissage et de sculptures. Sa démarche, indique le libellé de l’exposition, s’inscrit dans une réflexion élargie sur les enjeux environnementaux, les cycles de transformation et les possibilités de revalorisation des rebuts.

Gabrielle Bouchard fait un lien entre l’exposition de Ari Bayuaji et cette œuvre de Micheline Beauchemin (1929-2009) qui sera intégrée à l’exposition complémentaire Trame, aménagée à la mezzanine du musée.

« Je trouvais ça intéressant, puisque Ari Bayuaji fait lui-même beaucoup de tissages dans sa pratique artistique », explique la directrice générale du MACBSP. « Il me semble important de montrer à quel point le tissage a été important chez nos artistes, surtout chez les femmes. Or, c’est aussi un travail qui a beaucoup été mis de côté dans notre histoire de l’art. Le but de l’exposition Trame, c’est de montrer au public d’où ça vient, le tissage, pour comprendre pourquoi tous ces artistes actuels retournent à ses techniques anciennes. »

Micheline Beauchemin était réputée maître de la haute et basse lice (différents types de métiers à tisser permettent l’un ou l’autre), technique qu’elle a approfondie lors de voyages au Japon au milieu des années 1960, où l’artiste a aussi pu expérimenter différents matériaux, comme le nylon et l’acétate, pour concevoir ses œuvres. « Elle a même travaillé la fibre optique ! indique Gabrielle Bouchard. Son travail se situait donc beaucoup plus du côté de l’avant-garde que de l’artisanat. »

Beauchemin a passé l’année 1968 au Japon, avec une équipe d’une petite vingtaine d’artisans, pour créer le rideau de scène de la salle d’opéra du Centre national des arts d’Ottawa.

Réalisée en 1970, Gigue rouge a intégré la collection du MACBSP grâce à un don il y a une quinzaine d’années ; la conservatrice en chef ne peut se souvenir de la dernière fois que l’œuvre fut exposée. L’œuvre a beau avoir été réalisée avec des techniques datant de l’Antiquité, le résultat, lui, est indéniablement moderne, l’artiste choisissant une laine teinte avec des couleurs très vives dominées par le rouge, l’œil s’accrochant dans ces bandes jaunes, vertes ou turquoise.

« Je trouve cette œuvre magnifique et très joyeuse. Comme d’ailleurs toutes les autres de la série Gigue rouge », estime Gabrielle Bouchard, en soulignant qu’une tapisserie de cette série appartient au Musée national des beaux-arts du Québec. « C’est une série très colorée, très joyeuse, qui nous rappelle que Micheline Beauchemin fut aussi reconnue pour ses rideaux de scène. Elle a fait beaucoup d’intégration entre l’art et l’architecture, comme Mariette Rousseau-Vermette. »

L’art et le textile

De son vivant, Micheline Beauchemin a joui d’une notoriété internationale moins importante que celle de sa collègue tisserande (ou lissière) Mariette Rousseau-Vermette — notamment parce que cette dernière fut l’épouse du peintre et muraliste Claude Vermette, dont une œuvre embellit l’un des quais de la station Berri-UQAM, souligne Gabrielle Bouchard. « On a beaucoup plus écrit sur le travail de Mariette parce que son mari était reconnu. On évoque Beauchemin dans les livres sur l’art textile au Québec, mais on ne trouve pas de monographie ou quelque chose de plus substantiel. »

« Ce qui est triste, c’est que le catalogage des œuvres d’artistes comme Micheline Beauchemin est encore approximatif. C’est la succession de l’artiste qui était entrée en contact avec notre musée parce qu’il lui restait encore des œuvres en sa possession. On dirait presque que leur travail est anecdotique, si on le compare à celui des grands peintres québécois, très bien catalogué. On a mis beaucoup de temps à les considérer comme des artistes, et non des artisanes. »

Née à Longueuil en 1929, Micheline Beauchemin a fréquenté l’École des beaux-arts de Montréal à la fin des années 1940, puis l’École des beaux-arts de Paris. Elle expose ses tapisseries pour la première fois en galerie en 1959, puis au Musée des beaux-arts de Montréal l’année suivante. En prévision de son inauguration en 1963, la Place des Arts commande à l’artiste une œuvre de grande taille baptisée La chute d’Icare, qu’on peut encore admirer sur un mur du foyer Beauchemin de la salle Wilfrid-Pelletier.

Autour de l’œuvre de Micheline Beauchemin seront réunies d’autres exemples d’arts textiles québécois signés Mariette Rousseau-Vermette, Agathe Collard et Carole Simard Laflamme, ainsi que de l’artiste coréenne Young-ok Shin. En plus des expositions Rivières de perles et Trame, le musée organise la 44e édition de son Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, sous la direction de la commissaire Anaïs Castro.

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