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Le monument le plus célèbre de Sherbrooke célèbre son centenaire

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Cent ans après son inauguration, le monument aux morts de la côte King demeure l’un des grands repères patrimoniaux de Sherbrooke. Classé depuis 2016 pour sa valeur historique par le ministère de la Culture et des Communications, il célèbre cette année son centenaire. Pour l’occasion, quatre panneaux d’interprétation ont été installés par le Musée d’histoire de Sherbrooke et le Comité du 100e anniversaire du monument aux Braves-de-Sherbrooke afin de permettre aux visiteurs de mieux comprendre son histoire, sa symbolique et le contexte dans lequel il a été érigé.

Au-delà de son importance locale, le monument de Sherbrooke témoigne d’un phénomène qui a profondément marqué le paysage des villes occidentales au lendemain de la Première Guerre mondiale. Entre 1918 et le milieu des années 1930, on voit surgir au Canada des centaines de monuments aux morts. Jamais auparavant les municipalités n’avaient participé, sans même se consulter, à une entreprise commémorative commune d’une telle ampleur.

Ces monuments répondent d’abord à une nécessité humaine. La plupart des soldats morts outre-mer sont enterrés dans des cimetières militaires éloignés, souvent en France ou en Belgique. Pour les familles, il n’existe pas de tombe où venir se recueillir. Le cénotaphe, autrement dit un « tombeau vide », devient alors un lieu de deuil collectif. Les noms gravés dans la pierre ou le métal remplacent les sépultures absentes. Les cimetières militaires étant situés à des milliers de kilomètres, ces monuments deviennent les lieux où les familles peuvent venir se recueillir, se souvenir des disparus et inscrire leur deuil dans un espace commun en partage.

Ces monuments remplissent aussi une fonction civique. Leur inauguration donne lieu à d’imposantes cérémonies réunissant autorités municipales, représentants religieux, anciens combattants, fanfares, écoliers. Chaque 11 novembre, comme en témoignent les photos d’archives du monument de Sherbrooke, ils deviennent le cœur de grandes commémorations.

Avec leurs monuments aux morts, les municipalités ne cherchent pas seulement à rappeler le souvenir de cette effroyable boucherie qui met la table à d’autres que connaîtra le XXe siècle. Elles affirment qu’une communauté se construit autour de la mémoire de ceux dont on réécrit l’histoire à des fins de construction nationale.

La crise de la conscription

Malgré les profondes divisions provoquées par la crise de la conscription de 1917, quantité de villes du Québec choisissent d’ériger leur monument aux morts de la guerre. À Sherbrooke, la foule des anticonscriptionnistes sera malmenée comme ailleurs. Elle sera arrosée d’eau glacée et traquée par la police. Une émeute rue Wellington fera plusieurs blessés, dont certains grièvement. C’est un autre côté de la guerre pourtant majeur dont ce monument ne parle absolument pas.

À Sherbrooke, il faut attendre 1923 pour qu’un véritable projet de monument voie le jour. La démobilisation de l’après-guerre, les revendications du monde ouvrier et la pandémie de grippe espagnole constituent des éléments qui reconfigurent les priorités sociales et politiques du moment. Dans un contexte de tensions économiques, de réintégration des anciens combattants et de crise sanitaire, la mise en place d’un projet commémoratif contribue à affirmer les pouvoirs en place.

Réalisé par le sculpteur George William Hill à la suite d’un concours, le monument aux morts de Sherbrooke s’inscrit dans la trajectoire d’un artiste déjà reconnu pour ses grandes compositions publiques, après avoir bénéficié d’une formation entre Montréal et Paris, dans le sillage de l’académisme des Beaux-Arts.

Hill est originaire des environs de Danville dans les Cantons de l’Est. Sa carrière s’est imposée à travers de vastes commandes monumentales, notamment les monuments équestres et commémoratifs installés à Montréal, Ottawa et London. Il est considéré comme l’un des principaux sculpteurs de monuments commémoratifs militaires au Canada au début du XXe siècle.

Son monument sherbrookois présente trois soldats anonymes surplombés par une figure féminine qui incarne l’ange de la Victoire. Avec ses ailes déployées, elle tient une couronne de laurier. Cette iconographie s’inscrit dans le langage commémoratif que Hill a contribué à diffuser au Canada après la Première Guerre mondiale, où l’accent est placé sur le sacrifice collectif et la monumentalisation du deuil plutôt que sur l’héroïsme individuel.

Coulées en bronze et dressées sur un énorme socle de granit, ces figures relèvent d’une esthétique académique maîtrisée. Ce monument public demeure l’un des plus caractéristiques du paysage urbain sherbrookois. On ne compte plus en effet, depuis un siècle, les représentations de la ville qui mettent à l’avant-plan ce monument.

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