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La publication spécialisée dans l'analyse financière des organismes sportifs Sporting Goods Intelligence Europe a publié récemment un article qui semblait relever de la science-fiction. En Italie, la fédération nationale de tennis génère désormais plus de revenus que la fédération de soccer!
Pour l’année 2025, la Federazione Italiana Tennis e Padel (FITP) a déclaré des revenus supérieurs à 230 millions d’euros (373,8 M$ CA) tandis que la fédération de soccer a amassé un peu plus de 200 millions d’euros (325 M$ CA). Les revenus de la fédération de tennis ont ainsi augmenté de 22 % en un an.
Même si 75 % des pages des quotidiens sportifs, comme la Gazetta dello sport et le Corriere dello Sport, sont consacrées à la couverture du foot, le tennis est désormais devenu un sujet de fierté et un sport incontournable pour les Italiens.
Et ce qui incroyable dans cette histoire, c’est que cette révolution a débuté par une simple modernisation de la structure de développement de la FITP. Une révolution baptisée sistema italiana dont nous constatons les résultats chaque semaine, en jetant un coup d’œil aux résultats des tournois disputés à travers le monde.
Il y a 15 ans, l’Italie ne comptait aucun joueur masculin parmi le top 40 mondial. Répertorié au 48e rang du classement de l’ATP, le meilleur joueur italien, Potito Starace, était âgé de 29 ans. Et il y a 10 ans, on ne retrouvait que quatre Italiens parmi les 75 meilleurs joueurs au monde. Aucun de ces quatre joueurs ne perçait le top 20.

Jannik Sinner
Photo : Getty Images / Clive Brunskill
En ce lundi 26 janvier, deux des cinq meilleurs joueurs au monde, Jannik Sinner (2e, âgé de 24 ans) et Lorenzo Musetti (5e, âgé de 23 ans) sont Italiens. Et si l’on ajoute Flavio Cobolli (23 ans) et Luciano Darderi (23 ans) à ce groupe, on retrouve quatre Italiens dans le top 25 mondial. Soulignons par ailleurs que depuis 2024, presque sans interruption, on retrouve plus de 10 % d’Italiens à l'intérieur du top 75 masculin.
Du côté des dames, les succès ne sont toutefois pas aussi éclatants. Au sein du top 100 mondial, on ne retrouve que Jasmine Paolini (qui est quand même huitième!) et Elisabetta Cocciaretto qui occupe le 56e échelon.
Les experts estiment que le tennis italien peine à s’ajuster au rythme de développement plus rapide des femmes par rapport à celui des hommes.
Avant le déploiement du sistema italiana, il fallait remonter jusqu’en 1976 pour retrouver le dernier joueur italien, Adriano Panatta, à avoir participé à une finale d’un tournoi du grand chelem (il avait alors remporté Roland-Garros). Par ailleurs, l’Italie ne revendiquait qu’un seul titre en Coupe Davis, un exploit majeur également accompli en 1976.
Or, l’Italie vient de remporter trois Coupes Davis consécutives! Dans l’histoire du tennis, aucun pays qui n’est pas l’hôte d’un tournoi majeur n’avait réussi pareil tour de force.
En ce qui a trait aux tournois du grand chelem, Matteo Berrettini a été le premier à défoncer le plafond de verre en participant à la finale de Wimbledon en 2021.
Depuis ce temps, Jannik Sinner a remporté les Internationaux d’Australie deux fois (en 2024 et en 2025), a été finaliste à Roland-Garros (en 2025), a remporté Wimbledon (en 2025) et a remporté les Internationaux des États-Unis (en 2024) en plus de s’y être incliné en finale l’an dernier.
Cette séquence de succès se perpétuera peut-être cette semaine puisque trois Italiens ont participé au quatrième tour des Internationaux d’Australie et que deux d’entre eux, Sinner et Musetti, font partie des huit joueurs qualifiés pour les quarts de finale.
Depuis quelques années, ces éclatants succès font en sorte qu’énormément de gens tentent de documenter et de comprendre ce qui a bien pu se passer en Italie pour qu’une pareille métamorphose puisse survenir.
Chose certaine, les dirigeants de la FITP estimaient qu’ils avaient en face d’eux un immense potentiel humain qui ne demandait qu’à être développé. Un constat qu’on imagine semblable à celui que font présentement les Québécois lorsqu’ils pensent au hockey.
Pour renverser la vapeur, les Italiens ont cessé de se fier au hasard et ils ont eu le courage de jeter par-dessus bord un système (ou une absence de système) qui avait démontré son inefficacité depuis de longues années.
Pour devenir l’une des plus grandes nations de tennis au monde, l’Italie a beaucoup misé sur la connaissance et la bienveillance. Au hockey, les Suédois misent aussi sur ces valeurs depuis plusieurs années. Sauf que les Italiens l’ont fait à leur façon.
D'abord, avec la formation des entraîneurs. La FITP a insisté sur la qualité de la formation des entraîneurs aux plus bas échelons de sa pyramide.
Il y a maintenant plus de 10 000 entraîneurs certifiés en Italie. En 2025, la FITP a par ailleurs recensé un record de 4012 clubs affiliés.
Selon le site ATP Tour, les entraîneurs italiens sont ceux qui assistent chaque année au plus grand nombre de séances de formation à travers le monde. Leur formation est continue plutôt que ponctuelle.
Ensuite, sur le recrutement. La FITP a déterminé qu’un jeune adolescent profite de conditions plus favorables à son développement s’il habite chez ses parents et qu’il pratique son sport dans son club local.
En conséquence, la fédération a cessé d’extraire ses meilleurs jeunes espoirs de leur milieu et de les séparer de leur entraîneur. La FITP travaille désormais en partenariat avec les entraîneurs locaux. Un vaste écosystème de centres de développement régionaux a aussi été créé pour maintenir les joueurs dans leur milieu. Les meilleurs jeunes espoirs sont réunis périodiquement.
Puis, la réduction des coûts et l'accès aux compétitions internationales. Outre les États-Unis, l’Italie est le pays qui a présenté ces dernières années le plus grand nombre de tournois professionnels (la plupart dans des catégories de développement).
On parle de plus de 60 tournois par année. Les organisateurs offrent des invitations aux espoirs italiens pour leur permettre de prendre de l’expérience et d’amasser des points qui leur permettent ensuite de participer à d’autres tournois plus relevés.
Et finalement, la mise en marché du sport. Le sistema italiana se distingue par ailleurs par la mise sur pied d’une chaîne spécialisée, SuperTennis, entièrement dédiée à ce sport et administrée par la fédération. On y présente des tournois de tous les niveaux, incluant des matchs de tournois du grand chelem.
Les Italiens peuvent donc suivre de près la progression des espoirs de leur pays dès leurs premiers pas dans les circuits de développement.
Par ailleurs, un projet appelé raquettes en classe a été lancé afin de permettre aux écoliers italiens de s’initier au tennis. Selon la FITP, pas moins de 418 000 enfants se sont inscrits à ce programme en 2024, soit le double de l’année précédente. De plus, la FITP compte maintenant plus d’un demi-million de membres, chiffres qui sont aussi stimulés par la popularité croissante du padel.
Quand les dirigeants du tennis italien ont lancé le sistema italiana, ils souhaitaient simplement offrir à leurs membres de meilleures chances de réussite.
En établissant des valeurs claires et en traitant leurs entraîneurs comme des maillons essentiels de la chaîne, ils ont fini par créer l’une des fédérations les plus performantes au monde.


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