« C’est la quatrième maison asiatique qu’on visite. Comme les rats, ils quittent le navire, ils ont de l’instinct. »
Sa sortie en salle en septembre 2021a été discrète, c’est le moins qu’on puisse dire. Et c’est une bizarrerie. Car rarement aura-t-on vu un film québécois aussi clairvoyant et aussi pertinent quant à ce qui pend au bout du nez de notre monde.

Le meilleur pays du monde, de Ky Nam le DucPhoto : FunFilms Distribution
Un film futuriste pour mieux parler d’aujourd’hui
Intensément politique, Le meilleur pays du monde choisit en effet son décor avec le flair des gens qui savent se projeter demain pour mieux parler d’aujourd’hui.
Nous sommes dans un futur proche. Tellement proche que les frissons naissent vite. Car nous sommes dans un Québec qui vient d’élire un gouvernement d’extrême droite et qui a fermé ses frontières. "Chez nous, entre nous", poussé à l’extrême, donc. Et c’est dans ce contexte délétère qu’Alex (Mickaël Gouin, sensible), un trentenaire sans emploi, va devoir déployer des trésors d’imagination pour ne pas perdre le fil : sa blonde, vietnamienne, décide de retourner vivre dans son pays natal, tandis qu’il se retrouve avec un bambin sur les bras, le fils de sa femme de ménage, une Haïtienne arrivée clandestinement, disparue depuis, et qu’Alex tente de retrouver avec son beau-père (formidable et émouvant Nguyen Thanh Tri), lui aussi en plein questionnement.

Le meilleur pays du monde, un nouveau film de Ky Nam Le DucPhoto : Radio-Canada / Ky Nam Le Duc
Les ravages de l’extrême-droite
Des personnages perdus, entre complexité sociopolitique globale et drames intimes, voilà bien ce que détaille Le meilleur pays du monde.
Et si le récit, parfois, perd un peu le nord – et le rythme – à essayer de suivre chacun et chacune, il reste un film dont la lucidité n’est pas loin de terrifier, capable d’illustrer avec force et sans faux-semblants les effets concrets d’un nationalisme exclusif sur les citoyens et citoyennes d’un pays.

Le meilleur pays du monde, de Ky Nam le DucPhoto : FunFilms Distribution
Et s’il restait un espoir?
Mais Le meilleur pays du monde ne se contente pas d’être un portrait à charge de ce qui pend au bout du nez de ceux et celles qui succomberaient à la tentation de la haine et du rejet. Non, il ose ouvrir son regard vers une solution possible. Un espoir même. Une idée toute simple, mais pas forcément naïve : celle de la solidarité.
Quand le monde appelle à la division, la résistance est bien de cet ordre : tendre sa main à l’autre, en comprenant que c’est bien de l’union et de l’empathie que peut naître la force.
Rare, Le meilleur pays du monde l’est, dans notre paysage cinématographique québécois. Et pas seulement par sa capacité à mettre le doigt sur des anxiétés contemporaines bien réelles dans un futur sombre pétri de repli sur soi et d’intolérance, ou par sa mise en scène rigoureuse mais non dénuée d’humour. Non. Il l’est par son courage à tendre un miroir dans lequel se regarder (et en particulier sur la question de l’immigration, abordée enfin sans vœux pieux ou déclaration d’intentions) est une épreuve dont on ne peut espérer que ressortir collectivement plus noble
Le meilleur pays du monde, à voir sur ICI Télé le 23 janvier, à 23 h 05.
La bande-annonce (source : YouTube)


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