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Cette révision ne devrait pas, dans l’immédiat, doper les exportations d’armes, mais permettra d’intégrer davantage le pays à la chaîne d’approvisionnement internationale dont il dépend.
C’est un revirement. Le Japon a annoncé mardi 21 avril assouplir ses règles d’exportation d’armements en vigueur depuis cinquante ans, un changement historique ouvrant la voie à la vente d’armes létales à l’étranger par ce pays à la Constitution pacifiste depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Cet abandon de facto de la politique d’autolimitation des exportations d’armes létales que Tokyo s’était imposée devrait faire entrer pleinement l’archipel sur le marché international de l’industrie de défense. « Grâce à cette révision partielle [des règles], il est désormais possible, en principe, d’autoriser le transfert d’équipements de défense, y compris tous les produits finis », a affirmé Minoru Kihara, le porte-parole du gouvernement japonais, à la presse.
Ce changement a été entériné par le gouvernement et le conseil de sécurité nationale, selon l’agence de presse Kyodo. La première ministre, Sanae Takaichi, aux positions ultranationalistes et en poste depuis octobre 2025, en avait fait un marqueur de sa politique. Elle soutient que cette évolution permettra à l’archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l’industrie d’armement pour en faire un moteur de croissance économique.
Une interdiction générale instaurée il y a cinquante ans
Ces nouvelles règles s’inscrivent dans le cadre d’un assouplissement progressif de l’interdiction générale d’exportation instaurée en 1976. Par le passé, le Japon exportait munitions et matériel militaire pour stimuler son économie, notamment durant la guerre de Corée, dans les années 1950, mais il a adopté une interdiction conditionnelle des exportations d’armes en 1967, puis une interdiction totale une décennie plus tard.
Toutefois, au cours des dernières décennies, Tokyo a consenti des exceptions, en particulier lorsqu’il a rejoint des projets internationaux de développement d’armements. En 2014, le Japon a ouvert la voie aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux : le sauvetage, le transport, l’alerte, la surveillance, le déminage. Lorsque l’Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes afin de repousser l’offensive de la Russie, le Japon avait exprimé sa sympathie, mais s’était abstenu d’envoyer des armes, fournissant gilets pare-balles et véhicules.
Désormais, Tokyo a supprimé purement et simplement la règle des cinq catégories, ouvrant la voie à l’exportation d’équipements de défense létaux. Les partisans de cette évolution faisaient récemment valoir que cette révision ne devrait pas, dans l’immédiat, doper les exportations d’armes, mais permettra d’intégrer davantage le pays à la chaîne d’approvisionnement internationale dont il dépend.
De quoi renforcer les liens défensifs, diplomatiques et économiques avec les nations partenaires, dans un contexte d’instabilité régionale croissante due au renforcement militaire de la Chine et aux menaces de la Corée du Nord. « Alors que l’environnement de sécurité devient de plus en plus critique, aucun pays ne peut préserver sa paix et sa sécurité par ses seules forces : en matière d’équipements de défense, il a besoin de nations partenaires capables de se soutenir mutuellement », a insisté Mme Takaichi mardi sur X, évoquant les attentes des alliés de Tokyo.
Pacifisme constitutionnel
Cependant, cette décision – largement attendue – suscite une certaine inquiétude au sein de l’opinion publique japonaise : des critiques accusent Sanae Takaichi de porter atteinte au pacifisme inscrit dans la Constitution de 1947, rédigée par l’occupant américain, qui dispose que le Japon « renonce à la guerre en tant que droit souverain de la nation » (article 9).
La Chine, elle, s’est dite « très inquiète » de cette décision. « La communauté internationale, y compris la Chine, restera extrêmement vigilante sur le sujet et résistera fermement à une militarisation inconsidérée et d’un nouveau genre de la part du Japon », a déclaré mardi un porte-parole des affaires étrangères, Guo Jiakun, lors d’un point presse régulier.
« Notre attachement à la voie et aux principes fondamentaux que nous suivons depuis plus de quatre-vingts ans en tant que nation pacifiste demeure absolument inchangé », a tenté de rassurer Mme Takaichi. « Nous procéderons à des examens au cas par cas rigoureux (…), les bénéficiaires seront limités aux pays s’engageant à utiliser ces équipements d’une manière conforme à la Charte des Nations unies », plaide-t-elle.
Cinq groupes japonais (Mitsubishi Heavy Industries, Kawasaki Heavy Industries, Fujitsu, Mitsubishi Electric et NEC) figurent déjà dans le top 100 mondial des entreprises d’armement et de défense en termes de chiffre d’affaires, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
Le Monde avec AFP


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