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Dans le monde municipal, la confection du premier budget d’une nouvelle administration est toujours un exercice ingrat. Élue en novembre, l’équipe dispose d’un peu plus de deux mois pour présenter un projet viable, assorti d’une obligation légale d’équilibrer les revenus et les dépenses.
C’est à cette enseigne qu’il faut jauger le budget présenté lundi par la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et le président du comité exécutif, Claude Pinard. En peu de temps, ils ont tenté d’imprimer leur vision pour la métropole comme ils le pouvaient, en misant notamment sur la lutte contre l’itinérance, la sécurité publique et l’accès au logement.
Les investissements alloués à la lutte contre l’itinérance et à l’accès au logement seront les bienvenus. Il s’agissait de l’un des principaux enjeux de la dernière campagne électorale. L’abandon du Règlement pour une métropole mixte est une bonne nouvelle puisque cette initiative de l’administration précédente n’a jamais tenu ses promesses. L’avenir dira si les incitatifs financiers et les ambitions de créer un véritable partenariat avec le secteur immobilier (privé et à but non lucratif) entraîneront maintenant de meilleurs résultats. Le défi consiste à construire rapidement, et à coût raisonnable, des logements sociaux et abordables en quantités suffisantes.
La nouvelle administration s’attaque aussi à la dette avec un peu plus de rigueur, dans l’objectif de la ramener à 100 % des revenus de la Ville d’ici la fin 2026. Ces initiatives, en apparence ennuyeuses, ont leur importance. Le service de la dette est la deuxième source de dépenses à Montréal (16,6 % du total), après la sécurité publique (policiers et pompiers, à 17,9 %).
Le budget comporte néanmoins sa part d’interrogations et de déceptions. Le peu d’intérêt de la nouvelle administration pour la mobilité durable se confirme avec la réduction de moitié du budget de Bixi, malgré le succès que constituent les 14,5 millions de déplacements effectués en 2025. Pour ce qui est du réseau de pistes cyclables, ce sera le surplace, avec des investissements de 18 à 20 millions par année. La nouvelle mairesse ne parle pas, ou peu, de l’expansion du réseau ; elle n’en a que pour la sécurité des pistes cyclables, un enjeu marginal qui fait figure de diversion.
L’administration juge qu’elle mise sur la prudence avec ce budget d’une valeur de 7,67 milliards de dollars, une hausse de 5,4 % par rapport à l’année précédente. C’est beaucoup plus que l’inflation observée dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, qui était de 3,4 % (entre septembre 2024 et septembre 2025). La nouvelle mairesse se targue d’avoir trouvé des économies récurrentes de 79 millions, ce qui représente 1 % des dépenses. Elle promet l’élimination de 1000 postes dans la fonction publique d’ici quatre ans. Pour l’heure, elle commence par un pétard mouillé. Le budget évoque l’élimination de 16,6 postes (en années-personnes)… sur un total de près de 25 200. Sans un plan solide et une vision affirmée, les effectifs d’une organisation bureaucratique comme la Ville ne diminueront pas d’eux-mêmes.
L’augmentation moyenne des taxes foncières résidentielles de la ville centre demeure inférieure au niveau de l’inflation, mais, encore une fois, le diable se cache dans les détails. Si l’on additionne les hausses de la ville centre et des arrondissements, la moyenne passe à 3,8 %. La facture est encore plus salée dans certains arrondissements, qui voient leurs taxes augmenter de l’ordre de 5 % à 6 % en raison de la fluctuation de la valeur foncière.
Des rendez-vous majeurs attendent la nouvelle administration. Sept groupes d’employés syndiqués sont en renégociation de leur contrat de travail. Ce sera l’occasion d’exiger plus de flexibilité et de souplesse et d’amorcer la discussion difficile sur la réduction des effectifs. Ce sera aussi un rendez-vous corsé, dont il pourrait résulter des concessions et une augmentation du fardeau fiscal des Montréalais. Une hausse des salaires de 1 %, c’est l’équivalent de dépenses supplémentaires de 25 millions à Montréal.
En matière de relations de travail, en particulier dans le secteur public, l’expérience des dernières années est plutôt à l’avantage de l’appétit syndical, en raison du traumatisme et de la perte de pouvoir d’achat observés lors de la poussée inflationniste de 2022-2023. La mairesse Martinez Ferrada a pris soin de rappeler aux syndicats qu’ils devront faire preuve de créativité à la table des négociations et respecter la capacité de payer des Montréalais.
Enfin, le poids de Montréal diminue dans la RMR. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, la population de l’île est appelée à chuter de 12 % d’ici 2051. Ce phénomène, déjà amorcé, se traduira inévitablement par une pression accrue sur les finances publiques, qui reposent sur la taxation pour 63 % des revenus. C’est une variable qui aura une incidence majeure, autant sur le poids politique de Montréal dans la RMR que sur ses capacités de donner des services de qualité. Ces paramètres ne pourront être ignorés dans les négociations à venir et dans les efforts de réduction des effectifs.


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