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« La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires »
(Georges Clemenceau).
En cette fin d’année 2025, les éditions Fayard peuvent bénir la famille de Villiers : les deux derniers opus de Philippe de Villiers, Mémorocide et Populicide ont fait un tabac. Le succès était là également pour le roman historique de son petit-fils Jacques, Le bâtard du Roussillon. Et voilà que le général Pierre de Villiers, mieux traité par les médias que son aîné, écume les plateaux-télé pour la sortie – toujours chez Fayard – de son livre Pour le succès des armes de la France (1), un opuscule d’à peine 175 pages, que je n’ai pas lu (et que je n’ai pas l’intention d’acheter).
J’ai une grande admiration pour Philippe de Villiers. En revanche, je ne suis pas séduit par son cadet. Le général Pierre de Villiers est invité partout depuis la sortie de son livre L’équilibre est un courage (2). Quand il a quitté son poste de chef d’état-major des armées, il a commis un bouquin assez indigeste intitulé Servir (3). Ce livre aurait dû s’appeler Servir… la soupe tant ce brave général y flagornait les hommes de pouvoir. Un livre qui m’a déçu tant il est rédigé dans la langue de bois politiquement correcte inhérente à notre époque molle. Oserais-je dire que j’ai trouvé ce livre sans chaleur, sans âme, sans panache et surtout sans véritable sens critique ou polémique ? On ne demande pas au général de Villiers d’avoir les qualités épistolaires de son frère mais on pourrait attendre de lui un peu plus de franchise et de courage, d’autant plus qu’il n’en manque pas : ses coups de gueule sont connus ! Pourquoi faut-il que les grands chefs militaires, capables de toutes les audaces en opération, deviennent serviles dès qu’ils fréquentent les cabinets ministériels ?
Servir est décevant à divers titres : à plusieurs reprises, le général y évoque les valeurs républicaines, le vivre-ensemble, les acquis des lumières, le pays des droits de l’homme mais rien ou sur la France éternelle, celle de nos grands monarques. On pourrait croire que la France est née en… 1789. Le général fait l’éloge de Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron. Ne lui reprochons pas d’être bien élevé et courtois mais il est bien placé pour savoir que les trois premiers auront été les fossoyeurs de l’armée française et que le quatrième l’a humilié et poussé à la démission.
Insistant sur la France État laïc, il cite en exemple les rencontres œcuméniques entre des aumôniers militaires musulmans, juifs et chrétiens. Il est dans la mouvance actuelle, celle du vivre-ensemble, quand il cite en premier les Imams et en dernier les prêtres catholiques. Il aurait pu rappeler que la France est (ou a été ?) la fille aînée de l’Église et qu’elle a une culture chrétienne. De surcroît, il ne dit pas un mot du problème posé par le nombre de musulmans dans l’armée, et de la radicalisation de certains d’entre eux. C’est pourtant un problème qui préoccupe de nombreux gradés, subalternes ou supérieurs. Il évoque en détail la paupérisation de l’armée française depuis la suppression du Service militaire. Mais n’en a-t-il pas été l’un des principaux acteurs en qualité de major-général puis de CEMA ? Devant un bilan aussi calamiteux, que ne s’est-il indigné plus tôt ?
Après Servir, il a publié un autre ouvrage : Qu’est-ce-qu’un chef ? (4), livre qui enfile les fadaises et les lieux communs propres à toutes les formations en management. Les bonnes pages étant inspirées par Le rôle social de l’officier d’Hubert Lyautey. C’est un honnête plagiat !
Le général de Villiers est certainement un grand soldat mais il y a, entre son frère et lui, la différence qui existe entre un homme de convictions et un homme de servitude (j’allais écrire de servilité). D’ailleurs les médias ne s’y trompent pas : le général est reçu par toutes les chaînes de radio ou de télé. Et, tel un curaillon de gauche, il nous explique comment intégrer les jeunes de banlieues par le sport. C’est un baratin lénifiant qu’on nous sert, en gros, depuis la nomination de Tapie comme ministre de la Ville. Pour le général de Villiers, il faudrait un… Didier Deschamps pour redresser la France. Mais après tout, je ne connais pas cet homme, je vais donc éviter de lui faire un procès en sorcellerie. Je pense qu’il ambitionne de devenir ministre dans un futur gouvernement. Je suppose qu’il en a les capacités, c’est donc son droit le plus strict. Mais sa réapparition dans les médias a fait ressortir les va-t-en-guerre, les matamores et autres stratèges de Café du Commerce qui savent ce qu’il faut faire pour sauver le pays.
Mes amis (et aussi, parfois, mes lecteurs) ne comprennent pas toujours pourquoi je ne crois pas au mythe de l’homme fort – l’homme providentiel – capable de remettre de l’ordre dans le vaste souk qu’est devenu leur pays, et d’expulser les parasites qui n’ont rien à y faire. Certains appellent de leurs vœux une dictature militaire avec, à sa tête – pourquoi pas ? – le général de Villiers. Pour ma part, je reste intimement persuadé qu’aucun militaire de haut rang – officier supérieur ou général – n’a la moindre envie d’endosser le costume de Franco ou de Pinochet, pas même celui de Bugeaud dont les méthodes musclées pacifièrent l’Algérie. Et, si tel était le cas, encore faudrait-il qu’il possède des qualités de chef et un charisme suffisant pour que la troupe le suive.
Les chefs charismatiques, les vrais meneurs d’hommes, ont disparu. Le moule est cassé et on peut en dire autant pour les chefs d’État de la plupart des pays occidentaux. L’histoire m’a appris que la droite française est beaucoup trop sentimentale pour réussir un coup d’État. Elle crève de ses scrupules, de sa pudibonderie de rosière et de ses états d’âme. Le putsch des généraux des 21-22 avril 1961, à Alger, aurait pu réussir s’il avait eu, à sa tête, des vrais révolutionnaires, or les généraux Salan, Jouhaud, Challe et Zeller voulaient un putsch sans victimes et dans le respect de la légalité républicaine, ce qui semble irréaliste voire carrément utopique.
Chez nous, il faut remonter au 18 brumaire, an VIII (9 novembre 1799) pour voir un jeune général réussir un coup d’État. Encore que le 18 brumaire n’aurait jamais réussi sans Murat et Joseph Bonaparte. Depuis le 18 brumaire, la France a connu quelques tentatives de putsch. Celui du général Boulanger (28 janvier 1889) a avorté ; celui du colonel de La Rocque (6 février 1934) idem ; la semaine des barricades d’Alger de janvier 1960 a fini en débandade, le putsch des généraux Salan, Jouhaud, Challe et Zeller (21 avril 1961) a tourné au fiasco. Le seul putsch réussi aura été le retour au pouvoir du Grand Charles, le 13 mai 1958. Mais De Gaulle s’est bien gardé de se salir les mains dans cette affaire. Le second putsch réussi est incontestablement l’élection de Macron en 2017. Mais ce freluquet narcissique a beau clamer aux militaires C’est moi le chef ! ça n’en fait pas un général, pas même d’opérette. Il y a cependant des similitudes entre le 13 mai 1958 et l’élection de Macron : une volonté de la finance apatride d’imposer SON candidat, un délitement des partis traditionnels, et une incapacité du pouvoir à venir à bout des problèmes des Français.
Les partisans de Macron lui trouvent des qualités de stratège dans sa conquête du pouvoir. NON ! Car ce type a été fabriqué de toutes pièces. Il est la marionnette du Nouvel Ordre Mondial, soutenue par l’argent apatride, les médias européistes, les Drahi, Attali, DSK, etc., ils ont réussi un tour de force, un coup d’État sans faire couler une goutte de sang.
Après son élection, la cérémonie dans la cour du Louvre, devant le triangle éclairé – symbole maçonnique s’il en est – c’était un remerciement aux Loges et aux forces occultes auxquelles il doit, incontestablement, sa victoire. Des tas de gens n’ont pas compris que l’élection de Macron, c’était le retour de la République des Franc-maçons. C’est avec l’appui (illimité) de la finance, de la presse et des Loges que cet avorton narcissique est arrivé au pouvoir. Un bel enfumage !
Les zélateurs du général de Villiers le décrivent comme un homme de conviction, droit dans ses bottes et peu influençable. Loin de moi l’idée de le prendre pour une girouette, j’ai trop de respect pour l’homme et pour sa famille. Quand j’ai osé critiquer ses deux premiers livres, j’ai eu droit à quelques volées de bois vert de gens qui ne supportent pas qu’on puisse critiquer un homme aussi droit et intègre. Certes mais la droiture et l’intégrité, aussi respectables soient-elle, ne le prédisposent à franchir le Rubicon. Mélenchon, lui, en est bien capable : c’est un révolutionnaire, il n’a aucune moralité et des troupes prêtes à la suivre.
Éric de Verdelhan
1) Pour le succès des armes de la France de Pierre de Villiers ; Fayard ; 2025
2) L’équilibre est un courage Fayard ; 2020
3) Servir Fayard ; 2017
4) Qu’est-ce-qu’un chef ? Fayard ; 2018





























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