Des prairies de l’Alberta au port de Vancouver, une majorité de Canadiens en témoignent: l’attitude agressive et grossière de l’administration Trump et la guerre commerciale qu’elle a déclarée au pays à la feuille d’érable ont touché la psyché et l’identité canadiennes. Le Temps en a pris la mesure sur le terrain et publie cette semaine une série d’articles consacrés au Canada.
Lire aussi: Entre référendum séparatiste en Alberta et guerre commerciale avec Trump, le Canada se réinventeLa plus riche province du pays, l’Alberta, votait lundi sur la possibilité de s’engager sur la voie de l’indépendance. Il y a 2 semaines, c’est le Parti québécois qui remportait les élections provinciales, promettant à terme un troisième vote sur la séparation de la Belle Province du Canada. Pourtant, la cause indépendantiste a paradoxalement peu de chances de progresser face aux défenseurs de la Confédération, qui date de 1867. Motif: depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les Canadiens refusent les intimidations du Bureau ovale et retrouvent, dans leur fédéralisme, la solidarité nécessaire à leur unité. Le premier ministre Mark Carney, élu lui aussi «grâce» aux attaques du président américain, a su atténuer le choc subi par son peuple.
Face au risque économique considérable que fait peser la politique tarifaire de la Maison-Blanche sur le Canada, il a insufflé une formidable dynamique de diversification de l’économie, nouant des liens plus étroits avec les Européens et plusieurs pays asiatiques. L’Alberta et Vancouver sont les têtes de pont de ce changement stratégique. Au lieu de la déprime, Mark Carney a instillé de la fierté dans l’esprit de ses concitoyens.
Face à un ordre international qui se délite, le premier ministre a martelé, à Strasbourg et à Davos, la nécessité de façonner un nouvel ordre mondial où les puissances moyennes s’affirment par leurs valeurs et non par la force. Si les Canadiens font confiance à l’ex-gouverneur de la Banque du Canada et d’Angleterre, c’est parce qu’il incarne la décence propre à une démocratie saine.
Lire aussi: Entre référendum séparatiste en Alberta et guerre commerciale avec Trump, le Canada se réinventeLe vrai défi de Mark Carney sera toutefois de tenir dans la durée. Malgré la diversification de son économie, le Canada ne peut s’affranchir de la géographie. C’est sa force et sa vulnérabilité: avoir la plus grande puissance économique à ses côtés. Comme le protectionnisme états-unien ne va pas disparaître avec le départ de Donald Trump, les relations entre les deux voisins promettent encore des étincelles.
Le rapprochement avec l’Europe est remarquable. Mais là non plus, tout n’ira pas de soi. Pour rappel, le CETA, l’Accord économique et commercial global conclu en 2016 entre le Canada et l’UE, n’a toujours pas été ratifié par des pays comme la France, l’Italie et la Pologne.
Après Pékin, le Canada, et ses 40 millions d’habitants, a le mérite d’être le second pays à avoir résisté à Donald Trump. Au nom des démocraties et de leur pérennité.


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