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Ce concours s’inspire du Concours général créé par l’Abbé Legendre en 1747 pour récompenser les meilleurs élèves.
Le gouvernement a l’air bien décidé à remettre les collégiens au travail. Cette fois, il s’agit de motiver les meilleurs d’entre eux, parfois enclins à se reposer sur leurs lauriers. Et pour cela, quoi de mieux qu’un concours ? Largement inspiré du Concours général des lycées, qui fait ses preuves depuis 1747, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé, dans une interview accordée aux quotidiens du groupe Ebra (Le Bien public, L’Alsace, L’Est républicain…), la création d’un Concours général des collèges. Sa première édition se déroulera au cours de l’année scolaire 2026-2027.
Une émulation entre collégiens
Chaque établissement pourra inscrire jusqu’à 10 % de ses élèves dans cinq disciplines : mathématiques, français, histoire-géographie, arts plastiques et informatique. Pour chaque épreuve, les collèges volontaires devront proposer une inscription paritaire entre filles et garçons. Il faudra faire vite : les inscriptions ouvriront dès l’automne. « Le but est de créer une émulation dans les collèges et de valoriser différentes formes d’excellence », assure le ministre. Comme pour le Concours général des lycées, il pourrait y avoir un palmarès national et académique.
Au Concours général, le jury met de vraies notes, qui ne seront pas modifiées en fonction de l’humeur d’un inspecteur ou pour faire plaisir aux parents
Jean-Paul Brighelli, écrivain
Car le modèle est bien connu. Et redoutablement efficace. Créé à Paris en 1747 grâce au legs de l’abbé Legendre, c’est en 1864 que le ministre de l’Éducation de l’époque, Victor Duruy, l’étend à toute la France. Il a plusieurs fois failli disparaître, notamment en 1968, mais l’Association des lauréats veille au grain. En 2025, 21 754 candidats ont tenté leur chance au Concours général (20 123 pour les lycées ; 1 631 pour les métiers). Cette année-là, les lycées les plus primés étaient, dans l’ordre, Stanislas (25 prix), Louis-le-Grand (22) et le lycée international de Saint-Germain-en-Laye (11). Des établissements que l’on retrouve, sans surprise, en tête du classement des lycées du Figaro .
Transposé au collège, le dispositif fait déjà grincer des dents. Jean-Paul Brighelli, essayiste et auteur en 2023 de La Fabrique du crétin (Archipoche), juge l’idée « très mauvaise » : « Les élèves capables d’être très bons, il y en a trois par collège, et encore pas dans tous les collèges ; beaucoup ne présenteront personne. Ce concours va agrandir le fossé entre la poignée des meilleurs et tous les autres. Loin d’être une émulation, cela va être la révélation du niveau catastrophique du collège. »
Que vont gagner les collégiens ?
Il prévient aussi : « Au Concours général, le jury met de vraies notes, qui ne seront pas modifiées en fonction de l’humeur d’un inspecteur ou pour faire plaisir aux parents. » Autre crainte : « Il va falloir préparer les élèves, et les professeurs ne seront pas forcément emballés à l’idée de faire cela gratuitement », glisse-t-il.
Reste une question plus prosaïque : celle des récompenses. Car si, au Concours général des lycées, l’excellence est célébrée dignement, les élèves repartent souvent les poches vides. À l’origine, les lauréats recevaient de l’argent ; il y a encore une dizaine d’années, ils repartaient avec un stylo et une tablette. Lors de la dernière cérémonie, les lauréats du concours d’italien, Alessandro Cacace et Matteo Bardet, venus d’Italie, nous confiaient leur déception de « ne même pas avoir reçu un crayon de papier au logo du Concours général ».
Cette initiative a sans doute été encouragée par Emmanuel Macron lui-même, lauréat du Concours général de français en son temps. En 1994, le futur président avait planché sur un sujet exigeant : « Lire certes, mais pourquoi relire ? ». Dans sa copie que vous trouverez ici, il ne citait pas moins de 32 auteurs. Il avait obtenu un accessit, soit la septième place, comme le raconte Sylvie Bommel dans Il venait d’avoir 17 ans (JC Lattès, 2019). Peut-être que, demain, les meilleurs collégiens auront droit, eux aussi, à leur récompense symbolique : un stage de troisième à l’Élysée ?


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