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Drôle de soirée quand même. Elle nous en aura fait voir de toutes les couleurs. Des partisans qui scandent le nom du capitaine déchu de l’autre équipe pour qu’il vienne jouer à Montréal aux trois buts refusés, sans oublier la saucisse gonflable sur la glace et le pain à hot-dog, gonflable aussi, qui a terminé son périple au banc des joueurs.
À travers ces moments de grande poésie, le Canadien a estimé avoir dominé son sujet à forces égales bien qu’il ait fallu attendre les tirs de barrage pour qu’il décroche cette courte victoire de 1-0 face aux Red Wings, sa première de la saison devant ses adeptes.
Jeudi, après la troisième défaite de suite de ses troupes, Martin St-Louis s’inquiétait un peu de leur moral. Ç’aurait été un dur coup que d’échapper à nouveau ce match après avoir formé la meilleure équipe pendant de larges pans de la rencontre. Ce qui a bien failli être le cas.
Parce que, malgré les bons moments du CH, il y en a eu plusieurs imparfaits. Entre autres, en désavantage numérique où les prouesses du gardien Jacob Fowler lui ont permis de résister aux dix chances de marquer de qualité des Wings.
Sur le banc, pendant la séance de fusillade au cours de laquelle ont défilé 12 joueurs, l’entraîneur cogitait sur son petit discours d’après match.
Tu penses à si tu perds, si tu gagnes, tu joues les deux scénarios dans ta tête parce que ç’aurait été démoralisant un peu. On est un groupe résilient, je ne pense pas que ça nous aurait affectés, mais on méritait le match, a-t-il lancé.
Si c’eut été démoralisant, c’est probablement parce que cela aurait perturbé les joueurs un peu, non?
S’ils avaient perdu, ils auraient passé en boucle dans leur tête les trois buts refusés. Celui de Cole Caufield après une minute de jeu; aucun angle de caméra ne permettait de déterminer si la rondelle avait bien franchi la ligne rouge. Celui de Zachary Bolduc, annulé parce que Jake Evans a accroché le gardien de Détroit dans le demi-cercle, et celui d’Alexandre Texier en prolongation, parce que Bolduc était hors jeu.

Zachary Bolduc
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
Comme si les éléments se liguaient contre le CH. Ça peut être tentant de laisser gagner le mauvais sort dans ces moments.
Enfin, trêve d’uchronie.
Donc, oui, il y a certainement de quoi s’encourager lorsqu’on gagne le match en dépit de tous ces soucis. Mais les joueurs du Canadien se voient maintenant comme une équipe qui appartient à l’élite de la Ligue nationale et après cinq matchs, on ne peut pas dire qu’ils l’ont démontré.
C’est positif en général, a fait valoir Nick Suzuki lorsqu’on lui a demandé de faire l’état des lieux en ce début d’année.
C’est certain que ce n’est pas facile de se relancer après avoir vécu l’euphorie d’une demi-finale l’an dernier. Il faut retrouver notre instinct du tueur, ne pas tenter des jeux trop mignons, a-t-il lancé.
C’est à recommencer au complet, il n’y a rien de garanti dans cette ligue. On sait qu’on est une bonne équipe, mais tu ne peux pas juste te pointer et penser que tu vas gagner. Les autres nous attendent de pied ferme maintenant. Ils savent qu’ils doivent être à leur meilleur pour avoir une chance de gagner. On doit égaler leur intensité.
Lire entre les lignes : ce qui n’a pas toujours été fait durant ces cinq joutes. Il y a certainement place à l'amélioration. La bonne nouvelle? Avec tout ce talent et cette expérience, il y a pas mal de marge de manœuvre.
Retours en force
À défaut d’avoir pu compter sur l’arrivée de Dylan Larkin – ce joueur des Wings qui a demandé un échange et pour qui les partisans ont tenté la grande séduction –, le CH saluait à tout le moins le retour au jeu du défenseur Kaiden Guhle, absent depuis le début du camp d’entraînement en raison d’une blessure à l’aine.
L’Albertain a semblé être en grande forme et s’est démarqué à plusieurs reprises, deux fois par des mises en échec tonitruantes et deux autres en appuyant l’attaque et en obtenant des chances de marquer en quelque 16 minutes de jeu.
On en vient presque à l’oublier étant donné ses nombreuses absences, mais la brigade défensive a autrement plus fière allure quand Guhle est au sommet de son art. Cela confère à l’équipe une belle profondeur à l’arrière, selon St-Louis.
C’est un bon patineur, il est intelligent, il est capable d’aider dans la zone offensive, il a un bon lancer, il est physique défensivement et est à la bonne place. Il dérange beaucoup et tu le remarques quand il est sur la glace, l’a encensé l’entraîneur.
Et, en terminant, à tout seigneur, tout Fowler… tout honneur, pardon.
Cette victoire porte le sceau du portier de 21 ans. Il a repoussé les 30 tirs des Red Wings, dont 10 en désavantage numérique, en plus de stopper les 6 patineurs qui l’ont affronté en fusillade.
Il nous donne confiance. Ce n’est pas qu’on va prendre des chances, mais il est là si ça tourne au vinaigre.
Il a fait des arrêts incroyables en désavantage, sur des échappées, en fusillade. C’est une grosse partie de notre victoire, a renchéri Bolduc, auteur du seul but en tirs de barrage.
Jacob Fowler s’est montré calme, en contrôle, précis dans ses déplacements, confiant. C’est tout de même impressionnant pour un jeune homme qui totalise seulement 51 départs depuis le début de sa carrière professionnelle, dans la Ligue américaine et la LNH combinées. C’était sa 19e rencontre dans le circuit Bettman.
Ce détachement, cette aisance, cette impression d’être au-dessus de la mêlée, ça fait presque penser à un autre gardien qui a occupé ce même emploi pendant de nombreuses années.
Pas de panique, on a dit presque.


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