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Le Canada face aux géants asiatiques

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Le premier ministre Mark Carney a pris une décision radicale en accédant au pouvoir l’an dernier. Face à un environnement international où les grandes puissances s’affranchissent de certaines règles, le Canada « va prendre le monde tel qu’il est et non comme nous aimerions qu’il soit ». Et cela vaut pour ses relations avec les grandes puissances asiatiques, l’Inde et la Chine.

Au cours des derniers jours, les deux pays se sont rappelés au bon souvenir du Canada en soufflant le chaud et le froid. L’Inde a envoyé une délégation de quelque cent entrepreneurs et hauts représentants d’entreprises issus de secteurs comme les mines, l’énergie, l’automobile et l’aérospatiale, à la suite de la visite de Carney en Inde, la première d’un leader canadien dans ce pays en huit ans. Les deux gouvernements négocient depuis longtemps un accord de libre-échange qui pourrait aboutir d’ici la fin de l’année.

Avec la Chine, la relation glaciale entretenue sous Justin Trudeau est en train de changer avec, là encore, une visite du premier ministre à Pékin, la première depuis dix ans, suivie la semaine dernière de la visite à Ottawa du ministre chinois des Affaires étrangères. Les deux pays ont conclu des accords pour tenter d’aplanir leurs différends commerciaux.

En même temps, ni l’Inde ni la Chine n’ont renoncé à leur liberté de critiquer le Canada. Les ambassadeurs des deux pays se sont récemment exprimés sur les désagréments entre pays dans de longues entrevues au Globe and Mail. L’Inde a accusé le Service canadien du renseignement de sécurité d’être manipulé par des séparatistes sikhs utilisant le Canada comme base pour leur campagne visant à créer un État séparatiste dans le nord-ouest de l’Inde. L’ambassadeur a aussi blâmé la GRC de nuire aux relations bilatérales en lançant des accusations « fantaisistes » sur des activités criminelles indiennes en territoire canadien. Ottawa nie tout en bloc et défend l’intégrité de ses services de renseignements.

Pour sa part, la Chine a averti les politiciens canadiens de cesser d’entretenir des relations avec Taïwan, un territoire qu’elle considère comme une province « rebelle ». Là aussi, Ottawa a défendu la liberté de tout Canadien de voyager comme bon lui semble.

Le comportement des deux géants asiatiques est celui de toute grande puissance sûre de son bon droit et déterminée à défendre ses intérêts. Il ressemble en tout point à celui qui s’exerce à Washington, où Donald Trump n’hésite pas à insulter et à sanctionner tout pays qui se met en travers de son chemin.

Il faut donc faire avec, selon la doctrine Carney. Et pour cause, dans les cas de l’Inde et de la Chine : avec quelque trois milliards d’habitants, les deux pays sont en passe de détrôner les vieux pays industriels sur le podium des grandes puissances. La Chine est déjà considérée comme le centre du monde, à un point tel que, selon une compilation réalisée par le quotidien britannique Financial Times, 21 chefs d’État et de gouvernement (surtout occidentaux) se sont succédé à Pékin depuis le début de l’année afin d’obtenir les faveurs du président Xi. Le marché chinois exerce une puissante attraction sur nombre d’entreprises occidentales. Cela crée une dépendance que l’Union européenne cherche à renverser.

Il n’empêche, les Macron, Starmer, Sanchez et autres font toujours la cour à Xi Jinping et de plus en plus à Narendra Modī, le premier ministre indien. L’an dernier, l’Inde a dépassé le Japon pour devenir la quatrième économie mondiale, et est sur le point de déloger l’Allemagne de la troisième place dans les prochaines années. Les Occidentaux se bousculent pour lui vendre des armes, des avions de transport ou d’autres produits manufacturés.

Le rapport que le Canada entretient avec l’Inde et la Chine est autre que celui des Européens. Sa dépendance est envers les États-Unis. Avec l’Asie, Ottawa cherche à desserrer l’étreinte américaine et, pour ce faire, il est prêt à mettre le couvercle sur la question des droits de la personne. C’est que l’avenir est en Asie, pas en Europe. Ainsi, d’ici 2030, la classe moyenne du continent asiatique devrait atteindre trois milliards d’individus. Les pays de la région Asie-Pacifique devraient connaître une croissance de 5 % par an sur les dix prochaines années, contre moins de 1 % pour l’espace européen.

La Chine et l’Inde possèdent aussi des capacités avancées dans les secteurs de l’intelligence artificielle, du numérique, des télécommunications et des semi-conducteurs. Et comme si cela n’était pas suffisant, la Chine, en particulier, contrôle environ 70 % de la production mondiale des terres rares et minerais critiques, matériaux indispensables à la transition énergétique, à la défense, aux téléphones et ordinateurs.

Qu’est-ce que le Canada a à offrir ? Des produits agricoles, du pétrole et du gaz, des technologies aérospatiales. Ce n’est pas rien, mais qui au juste a besoin de qui dans cette relation entre le Canada et les deux géants asiatiques ? À l’évidence, le Canada devra encore encaisser les humeurs de ses partenaires asiatiques s’il veut naviguer dans le monde tel qu’il est.

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