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Le bilan de la saison des glaces dans le golfe du Saint-Laurent vient de tomber. Le couvert de glace reste bien en deçà des normales historiques des 58 dernières années. Entre vortex polaires et redoux printaniers, l'hiver est loin d’avoir été uniforme.
Si l’hiver a semblé rigoureux par moments, les chiffres racontent une tout autre histoire. Cette saison, le volume de glace a plafonné à 29 kilomètres cubes dans le golfe, loin de la moyenne climatique de 62 kilomètres cubes. En fait, l'hiver dernier est au 13e rang pour ce qui est du volume de glace le plus faible depuis 1969.
Pour Peter Galbraith, chercheur en océanographie à Pêches et Océans Canada, le constat est sans appel.
On est un petit peu en bas de la moitié de ce qui est considéré comme normal. À la grandeur du golfe, on est encore très loin de nos records de glace des années 1990.

Au 9 mars 2026, 28 kilomètres cubes de glace recouvraient le golfe du Saint-Laurent. La glace était particulièrement épaisse autour de l'Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse.
Photo : Gracieuseté / Peter Galbraith
Redoux fréquents
Le golfe s’est littéralement coupé en deux. À l’ouest, le froid a permis la formation normale de glace, mais à l’est, vers Terre-Neuve, l’hiver a été anormalement doux.
En février, on a enregistré des anomalies thermiques incroyables : jusqu’à 5,6 degrés au-dessus de la normale sur la Basse-Côte-Nord, au Québec.
Plus de cinq degrés de trop en février ont un impact direct sur le golfe : l'eau n'a pas gelé.
Peter Galbraith a d'ailleurs survolé la zone en hélicoptère au début mars pour procéder à son 31e relevé et il a trouvé des zones où la température des eaux atteignait 2 degrés au-dessus du point de congélation dans le triangle entre Port-aux-Basques et les îles de la Madeleine.
Cette situation a limité l'étendue de glace dans le golfe, explique-t-il.
On a eu des vortex polaires, entremêlés de redoux, qui ont ralenti la progression du couvert de glace.
Il y a de très grandes superficies du golfe, où l'eau est demeurée largement au-dessus du point de congélation, poursuit-il.
La glace qui a réussi à se former n’a, elle, pas toujours tenu le coup. En début de saison, les blocs de glace sont en effet très minces.
Dès qu'un redoux arrive, les vagues s'engouffrent dans la glace, la brisent en petits morceaux et comme elle dérive vers les eaux chaudes de l'est du golfe, elle fond instantanément, explique Peter Galbraith.
Bonne nouvelle pour le crabe des neiges
C’est un combat perpétuel entre le vent d'ouest qui pousse la glace et l'eau chaude qui l'attend à l'autre bout.
La glace ne fond pas seulement parce qu'il fait chaud, mais parce qu'elle se déplace vers la chaleur. C’est une mécanique de tapis roulant.

« Ça n'a pas été une année catastrophique, mais ça n'a pas été une année phénoménale non plus en termes de volume de glace », résume l'océanographe Peter Galbraith. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Cette instabilité empêche la formation des grandes superficies englacées qu'on observait dans les années 1990, alors que le golfe pouvait être presque entièrement recouvert.
Cette année, on a atteint au maximum 86 000 kilomètres carrés, soit environ le tiers de la superficie du golfe, alors que la normale est presque le double.
On a vu de la variabilité dans la superficie et le volume, mais plus tard en saison, la glace était quand même plus résistante, observe Peter Galbraith.
Il y a toutefois une lueur d’espoir pour la faune marine.
Paradoxalement, le manque de glace a permis au vent de brasser les eaux plus profondément, créant une couche intermédiaire froide plus épaisse, qui pourrait favoriser l'habitat du crabe des neiges.
C'est donc un hiver en demi-teinte pour la glace du golfe du Saint-Laurent : ni catastrophique, ni phénoménal.


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