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La Belle au Bois Dormant et Mayerling sont diffusés à la suite sur France 5 pour une nuit sur les pointes.
Passer la publicitéMettre à l’écran le même soir ces deux ballets ressemble à ces repas de Noël avec foie gras, saumon, dinde, munster, bûche et farandole de desserts. Ça n’est pas qu’on n’aime pas, c’est juste qu’on frise l’indigestion ! La Belle au Bois Dormant (sur France 5 à 21 h 10) ? C’est déjà le ballet des ballets. Trois actes, 2 h 45 de danse, plus de soixante danseurs sur scène. La partition de Tchaïkovski peut bien être un enchantement, la chorégraphie de Rudolf Noureev, une mine de variations précieuses, cette traversée d’un siècle mérite, pour qu’on la savoure dans ses détails, une attention soutenue. Enchaîner sur Mayerling (à 23 h 45), c’est le condamner.
Ce ballet de McMillan sur la tragédie de l’archiduc Rodolphe d’Autriche, le fils de Sissi retrouvé mort avec sa maîtresse Marie Vetsera dans le pavillon de chasse, demande aussi beaucoup de concentration au téléspectateur. Car l’œuvre est à peu près aussi longue et lourde que La Belle au Bois Dormant, mais en plus sombre, plus confus et bien moins musical. Si on s’aligne sur la nécessité de garder le meilleur pour la fin, à chacun de choisir son ordre, selon que l’on préfère le drame et le sang à la féerie, mais un trou normand s’impose entre les deux œuvres.
Car l’une et l’autre sont données dans des interprétations magnifiques. La Belle d’abord. Bleuenn Battistoni est la princesse Aurore, Guillaume Diop son Prince Désiré. L’apparition de Bleuenn coupe le souffle : rapide, légère, elle entre pour l’Adage à la rose avec la vivacité d’une fille de 16 ans. Elle éblouit, danse comme on chante aux étoiles, pied léger et rythme virevoltant. Les princes qui sont là pour l’épouser, elle les regarde de ses grands yeux. Elle n’a pas l’âge où le cœur bat. Elle s’amuse. On se dit que Maléfice survient à point pour que cette Belle ne perde pas sa vie auprès d’un prince choisi par hasard. Elle et son escorte jouent très efficacement la carte de la terreur. Le roi, la reine, le chambellan Catalabutte défaillent et les autres fées en restent embarrassées. Pas un rôle secondaire qui ne soit pas habité avec une théâtralité étudiée et une danse au niveau.
Variation rêveuse si prenante
Le prince Désiré est d’un autre calibre que ceux des quatre continents venus cent ans plus tôt parader devant Aurore. Guillaume Diop danse pendant six minutes une variation rêveuse si prenante, si puissante que personne n’y résiste. Évidemment, les fées s’en mêlent. La fée Lilas qui conduit le prince sur son bateau à travers les bois serrés de la forêt enchantée. Quand il éveille Aurore après son long sommeil, le coup de foudre est assuré. Et le mariage a la splendeur des fêtes sous Louis XIV.
Autre cour pour Mayerling revu par Kenneth McMillan. Celle étouffante de François-Joseph Ier de Habsbourg. Les pastels de La Belle font place aux ocres, aux violets, aux aubergines. Couleurs sourdes pour un drame en étau. Hugo Marchand campe Rodolphe. Splendide dans sa douleur, au bord du gouffre et sans cesse attiré par son vertige. D’amour, il est beaucoup question dans ce drame mais de celui qui maltraite, violente et manipule. Rodolphe aime sa mère Sissi qui le repousse. Il repousse la princesse qu’on lui fait épouser. Se console au bordel. Séduit la jeune Mary Vetsera, Léonore Baulac en poupée sacrifiée. La mort s’insinue puis s’impose avec le défi d’aimer à en mourir. Liszt mène ce bal affolé qui parfois, malgré le talent des interprètes, s’enlise dans des longueurs et des lourdeurs, supprimées dans certaines versions, mais hélas pas dans celle de Paris.


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