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Laurent, un habitant de Nice âgé de 33 ans, a été un adepte de chemsex durant plusieurs années. En sevrage depuis peu, il a accepté de raconter son histoire à actu Nice.
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Par Ugo Maillard Publié le 12 juin 2026 à 14h38
Malgré sa dangerosité et son essor récent, le chemsex demeure une pratique méconnue. Depuis une décennie, la prise de drogue en amont d’un rapport sexuel s’est popularisée et a été davantage médiatisée, notamment lors de l’affaire Palmade. Pour mieux comprendre certains rouages, la rédaction d’actu Nice a interrogé Laurent. Cet habitant de Nice (Alpes-Maritimes), âgé de 33 ans, en a été un adepte pendant près de 10 ans. Sous couvert d’anonymat, Laurent a accepté de se livrer sur sa consommation de drogue durant ses relations sexuelles en ce début de mois de juin 2026. Un témoignage mêlant le récit d’une descente aux enfers devenue incontrôlable, de bons moments et de sa reconstruction.
Tombé dans la drogue
Attablé dans un bar du centre-ville de Nice, Laurent souhaite d’emblée justifier sa démarche : « Si je décide d’en parler, c’est que cela fait un mois que je suis en sevrage. J’en suis fier et j’aimerais que cela puisse aider des personnes dans ma situation. »
Le Niçois, venu avec sa chienne de 12 ans qui ne quittera pas ses genoux durant l’entretien, détaille comment la drogue est entrée dans sa vie.
Pendant le Covid, j'ai commencé à prendre de la drogue avec ma meilleure amie, en soirée. Ça a duré un petit temps, un an environ, et ce n'était, à l'époque, qu'à usage récréatif. J'étais déjà avec mon copain, mais j'ai décidé de ne pas lui en parler.
Pour le commercial dans la vie de tous les jours, les nuits rythmées par la consommation de stupéfiants vont s’enchaîner avec parfois « jusqu’à trois drogues dans la même soirée ». Laurent confie avoir « tout essayé » en termes de drogue, mais la plupart des substances ingérées sont catégorisées comme des drogues dures (cocaïne, ecstasy, LSD).
La vie de Laurent, ainsi que sa relation, va basculer lorsque son compagnon va découvrir sa prise de drogue.
« Je n’ai jamais été addict à la drogue »
« Nous avons essayé un soir d’en prendre tous les deux. Nous avons eu une relation sexuelle dans la foulée… et on ne s’est jamais arrêté d’en prendre. »
Le jeune Niçois, qui n’a plus consommé de produits stupéfiants depuis un mois lors de notre rencontre, l’assure, il n’a « jamais été addict à la drogue ». Ses problèmes vont débuter lorsque la consommation va se mêler à ses relations sexuelles et à son couple.
L'essentiel
- C'est quoi le chemsex ? Le chemsex, c’est la prise de drogues lors de rapports sexuels. "Il est pratiqué par les hommes ayant des relations avec les hommes, mais aussi dans les milieux libertins hétérosexuels. Il s’agit le plus souvent de « plans » à plusieurs, aussi appelés « plans chems », « plans slam », « plans planants », « slam party ». Les « chemsexeurs » cherchent à augmenter le désir, le plaisir, les sensations. Ils espèrent se sentir plus performants sexuellement en prenant des drogues", explique Drogue Info Service.
« Le chemsex est arrivé à une période où ça n’allait pas entre nous et où nous étions fragiles psychologiquement. C’est sûrement dur à comprendre de l’extérieur, mais cela a été une véritable béquille pour nous. »
Un soutien psychologique et sexuel que Laurent explicite.
La drogue peut rallonger l’acte et ça décuple les sensations. Ça dépend de ton état psychologique initial, mais la drogue anesthésie ta timidité. À la fin, il ne pouvait pas y avoir de rapport sans drogue. C’était un cercle sans fin.
Quid du consentement ?
Si la prise de drogue est illégale, la lier à des relations sexuelles n'est pas un facteur aggravant. En revanche, les autorités et le milieu associatif alertent régulièrement sur la question du consentement. Les participants n'étant plus pleinement maîtres de leurs faits et gestes, des faits de viols ou d'agressions sexuelles peuvent être relevés.
Interrogé sur cette question, Laurent répond sans détour : "Au bout d’un moment, tu as l’habitude de prendre de la drogue, donc t’es encore conscient. La question du consentement est toujours posée. Mais le problème, c’est que tu es excité et désinhibé, donc tu acceptes tout. J’ai accepté des choses que j’ai regrettées et c’est ça qui m’a fait arrêter."
Le déclic et la séparation
Malgré des consultations avec un addictologue et une psychologue, le cercle vicieux dans lequel Laurent était tombé semblait infini. Son salut va venir de ses proches. « Mes amis m’ont reproché nos trop nombreuses disputes et mes changements de comportement après avoir consommé de la drogue. Ça m’a permis d’avoir un déclic », reconnaît le Niçois.
De cette envie de repartir d’une page blanche, le trentenaire va reprendre sa vie en main en octobre 2025. Une séparation avec son copain mettant un terme à 12 ans de relation, un nouvel appartement, un nouvel emploi et surtout, le début de son sevrage.
« J’ai rechuté à quelques reprises car j’ai essayé de revivre avec d’autres personnes ce que je vivais avec lui en consommant de la drogue », admet le Niçois qui a toujours refusé un traitement médicamenteux pour se sortir de la drogue.
Une « peur » des médicaments qui n’empêche pas Laurent de prendre soin de lui. « J’ai quelques problèmes de santé, des séquelles de cette consommation de drogue, notamment des crises d’angoisse et des problèmes d’alimentation. Mais je me suis mis au sport et au yoga. Et ça marche », rigole-t-il, surpris de son nouveau mode de vie.
Un seul regret durant cette période
Sur sa relation actuelle avec la drogue, Laurent répond sans détour au risque de surprendre : « Il y a toujours une envie de prendre de la drogue quand j’ai une relation sexuelle et je ne me l’interdis pas. Je souhaite simplement ne pas retomber dans cet engrenage de consommation systématique. »
La seule chose que je regrette, c’est d’avoir dépensé de l’argent de ma grand-mère dans la drogue. À l'époque, je pouvais mettre 3 000 euros par mois dans la drogue.
Aux termes de notre entretien avec Laurent, le Niçois de 33 ans confie avoir repris contact avec son ex-copain, « lui aussi sevré ». Une nouvelle vie dans laquelle ses relations passées n’ont pas disparu, mais sont « contrôlées ».
Les « chemsexeurs » en difficulté peuvent contacter Drogues info service pour des informations sur les effets et risques des drogues consommées, pour faire le point sur leur consommation ou pour être orientés vers des professionnels spécialisés dans les addictions : 0 800 23 13 13 (service et appel anonyme et gratuit, 7j/7 de 8h à 2h).
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