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La volte-face de Terre-Neuve est une occasion inespérée pour le Québec

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Un comité d’experts de Terre-Neuve vient de rendre son rapport. Cette province ne trouve pas son compte dans l’entente négociée avec le Québec concernant Churchill Falls et veut donc la renégocier. Mais le Québec, lui, y trouve-t-il son compte ?

Le contrat actuel concernant le barrage existant se termine en 2041. Le premier volet de cette entente prévoit d’augmenter les prix prévus au contrat, un coût supplémentaire d’environ 22 milliards de dollars pour Hydro-Québec. Après 2041 et jusqu’en 2075, de nouveaux prix ont été négociés.

Le deuxième volet concerne de nouveaux projets, le suréquipement de la centrale actuelle (1100 MW), la construction d’une nouvelle centrale, Gull Island (2250 MW), et de nouvelles turbines (500 MW). Pour avoir accès à ces projets, le Québec accepte de payer à Terre-Neuve un droit d’accès supplémentaire de 3,5 milliards de dollars.

Tout compte fait, le Québec accepte donc de payer 25,5 milliards pour avoir le droit de participer à ces nouveaux projets sur la Rivière Churchill. Mais s’agit-il de bons projets ? Sont-ils suffisamment rentables pour justifier ce paiement de 22,5 milliards en plus des coûts de construction ?

Options

Examinons les autres options. Gull Island devrait coûter environ 25 milliards. Selon Hydro-Québec, le coût de cette électricité se situe autour de 11 cents le kilowattheure. À cela s’ajoutent les coûts d’acheminement à Montréal, qui n’ont pas été rendus publics.

Le Québec a-t-il d’autres choix ? Bien sûr, et Hydro-Québec a d’ailleurs récemment annoncé vouloir construire 10 000 MW de nouvelles éoliennes. L’électricité des éoliennes revient en moyenne à 6,5 cents au Québec, ce qui est presque deux fois moins cher que Gull Island.

Vous me direz que Gull Island est prévu pour 100 ans au lieu de 25 ans pour l’éolien. Mais c’est oublier que le Québec n’a un accès garanti à l’électricité de Gull Island que pour 40 ans ! Et dans 40 ans, que nous dira un autre comité d’experts ?

Sans oublier les retombées économiques : pour Gull Island, Terre-Neuve en sera le principal bénéficiaire, tandis que construire une éolienne au Québec rapporte au Québec. Cet aspect a été complètement occulté jusqu’à maintenant.

Vous me direz aussi que la production électrique provenant des éoliennes est intermittente alors que celle d’un barrage est beaucoup plus régulière. Certes, mais grâce à ses barrages existants, la société d’État peut adapter sa production en fonction de celle des éoliennes. C’est un avantage majeur, alors qu’ailleurs dans le monde, c’est beaucoup plus compliqué.

On peut aussi comparer le coût de Gull Island à celui de l’énergie exportée aux États-Unis, environ 9 cents. Pourquoi produire à 11 cents, plus les coûts d’acheminement, mettons 3 cents, si on vend à 9 ?

Payer la note

Et si Gull Island coûtait plus cher que prévu? Terre-Neuve vient de terminer la construction du projet de Muskrat pour 13 milliards, le double du budget prévu. Que se passera-t-il si le coût de Gull Island explose lui aussi ? On connaît la réponse : c’est le consommateur québécois qui payera la note. Non, le Québec n’a pas besoin du projet de Gull Island.

Le suréquipement de Churchill Falls est un projet encore plus discutable. Ce projet de suréquipement ne modifie pas la production totale du barrage, mais permet de produire davantage en période de forte demande, souvent en hiver par grands froids.

Aux États-Unis, on gère désormais l’intermittence de l’éolien en le couplant à des batteries dont le prix a été divisé par cinq en 10 ans. On pourrait donc construire, pour environ 1 milliard de dollars, à Montréal, une batterie qui fournirait la même puissance, soit 1100 MW pendant quatre heures, comparativement à 3,6 milliards pour le projet négocié avec Terre-Neuve.

Sans compter que si on attend encore un peu, ce coût sera sans doute divisé encore par deux, à la vitesse où chutent les prix des batteries. De plus, cerise sur le gâteau, on n’a pas à construire de ligne de transmission pour acheminer cette puissance de Churchill Falls jusqu’à Montréal.

De plus, il existe d’autres façons de gérer cette pointe avec encore moins d’investissements, par exemple en utilisant la tarification pour inciter les consommateurs à moins utiliser le chauffage pendant cette période. Non, le Québec n’a pas besoin de ce projet de suréquipement.

Renégocier

Donc, il n’y a aucune raison de donner à Terre-Neuve 25,5 milliards de dollars pour des projets qui n’apportent aucune valeur au Québec, au contraire ! M. Legault est resté accroché à l’idée que l’avenir de l’électricité au Québec résidait dans la construction de nouveaux barrages. Mais il n’y a plus de projets vraiment viables au Québec et M. Legault a donc voulu intégrer à la production québécoise ces projets au Labrador.

Mais il faut vivre avec son temps et faire le constat que l’éolien et le solaire sont devenus absolument incontournables compte tenu de la diminution des coûts de revient de ces énergies. Il n’est d’ailleurs pas interdit de croire que la récente feuille de route d’Hydro-Québec, qui prévoit 10 000 MW de nouvelles éoliennes, constitue une réponse implicite de la société d’État à la volonté du gouvernement d’investir au Labrador.

Il est grand temps pour le Québec de faire la même chose que Terre-Neuve et de constituer lui aussi un comité d’experts indépendants. D’autant plus qu’il n’y a pas urgence. Cela devrait permettre à notre nouvelle première ministre de prendre ses distances avec l’autoritarisme du gouvernement précédent concernant la stratégie énergétique du Québec et de démontrer qu’elle est capable de mettre autour d’une même table tous ceux qui ont à cœur les intérêts futurs du Québec.

En somme, on conviendra que Québec et Terre-Neuve doivent trouver un terrain d’entente pour prolonger le contrat actuel au-delà de 2041, mais le nouveau premier ministre de Terre-Neuve nous offre une occasion inespérée de renégocier ce contrat dévastateur pour le Québec dans sa forme actuelle. Saisissons-la !

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