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La voix des jeunes

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À l’automne 2021, j’ai été scrutatrice pour des élections à deux ordres de gouvernement : fédéral et municipal. Comme d’autres démontent des moteurs pour en examiner les rouages, j’ai été prise par l’envie d’aller voir comment ça fonctionne de l’intérieur, une élection. Je ne chroniquais dans aucun média et j’avais le temps de le faire.

Avant de pouvoir travailler au scrutin, il faut suivre une petite formation, courte et très accessible. On y croise des gens de tous les âges, de tous les genres. Et il y a une petite paye à la clé, environ 500 $. Le jour des élections, j’avais été postée dans l’entrée d’un immeuble où vivent des personnes âgées, près du métro Beaubien. On était en période non seulement électorale, mais aussi pandémique, et certains électeurs se rendaient à l’isoloir en pensant qu’ils allaient s’y faire vacciner…

Deux mois plus tard, au vote municipal, on m’a cette fois envoyée dans une école primaire de l’arrondissement de Rosemont, avec pour coéquipier Thomas, un jeune qui n’avait pas encore l’âge de voter, mais qui, à 17 ans, pouvait être préposé au scrutin. Quelle bonne idée formatrice pour un jeune, d’aller vivre une expérience aussi concrète. Il était très méthodique et débrouillard, meilleur que moi en calcul.

En soirée, lorsque le moment du dépouillement est arrivé, qu’on s’est mis à vider les urnes et à compter les voix, j’ai vécu une petite épiphanie : la démocratie passait entre nos mains. C’était à la fois tout simple et grandiose. Émouvant, même.

Tellement que lorsque je suis retournée chez moi, aux alentours de 23 h, devant ma télé, j’ai attendu, fébrile, que tous les résultats soient annoncés, écouté le discours de chaque chef, jusqu’au bout, comme lors d’un soir de match décisif. J’ai toujours fait mon devoir de citoyenne, mais la politique ne m’avait encore jamais autant mobilisée.

Au Québec, le taux de participation des jeunes aux élections générales provinciales est inférieur à celui des autres groupes d’âge, lit-on sur le site de Statistique Québec. Ce taux augmente avec l’âge et redescend chez les personnes de 75 ans et plus. En 2022, il oscillait entre 35 % et 63 % chez les 18-24 ans, et entre 42 % et 66 % chez les 25-34 ans.

Avez-vous écouté les débats télévisés récemment ? Avez-vous l’impression qu’on s’adresse aux jeunes générations, qu’on les interpelle ? Moi pas. Je n’ai pas plus l’impression qu’on me parle à moi, d’ailleurs. On doit parler à des entrepreneurs, j’imagine ? À des gens pour qui le rendement économique est la valeur cardinale ? Quelqu’un doit bien se sentir concerné quelque part.

On reproche aux jeunes de ne pas se mobiliser davantage, sans les inclure dans la conversation, alors que c’est à eux que les chefs devraient s’adresser en tout premier lieu, il me semble, puisqu’ils évolueront dans le monde que l’on construit (détruit ?). Un passage de la chanson Promis juré, de l’album Alouette !, des Louanges, me vient en tête : « Bientôt, j’aurai 30 ans / Les jeunes me regardent comme si j’avais 100 ans / Les vieux m’parlent comme si j’étais un enfant / Je ressens une envie, un besoin, que ça fasse ». Cet album est l’un des meilleurs parus jusqu’ici en 2026. Nommé neuf fois au Gala de l’Adisq, Vincent Roberge, alias Les Louanges, ose s’engager dès les premiers instants du disque : « je confirme ma présence », annonce-t-il d’entrée de jeu. Plus loin, il met l’alouette en garde : « Tu te fais plumer ! » Et sur La journée va être chaude, une des plus belles chansons de l’album, il marie habilement un sens du groove et de l’image à des préoccupations d’ordre climatique.

Je ne sais pas si les chefs auront le temps d’écouter un peu de musique ou de se rendre au cinéma avant le jour des élections. S’ils veulent entendre les jeunes parler de leurs aspirations et de leurs rêves, j’ai une recommandation pour eux : le film La meilleure façon, c’est par accident, de Noémie D. Leclerc, gérante et partenaire de création d’Hubert Lenoir, qui coproduit le film et en signe la musique. Quiconque veut entendre la voix des Z, génération qui regroupe ceux qui sont nés un peu avant le fameux bogue qui devait engendrer la fin du monde, au début des années 2010 ou entre les deux, devrait le voir.

Tourné dans la tradition du cinéma direct, La meilleure façon… tente de capter le furtif et y parvient. Le portrait que la réalisatrice brosse de ses amis, de sa mère et de son grand-père est magnifique et parlant. En tournant la caméra vers les autres, elle nous présente aussi son regard, empreint d’une sensibilité vive. À un moment, la cinéaste demande à l’une des protagonistes si son amie et elle craignent la mort. « Non ! répond-elle. On n’a pas peur de vivre non plus ! »

De mon côté, si je veux entendre la voix des jeunes, je n’ai qu’à appeler ma fille de 19 ans, qui étudie au cégep de Jonquière en art et technologie des médias. Durant tout l’été, pour les entendre, je n’avais qu’à ouvrir la porte de sa chambre… C’était presque l’auberge espagnole chez moi ! Les amis qu’elle s’est faits au Saguenay sont venus dévorer la ville, mus par un appétit et un enthousiasme insatiables. Ces jeunes voteront pour la première fois le 5 octobre. Comme des élèves d’un peu partout au Québec et d’ailleurs étudient dans ce programme à Jonquière, loin de leur adresse principale, ils ont la possibilité de voter dans leur circonscription respective par anticipation à Jonquière.

Logement, environnement, coût de la vie, avenir : voilà ce qui apparaît en haut de leur liste de préoccupations quand on prend le temps de leur poser la question. Les inégalités qui s’accentuent et les injustices qui perdurent font aussi partie des enjeux qui mèneront Læticia et Charlotte, 19 ans, aux urnes. « On dirait que les problèmes vont en empirant et ne se règlent jamais ! observent-elles. C’est important pour nous d’aller voter, parce que c’est en participant qu’on peut se faire entendre. Nous pensons que chaque vote compte, surtout lorsque plusieurs jeunes votent en tenant compte des enjeux qui les concernent. On ne veut pas laisser les autres décider à notre place. » Aux urnes, jeunes citoyennes !

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