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Par Cyrano de Saint Saëns
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De l’espace eurasiatique à l’espace stratégique européen
Ceux qui observent l’intégration eurasiatique ont encore tendance à la mesurer
principalement à travers les chemins de fer, les autoroutes, les ports, les oléoducs et les
volumes commerciaux. Cette perspective demeure nécessaire, mais elle est désormais
insuffisante. Au XXIe siècle, la connectivité ne concerne plus seulement la circulation des
marchandises : elle concerne également les données, les télécommunications, l’intelligence
artificielle, les infrastructures cloud, les systèmes de paiement, les satellites et la
cybersécurité. Un corridor terrestre relie les marchés sur le plan matériel ; un réseau
numérique relie les économies, les institutions et les sociétés à travers les flux d’information.
L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) a commencé à transformer cette
dimension numérique en une composante structurelle de son intégration. Cette évolution est
stratégiquement importante non seulement pour ses membres, mais également pour l’Europe.
Plus l’Eurasie développera des infrastructures autonomes de transport, de communication, de
paiement et de traitement des données, plus les conditions dans lesquelles l’Europe interagit
avec le continent seront profondément modifiées.
La question n’est donc pas simplement de savoir si l’OCS parviendra à construire sa propre
infrastructure numérique. La véritable question européenne est différente : que se passera-t-il
pour la position de l’Europe si une partie croissante de l’Eurasie devient capable de se
connecter sans nécessairement passer par les infrastructures, les normes et les intermédiaires
occidentaux ?
Il convient toutefois de conserver une certaine prudence. L’OCS reste une organisation
caractérisée par des intérêts divergents et des rivalités profondes, notamment entre la Chine et
l’Inde, tandis que nombre de ses déclarations programmatiques doivent encore être traduites
en infrastructures véritablement interopérables. La thèse n’est donc pas qu’un écosystème
eurasiatique autonome soit déjà achevé, mais que sa construction, même partielle, peut
progressivement modifier l’environnement stratégique dans lequel l’Europe évolue.
La connectivité comme nouvelle géographie du pouvoir
Le point de départ est simple : celui qui contrôle les connexions contrôle une part croissante
des flux.
Au XXe siècle, la géographie stratégique était dominée par le contrôle des routes maritimes,
des ressources énergétiques, des infrastructures ferroviaires et des principaux points de
passage commerciaux. Au XXIe siècle, à ces infrastructures s’ajoutent les câbles, les centres
de données, les satellites, les réseaux 5G et 6G, les systèmes cloud, les plateformes
financières et les infrastructures d’intelligence artificielle.
L’OCS évolue précisément dans cette direction. Le Concept of Cooperation on Digitalisation
and ICT, les programmes consacrés à l’intelligence artificielle et le Plan d’action pour la
transformation numérique témoignent d’une consolidation progressive de la dimension
technologique de l’Organisation. Lors du sommet de Tianjin de 2025, les membres ont
notamment soutenu le développement des infrastructures numériques, des communications de
nouvelle génération, de la transmission fiable des données et de la coopération en matière de
sécurité de l’information.
Pour l’Europe, cela signifie que la transformation de la connectivité eurasiatique ne peut pas
être considérée comme une question exclusivement asiatique. Si les infrastructures physiques
et numériques commencent à fonctionner comme un système unique, la position
géographique de l’Europe par rapport à l’Eurasie se transforme.
L’Europe peut alors se retrouver face à deux possibilités opposées. Elle peut devenir le
terminal occidental d’un nouveau réseau eurasiatique et bénéficier de l’expansion des
corridors commerciaux et numériques. Ou bien elle peut devenir périphérique par rapport à
des réseaux qui se développent progressivement en dehors de sa capacité d’influence.
La différence entre ces deux scénarios dépendra de la capacité européenne à comprendre la
connectivité non pas comme une simple infrastructure économique, mais comme un
instrument de puissance stratégique.
La Chine comme moteur de la transformation
La Chine occupe une position centrale dans la construction de la nouvelle connectivité
eurasiatique. La Digital Silk Road fournit déjà une partie significative des capacités
technologiques et infrastructurelles nécessaires pour relier les pays, les marchés et les
systèmes d’information.
Pékin dispose de capacités réparties sur l’ensemble de la chaîne : télécommunications,
réseaux 5G, cloud, intelligence artificielle, big data, systèmes de paiement, infrastructures
satellitaires et technologies pour les villes intelligentes. En 2025, le gouvernement chinois a
explicitement soutenu le renforcement de la connectivité des infrastructures numériques dans
l’espace de l’OCS, notamment en matière de puissance de calcul, de traitement des données
et d’élargissement de la Digital Silk Road.
Pour l’Europe, le problème n’est donc pas simplement la présence chinoise. Il réside dans la
possibilité que la Chine contribue à la formation d’un écosystème technologique eurasiatique
alternatif à celui historiquement construit autour des États-Unis et de leurs partenaires
occidentaux.
Celui qui construit un réseau ne fournit pas seulement des câbles, des serveurs ou des
antennes. Il contribue également à déterminer les normes techniques, les protocoles, les
systèmes de sécurité et les modalités de gestion des données. Le choix infrastructurel devient
ainsi un choix géopolitique.
Si une partie croissante de l’Asie centrale, de la Russie, de l’Iran et d’autres pays
eurasiatiques adopte des technologies interopérables au sein d’écosystèmes non occidentaux,
l’Europe pourrait progressivement perdre une partie de son influence normative et technologique dans une région qui constituait traditionnellement une profondeur économique
importante pour elle.
De la dépendance à la redondance
L’aspect le plus important de la transformation de l’OCS est peut-être celui de la réduction
des dépendances.
L’objectif n’est pas nécessairement de construire un Internet complètement séparé du reste du
monde. Il est plus réaliste d’imaginer la constitution progressive d’infrastructures alternatives
: systèmes de paiement indépendants, capacités régionales de calcul, services cloud non
occidentaux, réseaux satellitaires, systèmes de télécommunication et normes technologiques
communes.
Le principe est celui de la redondance.
Un pays dépendant d’une seule route commerciale est vulnérable à son interruption. Un pays
dépendant d’un seul système financier est vulnérable à son exclusion. Un pays dépendant
d’un seul écosystème technologique est vulnérable aux décisions de l’acteur qui le contrôle.
L’OCS cherche, au moins en partie, à réduire ce type de vulnérabilité. L’existence du
China–SCO Big Data Cooperation Center, la coopération en matière de sécurité des données
et l’intérêt pour les systèmes satellitaires et les capacités numériques communes doivent
également être compris dans cette perspective.
Pour l’Europe, la conséquence est importante. La capacité traditionnelle de l’Occident à
exercer une pression économique grâce au contrôle des infrastructures financières et
technologiques pourrait devenir moins efficace si les pays eurasiatiques disposent
d’alternatives fonctionnelles.
Cela ne signifie pas que les sanctions occidentales perdraient automatiquement leur efficacité.
Cela signifie toutefois que leur efficacité dépendrait de plus en plus de la capacité à empêcher
ou à limiter la construction de systèmes alternatifs.
Le problème des sanctions et de la connectivité européenne
C’est ici qu’apparaît l’un des principaux effets indirects de la transformation de l’OCS.
Ces dernières années, l’Europe a expérimenté à quel point les infrastructures économiques
peuvent se transformer en instruments de pression géopolitique. Énergie, finance,
technologies, transports et communications sont devenus des éléments de la compétition
stratégique.
Si l’OCS et ses principaux membres construisent des systèmes alternatifs de paiement, de
logistique, de télécommunication et de traitement des données, la possibilité d’utiliser ces
infrastructures comme instruments de pression diminuera.
Cela produit un paradoxe.
La fragmentation des réseaux peut rendre le système international moins efficace, mais
simultanément plus résilient pour les acteurs qui disposent d’alternatives. Une économie
intégrée à un seul réseau est efficace tant que ce réseau reste disponible ; une économie
capable d’utiliser plusieurs réseaux dispose au contraire d’une plus grande capacité
d’adaptation.
L’Europe devra donc faire face à un choix difficile : continuer à concevoir sa sécurité
économique principalement à travers son alignement avec l’écosystème occidental, ou
développer sa propre capacité de diversification des connexions.
La nouvelle compétition pour les normes
La question numérique introduit également une forme de compétition moins visible mais
potentiellement décisive : celle des normes.
Les infrastructures numériques fonctionnent grâce à des normes techniques. Celui qui
contribue à les définir acquiert une forme d’influence susceptible de durer pendant des
décennies.
L’OCS semble évoluer vers une coopération accrue en matière d’infrastructures numériques,
de sécurité de l’information, d’IA et de systèmes technologiques. L’objectif déclaré n’est pas
nécessairement de créer un réseau séparé, mais d’accroître la capacité des membres à
fonctionner sans dépendre exclusivement d’écosystèmes extérieurs.
Pour l’Europe, cela ouvre une compétition stratégique qui ne se réduit pas à celle entre
entreprises. Si l’Eurasie et l’Occident développent des normes différentes pour l’intelligence
artificielle, la sécurité des données, les télécommunications, les paiements numériques et
l’identité électronique, le problème ne sera pas seulement commercial. Il sera politique.
L’Europe risque en effet de se retrouver comprimée entre deux grands écosystèmes
technologiques : l’écosystème américain et l’écosystème sino-eurasien. La question de
l’autonomie stratégique européenne prendrait alors une dimension entièrement nouvelle.
Cybersécurité : une frontière commune
Davantage de connexions signifient également davantage de vulnérabilités.
L’OCS a développé depuis longtemps une coopération dans le domaine de la sécurité de
l’information et de la lutte contre l’utilisation illicite des technologies numériques. Son
agenda s’est progressivement étendu de la criminalité informatique à la protection des
infrastructures critiques, à la sécurité des données et aux risques liés à l’intelligence
artificielle.
Cette évolution concerne directement l’Europe. Un système eurasiatique davantage intégré
relierait les banques, les ports, les chemins de fer, les réseaux énergétiques, les
télécommunications, les systèmes satellitaires et les services publics. Une attaque contre un
seul nœud pourrait produire des effets en cascade. Mais une deuxième conséquence apparaît
également. Plus l’OCS développera sa propre conception de la cybersécurité, plus les
différences entre le modèle eurasiatique et le modèle occidental deviendront visibles.
L’OCS accorde en effet une importance particulière à la souveraineté étatique, à la juridiction
nationale, à la protection des infrastructures critiques et au principe de non-ingérence. Les
modèles occidentaux ont historiquement accordé davantage d’importance à une gouvernance
multipartite d’Internet.
L’Europe pourrait donc être confrontée non seulement à des réseaux technologiques
différents, mais à des conceptions politiques différentes de l’espace numérique.
L’intelligence artificielle modifie encore le paysage
L’intelligence artificielle accélère cette transformation parce qu’elle associe les données, la
puissance de calcul, les algorithmes, les infrastructures cloud et les capacités de
renseignement. La coopération sur l’IA au sein de l’OCS, déjà formalisée à travers différents
programmes communs et renforcée en 2025, introduit donc une dimension stratégique qui
dépasse largement l’économie numérique.
Pour l’Europe, le risque ne réside pas uniquement dans le retard technologique vis-à-vis des
États-Unis et de la Chine. Il existe également un risque de perdre un accès privilégié à de
grands écosystèmes de données et de puissance de calcul. L’IA rend en effet la dimension
numérique cumulative : celui qui possède les infrastructures, les données, les semi-
conducteurs, les modèles et la capacité de calcul peut progressivement renforcer son
avantage.
Une OCS technologiquement plus intégrée pourrait donc devenir un multiplicateur de
capacités pour certains de ses membres. L’Europe devrait considérer cette éventualité non
comme une menace automatique, mais comme une variable structurelle de la future
distribution de la puissance.
L’Inde et le pluralisme de l’Eurasie
L’Inde constitue l’un des éléments qui empêchent de considérer l’OCS comme un simple
projet chinois.
New Delhi est simultanément membre de l’OCS et des BRICS, puissance technologique et
interlocuteur des États-Unis et de l’Europe. Elle dispose également de sa propre infrastructure
publique numérique et d’une forte tradition d’autonomie stratégique. Son intérêt consiste
donc à favoriser la coopération eurasiatique sans permettre que celle-ci se transforme en
dépendance à l’égard de la Chine. La position indienne introduit un élément de pluralisme
technologique dans la construction de l’OCS. Cet élément peut également être important pour
l’Europe.
Un système eurasiatique composé de plusieurs centres technologiques serait en effet très
différent d’un système dominé par un seul acteur. L’Inde pourrait contribuer à la formation
d’un réseau multipolaire dans lequel la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran et l’Asie centrale
développent des formes de coopération sans nécessairement converger vers une architecture
unique.
Pour l’Europe, cela pourrait créer de nouvelles possibilités diplomatiques et économiques, à
condition que Bruxelles dispose des instruments nécessaires pour interagir avec ces différents
centres sans réduire l’ensemble de l’Eurasie à sa seule relation avec Pékin.
L’Europe comme périphérie ou comme charnière ? C’est ici qu’apparaît la question
stratégique fondamentale. L’Europe peut interpréter la transformation de la connectivité de
l’OCS de deux manières.
La première consiste à la considérer principalement comme une menace : la construction de
réseaux alternatifs réduirait l’influence occidentale, renforcerait la Chine et la Russie et
rendrait plus difficile l’utilisation des instruments économiques comme leviers géopolitiques.
La seconde consiste à la considérer comme une transformation structurelle à laquelle
l’Europe doit s’adapter.
Dans ce deuxième scénario, l’objectif ne serait pas d’empêcher la connectivité eurasiatique,
mais de garantir que l’Europe puisse y participer sans devenir dépendante d’un seul centre de
pouvoir. L’Europe devrait donc construire elle aussi de la redondance : diversifier ses
corridors énergétiques, commerciaux et numériques, développer ses propres capacités dans le
cloud et l’IA, protéger ses infrastructures critiques et maintenir des relations avec de
multiples pôles de l’Eurasie. L’autonomie stratégique européenne, autrement dit, ne peut pas
simplement signifier l’autonomie vis-à-vis de l’Amérique. Elle doit signifier la capacité de
choisir entre plusieurs connexions sans devenir prisonnière d’aucune d’entre elles.
De la Heartland physique à la Heartland numérique
La transformation de la connectivité de l’OCS réintroduit, sous une forme contemporaine,
une question classique de la géopolitique.
Mackinder considérait la profondeur continentale de l’Eurasie comme un élément
fondamental de la compétition entre puissances terrestres et maritimes. Au XXIe siècle, cette
profondeur n’est plus uniquement géographique. Il existe désormais une profondeur
infrastructurelle. Les chemins de fer, les routes, les oléoducs et les ports constituent l’Eurasie
physique. Les télécommunications, les centres de données, les satellites, les systèmes de
paiement, le cloud et l’intelligence artificielle constituent l’Eurasie numérique. Lorsque ces
deux dimensions sont intégrées, apparaît un espace stratégique dans lequel la distance
géographique perd une partie de sa signification traditionnelle.
L’OCS peut contribuer à la construction de cet espace. Et si cette évolution se confirme,
l’Europe devra faire face à une réalité nouvelle : l’Eurasie pourrait devenir progressivement
moins dépendante des connexions occidentales alors même que l’Europe resterait fortement
dépendante des flux provenant de l’Eurasie.
La question décisive n’est donc pas de déterminer si l’OCS est en train de construire une «
forteresse numérique ». L’objectif réaliste est plutôt de réduire la vulnérabilité grâce à la
disponibilité d’alternatives, et non de parvenir à une autarcie technologique.
C’est précisément ce que l’Europe devrait observer avec la plus grande attention.
Un réseau alternatif n’a pas besoin d’être dominant pour devenir stratégiquement important.
Il suffit qu’il soit suffisamment vaste, interopérable et résilient pour permettre aux acteurs qui
en font partie de continuer à commercer, communiquer, effectuer des paiements et échanger
des données même lorsqu’une partie du système occidental devient inaccessible.
Si ce processus progresse, la capacité européenne à influencer l’Eurasie à travers le contrôle
des connexions diminuera.
Mais la capacité des autres acteurs à influencer l’Europe à travers leurs propres
infrastructures pourrait également diminuer. C’est pourquoi la réponse la plus rationnelle
n’est pas la fermeture, mais la diversification.
Les indicateurs à surveiller
La transformation de la connectivité de l’OCS doit donc être évaluée à travers des indicateurs
concrets.
Le premier est l’adoption effective de normes technologiques communes. Le deuxième est la
diffusion de systèmes de paiement interopérables entre les membres. Le troisième concerne
l’apparition de capacités communes de calcul et d’intelligence artificielle. Le quatrième est le
degré d’interopérabilité des infrastructures respectives de cybersécurité.
Pour l’Europe, il faut ajouter un cinquième indicateur : la capacité à conserver un accès à ces
réseaux. Si Bruxelles et les États membres se contentaient d’observer cette transformation
depuis l’extérieur, le risque serait de découvrir trop tard qu’une partie de l’Eurasie a construit
de nouvelles infrastructures dans lesquelles l’Europe ne possède plus de position centrale. Si,
au contraire, l’Europe parvient à maintenir des connexions multiples, à développer des
infrastructures autonomes et à dialoguer avec les différents pôles eurasiatiques, cette
transformation pourrait également devenir une opportunité.
La grande transformation produite par l’OCS ne sera donc pas nécessairement la naissance
d’un bloc opposé à l’Occident. Elle pourrait être quelque chose de plus progressif et,
précisément pour cette raison, de plus important : la formation d’une Eurasie capable de
fonctionner à travers plusieurs réseaux simultanément.
Dans ce scénario, le pouvoir n’appartient pas exclusivement à celui qui possède les
infrastructures les plus importantes, mais à celui qui est capable de connecter des systèmes
différents. La connectivité devient ainsi une forme de souveraineté. L’OCS cherche à
construire davantage d’autonomie dans les télécommunications, les données, les paiements,
l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Si cette trajectoire se consolide, l’Europe devra
redéfinir son rapport à l’espace eurasiatique. Il ne suffira plus d’être un grand marché. Il ne
suffira plus de posséder une industrie forte. Il ne suffira plus de contrôler certains ports ou
corridors commerciaux.
Il faudra être connectable, interopérable et autonome simultanément. L’Eurasie de demain
pourrait donc être moins organisée autour de centres uniques que de réseaux multiples.
L’OCS représente l’un des laboratoires les plus importants de cette transformation. Pour
l’Europe, l’ignorer reviendrait à prendre le risque de devenir la périphérie d’un espace
stratégique qui, pendant des siècles, a constitué le cœur de sa géographie politique.
La connectivité, en définitive, n’est pas seulement la capacité d’aller d’un point à un autre.
C’est la capacité de décider par quels réseaux passer, de qui dépendre et quelles alternatives
posséder. Et c’est précisément sur cette capacité qu’une partie croissante de l’autonomie
stratégique européenne se jouera dans le monde multipolaire.


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