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Un regroupement de thérapeutes en relation d’aide estime que sa suspension temporaire de la plateforme de rendez-vous en ligne Clic Santé est « épouvantable ». À l’inverse, trois ordres professionnels se disent « soulagés » que les services de ces thérapeutes aient été évacués de Clic Santé, qui, selon eux, bénéficie de l’aura de légitimité d’une plateforme gouvernementale sans en être une.
« C’est dommage pour la population, », lâche au téléphone Guy Béland, vice-président-directeur général du Groupe RITMA (Regroupement des intervenants et thérapeutes en médecine complémentaire), un des deux regroupements qui encadraient les thérapeutes en relation d’aide sur Clic Santé. D’après lui, ces thérapeutes contribuent à « désengorger un système à surcapacité » et il faut les réintégrer à l’offre de services de la plateforme « le plus rapidement possible ».
En janvier dernier, 245 thérapeutes en relation d’aide n’appartenant à aucun ordre professionnel se sont ajoutés à l’offre de services de Clic Santé sous l’onglet « Santé mentale ».
Une enquête du Devoir a démontré que certains d’entre eux choisissent de traiter des cas qui excèdent leur champ de pratique, omettent des indicateurs de troubles mentaux et vont jusqu’à banaliser des idées suicidaires.
L’Ordre des psychologues du Québec (OPQ) recommandait depuis des mois à Clic Santé de seulement faire affaire avec des membres d’ordres professionnels sur sa plateforme, « pour une question de protection du public ». Cette recommandation était restée lettre morte jusqu’à ce que Clic Santé décide mercredi de retirer « temporairement » les thérapeutes en relation d’aide de son offre de rendez-vous.
Soulagement des ordres
Jeudi, cette suspension temporaire a fait réagir. « L’idéal aurait été d’écouter la recommandation faite initialement, mais il vaut mieux tard que jamais », dit la présidente de l’OPQ, Karine Gauthier.
Même son de cloche du côté de l’Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ) : retirer ces thérapeutes était « la chose à faire ».
« Le principe de précaution et la protection du public devraient toujours primer lorsqu’il est question d’offrir de l’aide et de l’accompagnement à des personnes qui traversent une période difficile, et qui peuvent être particulièrement vulnérables », juge sa présidente, Valérie Fernandez.
L’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec (OCCOQ), dont certains membres possèdent l’attestation requise pour poser des diagnostics en santé mentale, s’est, lui, dit « soulagé » d’apprendre que les thérapeutes seront temporairement bannis de la plateforme.
« [L’expérience vécue par Le Devoir] rappelle les risques associés à des pratiques moins encadrées », estime Caroline Dufour, présidente de l’OCCOQ.
Visibilité et crédibilité
Du côté du RITMA, la suspension des thérapeutes en relation d’aide est une « triste » nouvelle, selon Guy Béland, vice-président directeur général de ce regroupement.
D’autant plus que Clic Santé est aussi une fenêtre de visibilité importante pour les deux regroupements qui encadraient ces 245 thérapeutes : le RITMA et la Corporation internationale des thérapeutes en relation d’aide et des coachs (CITRAC). Ils avaient tous deux « travaillé fort » pour être visibles sur Clic Santé, qui compte 7,2 millions d’utilisateurs.
Perdre l’accès à cette plateforme « reconnue » où on pouvait « faire valoir » la thérapie en relation d’aide est « épouvantable » pour les membres du RITMA, selon Guy Béland.
D’après M. Béland, l’expérience décrite jeudi par Le Devoir n’était pas représentative de l’ensemble des pratiques de ses membres. « Il ne faut pas mettre tout dans le même bateau ; 95 % des [thérapeutes en relation d’aide] font ça comme il faut », juge-t-il, affirmant que faire « une boulette, ça peut arriver à tout le monde ».
Du côté de la CITRAC, on estime plutôt que les révélations du Devoir sont une occasion d’apprentissage. « Cette situation nous amène à nous requestionner et à voir ce qu’on peut mettre de plus en place, puis revisiter les outils qui sont déjà en place pour s’assurer que nos membres suivent à la lettre leur champ de pratique », explique Stéphanie Myre, présidente de la CITRAC.
Oui, ce non-respect des champs de compétence inquiétait les ordres professionnels consultés par Le Devoir. Mais c’est aussi la « confusion » qui vient avec la certaine aura de légitimité entourant Clic Santé qui est préoccupante, selon l’OPQ, l’OTSTCFQ et l’OCCOQ.
« La population croit souvent qu’il s’agit d’une plateforme gouvernementale, donc ça peut créer une confusion, une impression de confiance envers les intervenants qui sont sur cette plateforme », explique la présidente de l’OPQ, Karine Gauthier.
Depuis sa création en 2013, Clic Santé est effectivement exploitée par Trimoz Technologies, une entreprise privée québécoise. Ainsi, Trimoz n’a pas d’obligation à ce que l’intérêt public prime ses intérêts commerciaux, fait valoir l’OPQ.
Clic Santé se défend d’entretenir l’impression qu’elle est une plateforme gouvernementale. « Nous n’avons jamais et en aucun temps déclaré une information contraire à l’effet que Clic Santé est une solution de prise de rendez-vous de masse propriété de l’entreprise Trimoz Technologies », affirme son porte-parole, Maxime Couture.


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