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La sidérurgie et la naissance du monde ouvrier

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Sur Le Figaro TV, le documentaire « Les Hommes du fer », suivi d’un débat, montre comment l’industrialisation a transformé la société française.

La révolution industrielle, qui fait naître un monde nouveau en Europe au XIXe siècle, se fonde en particulier sur l’exploitation du charbon qui « est vraiment l’énergie essentielle », comme le souligne l’historienne Diana Cooper-Richet, invitée avec son collègue Pascal Raggi dans « Parlez-moi d’Histoire ». L’émission présentée par Guillaume Perrault, consacrée ce soir à la naissance du monde ouvrier en France, est proposée juste après la diffusion du documentaire en deux parties intitulé Les Hommes du fer, qui retrace l’histoire de la sidérurgie.

« L’industrialisation dans le charbon se fait progressivement. On peut dire qu’au début du XIXe, il y a à peu près 25 000 à 30 000 ouvriers. Au milieu du siècle ils sont 100 000 et à la fin on en compte entre 200 000 et 220 000 », détaille Diana Cooper-Richet. On assiste à l’émergence d’un nouveau groupe social, qui constitue un univers à part. « Les bassins miniers fonctionnent en autarcie. Les compagnies organisent tout sur place », explique l’historienne. « On a un monde ouvrier, au sens où on l’entend aujourd’hui, à partir du milieu du XIXe siècle » précise Pascal Raggi.

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«Ceux qui étaient dans le minerai de fer, dans la sidérurgie en 1870, 1900, et jusqu’à une période plus récente, avaient non seulement le sentiment, mais la conviction qu’ils étaient au cœur de la croissance d’un pays, d’une région », explique Francis Mer (1939-2023), qui fut président du groupe sidérurgique Usinor mais aussi ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, dans le documentaire réalisé en 2011 par Olivier et Anaïs Spiro.

Dureté des conditions de travail

Toutes les facettes d’un secteur d’activité devenu essentiel sont évoquées. Chemin de fer, armement, ouvrages d’art, bâtiments en tout genre, cette industrie a transformé en profondeur la vie des êtres humains dans leur ensemble. « C’est le début des transports, avec le chemin de fer qui permet aux gens de se déplacer, d’avoir une autre mentalité », souligne Pascal Raggi.

Au cœur du développement de la sidérurgie, l’histoire de quatre familles de capitaines d’industrie est racontée dans le film. En Allemagne, les dynasties Thyssen et Krupp se partagent la Ruhr. En France, la famille Wendel est installée en Lorraine et le clan Schneider au Creusot. Des descendants de ces familles de maîtres de forges témoignent. François de Wendel, président du holding familial, insiste sur la quête incessante du progrès par les industriels. « La vision dépend avant tout du tempérament des hommes. Mais ils avaient un point commun, ils étaient tous axés sur l’innovation technologique. »

L’aspect social est abordé. Les ouvriers parlent de la dureté des conditions de travail en particulier au début du siècle dernier. « À l’époque, les travaux à l’usine étaient terriblement durs. Il fallait tout transporter à la main », confie Helmut Laakmann, ouvrier devenu directeur d’usine chez Krupp. Robert Vailleau, technicien chez Schneider, évoque « le bruit, la chaleur, la fumée, la poussière ». Diana Cooper-Richet souligne la dangerosité dans les mines. « Les éboulements c’est ce qui tue le plus. Ensuite il y a le grisou. Je vous donne un seul exemple, c’est la catastrophe de Courrières en 1906 qui a fait 1 100 morts. »

Face aux souffrances des ouvriers, le patronat agit, sous l’influence notamment de l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII en 1891. Les patrons construisent des cités ouvrières confortables et leurs œuvres sociales sont bénéfiques. Mais le paternalisme n’empêche pas les grèves. Celle des mineurs d’Anzin, en 1884, inspirera à Zola son célèbre roman Germinal. Bien d’autres mouvements sociaux suivront dans la sidérurgie qui connaîtra, à la fin du XXe siècle, une crise existentielle.

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