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NOUS Y ÉTIONS - Décerné par des professionnels de la sécurité intérieure, le Prix Vidocq a été remis en présence des têtes d’affiche de la fiction. Avec un passionnant échange à la clé sur le réalisme de la série événement.
Une série policière française de qualité, crédible, sans tabou ni langue de bois ? Les Disparues de la gare, a répondu le jury du prix Vidocq décerné chaque année à Séries Mania, à savoir le Préfet du Nord et des Hauts-de-France, Bertrand Gaume, son directeur de cabinet, plusieurs commissaires divisionnaires, une procureure de la République... La canne du célèbre bagnard repenti, détective et chef de la police française, a été remise à Mélanie Doutey et Hugo Becker, deux des interprètes, et à Gaëlle Bellan, créatrice de cette série Disney+ sur les disparues de Perpignan - dont nous vous disions, nous aussi, le plus grand bien lors de son lancement en octobre dernier !
L’occasion d’un échange à bâtons rompus, passionnant, entre les deux parties. Alice Gastellu Etchegorry, commissaire divisionnaire, adjointe à la cheffe du SIPJ du Nord, a tenu à souligner le réalisme de l’œuvre : «Nous nous sommes reconnus, tant dans la connaissance du mécanisme procédural, du rôle de l’autorité judiciaire, que dans la gestuelle, la façon d’être, l’esprit d’équipe, ou les décors».
«Le personnage cache sa vulnérabilité»
S’ils louent la séquence d’ouverture, celle de la découverte du corps pour sa pudeur, les représentants de la sécurité intérieure s’étonnent en revanche de l’attitude froide et distante de la jeune enquêtrice jouée par Camille Razat. «On se souvient tous, un peu trop bien d’ailleurs, de nos premiers cadavres. Nous n’avions pas cette retenue, nous montrons plus nos émotions », déclarent-ils d’une même voix. «Le personnage cache sa vulnérabilité», défend la scénariste. Hugo Becker évoque, lui, une forme de «bizutage» : «Son chef la laisse faire le constat pour lui montrer qu’elle n’a pas de privilèges. Il ne veut pas être trop gentil dès le début, ça la protège d’une certaine façon.»
Il est aussi question de l’effet tunnel, très bien rendu selon les professionnels. L’effet tunnel ? «Quand on a tellement envie d’atteindre un but au point de passer à côté de détails importants. Ce n’est pas une question de jeunesse. Et la seule chose qui peut nous aider à lutter contre ça, c’est le collectif !», rappelle la commissaire divisionnaire Suzanne Moser, cheffe du SIPJ du Nord.
«Nous n’avons pas non plus de salle d’audition, on fait toujours nos interrogatoires dans ces conditions, lance-t-elle, dans une revendication souriante, au préfet, après un nouvel extrait. Et au niveau humain, le recadrage devant tout le monde est très juste. L’enquêteur a hâtivement mis le père de la victime en garde à vue sans concertation avec ses collègues. On sent la tension judiciaire entre la conviction et l’énoncé des preuves. L’intervention du chef joué par Hugo Becker nous semble très authentique.»
Un ancien commandant divisionnaire devenu consultant
Le comédien, qui a accepté pour la première fois un rôle de flic au nom de son humanité, avait à cœur de le rendre aussi crédible que possible. Et l’aide de Franck Martins, ancien commandant divisionnaire, qui a longtemps traqué puis arrêté le violeur de la Sambre et est désormais consultant sur des fictions (HPI, Flash Back...) lui a été précieuse, au point de l’appeler régulièrement avant ce type de scène. «Je l’ai rencontré à la SRPJ de Lille, avant qu’il ne vienne faire du conseil en plateau sur des aspects plus techniques, note encore l’acteur. La première question que je lui ai posée est : qu’est-ce qui fait que l’on garde la foi, l’énergie, pour poursuivre une enquête sur des décennies ? Qu’est-ce qui fait que l’on tient ? Les policiers gardent la foi mais ce sont des gens qui s’abîment. C’est dur. Les familles des victimes sont primordiales, c’est le cœur de la série. On se sent responsable.»
«J’ai répondu aux questions des comédiens sur des aspects “techniques” : pistolet à droite ou à gauche, est-ce qu’on tutoie son chef ? Et j’ai organisé une visite des services de la PJ de Lille, à la BRI, afin qu’ils voient la réalité du métier, des choses simples comme savoir ce qu’il y a dans les bureaux…, explique à son tour Franck Martins. J’ai aussi participé à la décoration des locaux de la PJ de Perpignan, il fallait une reconstitution des années 90 que je connais bien. J’ai par ailleurs rencontré Marie-Josée, la maman de Tatiana Andujar. C’est une affaire très sensible, l’enquête est encore en cours. J’ai travaillé sur le scénario, de petites corrections, mais j’ai surtout fait du conseil en plateau, avec la réalisatrice Virginie Sauveur. Il s’agit presque d’un travail de chorégraphe, on met en place les personnages, leurs attitudes, leur ton, c’est passionnant !»


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