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La rupture suicidaire d’Israël avec les États-Unis – Chris Hedges

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Israël se retourne contre son dernier allié important dans un élan d’orgueil suicidaire.

Source : ScheerPost, Chris Hedges
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

« Jewish Upon a Star » – par Mr. Fish

Israël sabote les négociations avec l’Iran et s’aliène son dernier allié important en refusant de mettre fin à ses attaques contre le Liban et de se retirer du sud du pays qu’il occupe. Il est déterminé à raviver un brasier régional qui pourrait conduire l’Iran à fermer définitivement le détroit d’Ormuz et plonger l’économie mondiale dans une dépression planétaire. Et il poursuit son génocide à Gaza.

Israël est gangrené par le racisme et la violence génocidaire. Il est aveuglé par une supériorité morale répugnante. Il est corrompu par une classe de milliardaires sionistes aux États-Unis qui utilisent leur fortune pour orienter la politique étrangère au service des intérêts israéliens. Il dispose d’un arsenal nucléaire que les responsables israéliens ont menacé à plusieurs reprises d’utiliser.

C’est une menace pour la région. C’est une menace pour lui-même. Et c’est une menace pour nous.

La première session d’une réunion quadripartite entre les États-Unis, l’Iran et les médiateurs pakistanais et qatariens, qui s’est tenue dimanche en Suisse – et au cours de laquelle la délégation iranienne a refusé de participer à une poignée de main et à une photo de groupe prévues avec ses homologues américains – s’est concentrée sur la mise en œuvre par les États-Unis des engagements pris dans le protocole d’accord (Memorandum of Understanding ou MoU) pour une période préliminaire de 60 jours.

Mais la fermeture du détroit d’Ormuz – à la suite des attaques israéliennes contre le Liban – a perturbé les pourparlers. Cette fermeture a provoqué chez Trump une nouvelle crise de colère, comme à son habitude, au cours de laquelle il aurait déclaré au correspondant de Fox News, Trey Yingst, qu’il avait informé les négociateurs iraniens que si le détroit d’Ormuz restait fermé, « vous ne rentrerez même pas dans votre putain de pays. »

Lorsqu’on lui a fait remarquer que le président iranien Masoud Pezeshkian continuait d’affirmer le droit de l’Iran à enrichir de l’uranium – un droit garanti par le Traité de non-prolifération des armes nucléaires dont les États-Unis sont l’un des cofondateurs – Trump aurait déclaré : « [Le président Pezeshkian] ferait mieux de surveiller ses propos. Il ferait mieux de se ressaisir, sinon nous prendrons le contrôle du reste du pays. »

« L’Iran doit immédiatement empêcher ses MANDATAIRES grassement rémunérés au Liban de semer le trouble » a ajouté Trump dans un message publié sur Truth Social, faisant référence au Hezbollah. « S’ils ne le font pas, nous frapperons à nouveau très fort l’Iran, exactement comme nous l’avons fait la semaine dernière, mais encore plus fort ! »

Les menaces de Trump ont poussé la délégation iranienne à quitter le lieu de la réunion en Suisse, tandis que Ghalibaf a balayé les diatribes de Trump dans un message publié sur X. « Ne se disent-ils donc jamais que si leurs menaces avaient fonctionné, ils n’en seraient pas arrivés au désespoir actuel ? Nous n’accordons absolument aucun crédit aux menaces des Américains » a-t-il déclaré.

La réunion s’est conclue par « un accord sur une feuille de route de 60 jours en vue d’un accord final et la mise en place de mécanismes pour faire avancer les négociations techniques » dans le cadre du protocole d’accord, selon l’agence de presse IRNA.

La vision israélienne d’un « Grand Israël », destinée à garantir la domination militaire d’Israël dans tout le Moyen-Orient, repose sur l’exploitation de la richesse et de la puissance militaire des États-Unis.

Plus des deux tiers des armes et munitions majeures importées par Israël – sans lesquelles il ne pourrait mener à bien son génocide contre les Palestiniens, transformer le sud du Liban en paysage lunaire et bombarder l’Iran, la Syrie et le Qatar – sont fabriquées et fournies par les États-Unis. Et parce que le lobby israélien tient le Congrès en main depuis des décennies, parce que ses alliés sionistes surveillent et contrôlent les médias, parce qu’il est capable de détourner des dizaines de milliards de dollars provenant des contribuables américains pour financer son aventurisme militaire, Israël est aveugle à ses propres limites. Il est prêt à nuire à ses alliés, y compris aux États-Unis, pour servir ses propres intérêts.

Et c’est précisément ce qu’il compte désormais faire. Même l’administration bornée de Donald Trump – qui a dépensé plus de 34 milliards de dollars dans la guerre contre l’Iran et dont le coût, selon les estimations de WarCosts, s’élève à plus de 214 milliards de dollars si l’on tient compte des coûts économiques plus larges – l’a compris.

Israël est furieux face au protocole d’accord, signé virtuellement mercredi, qui renvoie à des négociations ultérieures la question du sort des stocks iraniens de matières nucléaires enrichies, lève le blocus naval américain, débloque les avoirs iraniens gelés et accorde des dérogations pour autoriser les ventes de pétrole iranien.

Le protocole d’accord proclame une « cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts. » Il propose une période de négociation de 60 jours avant la conclusion d’un accord définitif, la création d’un fonds de reconstruction et de développement de 300 milliards de dollars, le retrait des forces américaines de la périphérie de l’Iran et la levée de toutes les sanctions internationales et unilatérales.

La rhétorique déchaînée par les responsables politiques et les commentateurs israéliens à l’encontre de Trump et des membres de son administration au sujet du protocole d’accord – qui aurait été conclu sans la participation d’Israël – est venimeuse. Personne au sein de l’administration Trump n’est épargné. Les malheureux envoyés spéciaux de Trump et partisans sionistes assumés, Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, ont été qualifiés de « deux petits Juifs » par Yinon Magal, un ancien député de la Knesset devenu commentateur politique et proche de Benjamin Netanyahu. Trump est un « perdant ». Le vice-président JD Vance est une « ordure. » Israel Hayom – le journal israélien appartenant à la milliardaire Miriam Adelson, l’une des plus grandes donatrices financières de Trump – a accusé Trump, dans une tribune libre, d’avoir trahi Israël.

« Si je faisais partie du gouvernement israélien, je ne m’en prendrais peut-être pas au seul allié puissant qui me reste dans le monde entier » a rétorqué Vance.

Il est plus qu’ironique qu’Israël pousse Trump – qui donne au mot « corruption » une mauvaise réputation – à s’opposer à Israël. Mais Israël a surjoué sa main. Le monde arabe et musulman ainsi que les pays du Sud détestent Washington pour son soutien au génocide et à la trahison des Palestiniens. Israël et ses partisans sionistes ont poussé les États-Unis à mener des guerres conçues pour servir les intérêts d’Israël en Irak, en Libye, en Syrie, puis à s’engager dans une nouvelle guerre contre l’Iran. Cette alliance et ces débâcles militaires ont transformé Israël et les États-Unis en États parias.

Aujourd’hui, Israël se retourne contre le seul allié qui lui reste.

Le fait que les États-Unis ne continuent pas à subordonner leurs intérêts à ceux d’Israël, même au prix d’un suicide économique, est, aux yeux des sionistes qui se croient tout permis, impardonnable. Israël s’attend à ce que la classe des milliardaires sionistes et le lobby israélien aux États-Unis, comme par le passé, se plient à sa volonté.

La Maison Blanche sous Obama a signé en 2016 un protocole d’accord avec Israël, s’engageant à verser 3,8 milliards de dollars par an d’aide militaire de 2019 à 2028. Le Congrès a autorisé une aide militaire supplémentaire de 17,9 milliards de dollars à Israël pour soutenir le génocide.

Entre 1946 et 2024, on estime que les États-Unis ont fourni à Israël plus de 300 milliards de dollars d’aide militaire et économique, après ajustement pour tenir compte de l’inflation.

Le coût des guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan est estimé, par l’université Brown, entre 4 000 et 6 000 milliards de dollars, dont une grande partie devra être payée au cours des prochaines décennies sous forme de prestations médicales et d’indemnités d’invalidité versées aux anciens combattants et à leurs familles.

Cette fois-ci, le prix à payer est trop élevé.

La défaite d’Israël et des États-Unis dans la guerre contre l’Iran a porté un coup fatal au projet du « Grand Israël » et aux accords d’Abraham. Elle a paralysé la présidence de Trump, fait grimper l’inflation, fait chuter la cote de popularité de Trump à des niveaux catastrophiques, paralysé les économies des alliés du Golfe et menacé le contrôle républicain de la Chambre des représentants et du Sénat lors des élections de novembre.

Israël n’a aucune intention de se plier aux caprices de Trump. Il se moque éperdument de ce qui peut lui arriver, à lui ou à son administration, ou encore des conséquences de la catastrophe économique qui se profile. Mais Trump, qui n’a toujours eu à cœur que ses propres intérêts et qui continuera ainsi, n’est pas prêt à se sacrifier pour le bien d’autrui ou pour des idéaux utopiques.

Les dirigeants israéliens sont tellement déconnectés de la réalité qu’ils menacent d’entrer en guerre contre l’Iran sans le soutien des États-Unis. Avigdor Lieberman, ancien ministre de la Défense et actuel chef du parti d’extrême droite Yisrael Beiteinu, a appelé Israël à se doter d’une force de missiles balistiques et a déclaré que s’il était aux commandes, il ordonnerait au Mossad de renverser le gouvernement iranien.

Israël n’a aucune intention de quitter le sud du Liban, le plateau du Golan – et d’autres zones de Syrie qu’il a commencé à occuper après le renversement d’Assad – ni Gaza – où il occupe 70 % du territoire – ni de mettre fin à son nettoyage ethnique sauvage en Cisjordanie. Il a l’intention de trouver un endroit sur la planète où expédier les deux millions de prisonniers de facto du camp de concentration qu’est Gaza. Les Palestiniens de Gaza continuent d’être massacrés – plus de 1 000 ont été tués par Israël depuis l’entrée en vigueur du soi-disant cessez-le-feu en octobre dernier – et s’entassent dans des camps de tentes surpeuplés, sans nourriture suffisante, sans eau potable ni soins médicaux.

Ces objectifs sont peut-être réalisables à court terme, mais à long terme, ils annoncent la chute de l’État sioniste. Les Démocrates se débarrassent de plus en plus du fardeau que représente l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), qui a soutenu plus de 100 Républicains ayant voté contre la validation des résultats de l’élection présidentielle de 2020. Les Républicains partisans de l’America First et la droite replongent dans leur antisémitisme traditionnel.

Le génocide a déchiré le voile qui recouvrait Israël et a révélé son visage sombre et meurtrier à la communauté internationale. La guerre contre l’Iran, que Netanyahu avait présentée comme une victoire facile, a mis au jour la manipulation cynique d’Israël à l’égard des États-Unis via la Maison Blanche de Trump.

Les Israéliens, grisés par le fantasme d’être le peuple élu, n’ont pas d’amis. Ils n’ont pas d’alliés. Ils ont ceux qu’ils utilisent et ceux qu’ils massacrent.

« Finie l’aide insensée sans conditions, mais une condition attachée à chaque dollar et à chaque missile » écrit le journaliste israélien Gideon Levy.

Tenez-vous à carreau ou payez le prix. Vous ne pouvez plus faire ce qui vous plaît : assassiner, maltraiter, violer la souveraineté nationale et le droit international en toute impunité. Dans un tel climat, Israël ne pourra plus continuer à faire fi de la communauté internationale, pour laquelle il n’y a pas de question plus fédératrice que l’opposition à l’occupation.

Qu’il le veuille ou non, Israël devra en tenir compte. Les premières fissures sont déjà apparues, et de quelle manière ! Un accord conclu avec l’Iran en ignorant totalement Israël, qui, pendant des années, a ignoré les États-Unis et le monde entier. Ce n’est qu’un début : un monde horrifié par les agissements d’Israël dans la bande de Gaza exigera des comptes. Un État génocidaire ne peut plus être la coqueluche du monde occidental. Un État dont les citoyens se livrent quotidiennement à des pogroms, avec la complicité de son armée, n’aura pas sa place au sein de la communauté des nations. Le rêve commence à devenir réalité. Ce sera un cauchemar.

La partie est terminée. La domination israélienne sur le système politique américain touche à sa fin. L’incapacité d’Israël à décrypter l’opinion américaine et mondiale – ou celle de sa propre population, dont plus de 90 % estime qu’Israël a perdu sa guerre contre l’Iran – associée à sa conviction obstinée que ses anciens leviers de pouvoir peuvent encore fonctionner, illustre un leadership qui s’est rendu sourd, muet et aveugle. Il peut causer et causera beaucoup de dégâts. Il peut infliger et infligera davantage de morts et de souffrances. Mais il est en train de se dévorer lui-même.

*

Chris Hedges est un journaliste lauréat du prix Pulitzer, auteur à succès et militant.

Source : ScheerPost, Chris Hedges, 23-06-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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