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Après 35 ans à la tête du Fresh & Fancy Bakery de Cochrane, le boulanger Michel Pouliot tirera sa révérence le 24 décembre. Réputé pour ses célèbres beignets aux pommes, qu’il a fait connaître bien au-delà de sa boulangerie, l’artisan voit affluer hommages et commandes à l’approche de sa retraite. Un départ qui laissera un grand vide dans la communauté.
C’est unique d’avoir une boulangerie comme ça à Cochrane. C’était personnel. Mike et sa femme ont toujours été impliqués dans la communauté, explique Éric Langlois, un résident.
Il se souvient encore du moment où M. Pouliot a fait son gâteau de noces il y a près de 30 ans.

Éric Langlois a fait faire son gâteau de noces par Michel Pouliot, il y a une trentaine d’années.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Selon lui, la grande force de Michel Pouliot résidait autant dans la qualité de ses produits que dans son approche humaine. Il connaissait ton nom, il te reconnaissait. Le service était exceptionnel. La qualité n’était pas comparable à ce qu’on trouve ailleurs, explique-t-il.
Parmi ses favoris : les éclairs au chocolat, faits de vraie crème et de chocolat authentique, sans oublier les incontournables apple fritters, souvent partagés entre collègues pour se payer une traite.
Pour Jean Robin, entrepreneur en rénovation, la perte sera aussi une rupture dans la routine. Le vendredi, c’était l’apple fritters day. J’en achetais pour mes travailleurs, pour le café, pour les clients, dit-il. Mais au-delà des pâtisseries, c’est l’humain qui marquera les esprits.
On venait jaser, parler de la ville, de l’avenir. Mike, c’est quelqu’un de passionné, proche du monde, renchérit M. Robin.
Avec la fermeture annoncée, certains craignent même que la boulangerie ne trouve pas de relève. Il n’y en aura peut-être pas d’autres pour racheter ça , constate Dan Brunet, qui souligne aussi l’importance des services de traiteur offerts par l’entreprise. Ils étaient très inclusifs avec la municipalité. On va définitivement les manquer, souligne-t-il.

Dan Brunet, client fidèle de la boulangerie, est particulièrement heureux de partager les beignets aux pommes avec sa famille.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Un métier exigeant, un rythme difficile à maintenir
Si la décision de prendre sa retraite n’est pas liée à un manque d’achalandage, elle découle surtout de la dure réalité physique du métier de boulanger. Les horaires atypiques, les longues journées et les déplacements pour participer au nombreux marché des fermiers ont fini par peser lourd.
Avant, me lever tôt, ça ne me dérangeait pas. Aujourd’hui, c’est plus dur sur le corps , explique Michel Pouliot. Pendant des années, il a sillonné la région pour assurer la survie de son entreprise : marchés des fermiers à Iroquois Falls, marché de Noël à Timmins, services de traiteur. Cochrane n’est pas assez gros pour supporter seulement une boulangerie. Il fallait se déplacer, déclare-t-il.

Les beignets aux pommes ont été la spécialité emblématique de Michel Pouliot.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Quand on lui demande de quoi il est le plus fier, la réponse est immédiate : la relation avec les clients. Ils respectent notre choix de fermer après 35 ans. Ils sont derrière nous à 100 %.
Et s’il y a un produit que la population regrettera particulièrement, ce sont sans contredit ses apple fritters, devenus légendaires. Même dans les mariages ou les funérailles, si je n’en apporte pas, je me le fais dire tout de suite , raconte M. Pouliot en riant. Pour lui, ces beignets dépassent la simple pâtisserie. C’est un dessert suprême. Il n’y en aura pas d’autres comme ça, souligne-t-il.
Une vocation née tôt
Michel Pouliot a acheté la boulangerie de Cochrane en 1990, après avoir travaillé six ans pour Dominion à Timmins. Formé en boulangerie à la fin des années 1970, il comptait déjà 12 ans derrière lui au moment de se lancer en affaires.
Je n’ai jamais pensé faire autre chose , dit-il.

Après 35 ans en affaires, Michel Pouliot n’a jamais trouvé de façon d’automatiser la fabrication de ses beignets aux pommes : chaque étape est réalisée à la main.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Attiré par le travail à la chaleur, loin des grands froids sur le chemin de fer qu’il a connu avec son père, il a trouvé dans la boulangerie un métier profondément humain.
Pour l’instant, aucune offre sérieuse n’a été déposée pour reprendre le commerce. Michel Pouliot craint que le bâtiment soit éventuellement transformé en immeuble à logements. J’aimerais mieux vendre à quelqu’un qui voudrait continuer, mais ça prend quelqu’un de métier. Ce n’est pas un travail où tu comptes les heures, explique-t-il
Une retraite bien méritée
Pour les prochains mois, Michel Pouliot prévoit se consacrer à des rénovations dans la maison familiale et à voyager, une liberté qu’il s’est rarement permise au fil des décennies. Quand tu fermes la shop, tu payes tes vacances. Ce n’est pas comme ailleurs, dit-il.
Le 24 décembre marque donc la fin d’une époque à Cochrane. Une chose est certaine : les apple fritters de Michel Pouliot resteront longtemps gravés dans la mémoire et le cœur de la communauté.


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