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La récupération des contenants consignés cause des maux de tête à bien des citoyens

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L’élargissement de la consigne et le déploiement de centres consacrés à la collecte des canettes, des contenants de plastique et des bouteilles de bière ne se font pas sans douleur. À mesure que des centres de collecte de Consignaction ouvrent leurs portes, les épiceries et dépanneurs cessent de reprendre les contenants consignés. La transition ne se fait pas harmonieusement pour tous.

Dans l’est du quartier Rosemont, de nombreux dépanneurs et épiceries ne reprennent plus les canettes consignées. Geneviève Légaré Roy avait l’habitude d’aller porter les siennes au dépanneur du coin. Ce n’est plus possible depuis qu’un point de dépôt de Consignaction a été ouvert sur la rue Beaubien, à l’angle de la 3e Avenue. Elle a calculé que le site de dépôt se trouvait à une distance de 3,2 km de chez elle. Un peu loin pour envisager une marche agréable. Elle a bien examiné les autres options, mais même aller au Maxi, qui les accepte encore, nécessiterait 30 minutes de marche.

« Finalement, je vais les laisser à la rue avec le recyclage. Mais je trouve ça dommage, explique-t-elle. Une autre personne, encore plus pauvre que moi, va les prendre. Mais elle devra elle aussi aller les porter loin. »

La distance qu’il faut parfois parcourir pour retourner les contenants consignés est une source intarissable de plaintes des citoyens. Certains y voient une sérieuse réduction de service à mesure que les épiceries et les dépanneurs se déchargent du fardeau que représente la gestion des gobeuses puantes et des sacs encombrants, parfois dégoulinants. D’autant que les heures d’ouverture des centres Consignaction sont plus réduites que celles des épiceries et des dépanneurs.

Un déploiement graduel

Au cours de la dernière année, Consignaction a procédé graduellement à l’ouverture de points de service. Jean-François Lefort, vice-président des affaires corporatives à l’AQRCB / Consignaction, assure qu’à l’heure actuelle, tous les citoyens peuvent trouver un lieu de dépôt dans un rayon de 3 kilomètres en milieu urbain et de 5 kilomètres en région, qu’il s’agisse d’un centre Consignaction ou d’un détaillant.

Consignaction a encore bien du pain sur la planche. À l’heure actuelle, l’organisme compte quelque 270 points de dépôt « modernisés » à travers le Québec, dont 154 centres Consignaction et Consignaction +. Pour le 1er mars 2027, l’organisme vise 400 centres Consignaction et 800 lieux de dépôt chez les détaillants.

La lenteur du déploiement inquiète Julie-Christine Denoncourt, analyste en réduction à la source chez Équiterre. « Dans certaines régions, les lieux de dépôt peuvent être loin. Donc, ça ne devient pas très intéressant de s’y rendre, surtout avec le prix de l’essence en ce moment », signale-t-elle.

Jean-François Lefort affirme que l’objectif est réaliste. « On a réussi à ouvrir 154 lieux en 24 mois. La SQDC a mis sept ans pour ouvrir 100 magasins. »

Consignaction s’est cependant heurtée à la résistance et aux contraintes administratives de certaines municipalités. Radio-Canada rapportait la semaine dernière les difficultés vécues dans les villes de Rimouski, Delson et Mercier et dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. M. Lefort soutient qu’il s’agit de cas d’exception et qu’en général, le processus d’autorisation se déroule sans anicroche.

Les longues attentes

Mais il n’y a pas que la distance qui rebute les utilisateurs. La longue attente pour l’accès aux gobeuses dans certains endroits peut décourager les plus patients. Le recours au « Retour express » permet d’éviter d’avoir à faire le pied de grue quand l’achalandage est élevé. Pour ce service, il faut toutefois télécharger l’application de Consignaction. Le remboursement sera versé dans le compte de l’utilisateur dans un délai maximal de 14 jours.

Michel Patoine, lui, n’a pas le luxe d’attendre pour avoir son argent. « J’en ai besoin pour manger », dit le quinquagénaire qui, deux fois par semaine, écume les rues de quartiers résidentiels à Montréal pour recueillir les canettes ou les bouteilles de plastique que les citoyens mettent en bordure de rue les jours de collecte du recyclage. Membre des Valoristes depuis 10 ans, un organisme qui traite les contenants consignés au centre-ville de Montréal, il fréquente régulièrement les centres de Consignaction.

« Les points positifs, c’est qu’ils ont de très beaux locaux. C’est magnifique. Et ils ont pris la peine d’installer des lavabos pour se laver les mains », explique Michel Patoine. Il est toutefois moins élogieux quand il parle des gobeuses, qui, dit-il, se brisent souvent ou se bloquent. Sans parler des files d’attente quand des usagers arrivent avec des sacs bien remplis. Selon lui, deux gobeuses par centre ne suffisent pas. Et quand ce ne sont pas les gobeuses qui font défaut, ce sont les distributrices d’argent comptant qui font des caprices, soit parce qu’elles sont non fonctionnelles ou n’ont pas les fonds suffisants, dit-il. « Là, les machines sont neuves, mais l’an prochain, elles vont vraiment se briser. Et au 1er mars 2027, les bouteilles de vin et de spiritueux vont s’ajouter. Des bouteilles, il va y en avoir en tabarouette ! »

Selon lui, l’ajout de contenants de verre ne fera qu’accroître les problèmes dans les centres Consignaction. Il estime déjà que dans certains quartiers de Montréal, dont Ville-Marie, les centres Consignaction devraient compter davantage de gobeuses ou disposer de tables de tri où un employé pourrait compter les canettes et contenants afin d’accélérer le processus.

Le système des retours express avec l’application mobile permet peut-être d’éviter bien des soucis, mais il n’est pas accessible à tous, dont à ceux qui n’ont pas de téléphone ou de compte en banque. Et bien des utilisateurs s’en méfient. Résident de l’Outaouais, Christian Cayer a eu la désagréable surprise de recevoir dans son compte une somme moindre que celle qu’il escomptait. Pour les 100 contenants rapportés, seuls 85 lui ont été remboursés, sans explication. « C’est 1,50 $ de moins. Mais si ça arrive souvent, ce sont des milliers de dollars qui peuvent disparaître des poches des citoyens », fait-il valoir.

Changer les habitudes

Sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs tempêtent contre le nouveau système, alors que d’autres saluent son efficacité. Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), estime que, comme dans toute réforme, les changements d’habitudes créent du mécontentement. « Auparavant, on n’avait pas moins de problèmes avec la consigne. Les gens se plaignaient que tel ou tel magasin n’acceptait pas certains contenants », indique-t-il.

Selon lui, Consignaction devrait mieux expliquer la réforme et les avantages de la consigne. « Parce qu’il y a des bénéfices. Ce n’est pas vrai que la collecte sélective peut faire le job de la consigne. La consigne permet de récupérer beaucoup plus de contenants. Mais surtout, elle agit sur le plan de la qualité de la matière récupérée », explique-t-il.

Consignaction avance que les lieux de dépôt prévus seront en mesure de répondre à la demande, même quand s’ajouteront les bouteilles de vin et de spiritueux l’an prochain. Quant aux plages horaires qui frustrent de nombreux utilisateurs, l’organisme n’envisage pas pour l’instant de les élargir, mais il ne ferme pas la porte à des adaptations futures.

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