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La petite musique de François Hollande

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« [Il pourrait être] un recours dans l’hypothèse où la campagne de Raphaël Glucksmann prendrait l’eau » (Pauline de Saint-Rémy, le 3 septembre 2026 dans "Politico").

Parmi les candidats putatifs à l'élection présidentielle de 2027, il y a François Hollande. Ce dernier jouit d'un statut très particulier, il est un ancien Président de la République, et comme Valéry Giscard d'Estaing entre 1981 et 2002, il est le seul ancien Président de la République capable de se présenter à cette élection, car Nicolas Sarkozy a de fâcheuses incompatibilités avec la justice et les autres ex sont morts.

C'est un classique sous la Cinquième République : un ancien Président de la République qui n'est pas parti de l'Élysée de son propre chef, ou par la volonté constitutionnelle, a toujours au fond de son esprit le secret espoir de faire un retour (un come-back), une sorte de revanche sur son destin présidentiel, pour le parachever, le parfaire.

Aux États-Unis, il y a eu Donald Trump en 2024, mais ce n'est pas la France ! En France, Valéry Giscard d'Estaing (en 1988, un peu moins en 1995) et Nicolas Sarkozy (en 2017), qui avaient été battus au second tour pour leur réélection, n'ont pas réussi ce retour si attendu (par eux). François Hollande est dans une position encore moins confortable car il n'a même pas été battu en 2017 ; il n'a simplement pas osé se représenter par peur de la déroute électorale, et le pire, c'est que c'est son poulain Emmanuel Macron qui lui a succédé. Son désir de revanche est donc très fort.

À 72 ans, François Hollande considère qu'il est le Président qu'attendent les Français, fort de ses compétences, de son expérience (rappelons qu'en 2012, François Hollande a été élu Président de la République sans avoir été membre d'aucun gouvernement auparavant), et de son bon sens. L'âge, l'âge... Jean-Luc Mélenchon a 75 ans. Lors de sa réélection, François Mitterrand ...n'avait que 71 ans !

Depuis quelques jours, François Hollande sature tous les médias. Une offensive médiatique bien étrange quand on sait qu'il n'est pas, officiellement du moins, candidat. Le 2 septembre 2026, par exemple, il était l'invité de la matinale de France Inter, et le soir, celui de l'émission "C à vous" sur France 5. La raison ? Un trou de souris !

François Hollande prépare sa candidature, celle de l'homme providentiel (oui oui, cela fait sourire mais il y croit). La situation est grave puisque le risque de 2027, c'est un duel de second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il faut donc un troisième homme capable de rassembler tous ceux qui ne sont ni lepénistes ni mélenchonistes. Il pense pouvoir l'être. C'est pour cela qu'il souhaite attendre la fin du mois de décembre 2026, une fois que les candidatures annoncées maintenant se seront décantées. Il table actuellement sur un effondrement de la candidature de Raphaël Glucksmann dans les sondages et sur son arrivée comme le candidat de remplacement, providentiel.
 

La petite musique qu'il est en train d'interpréter est assez compréhensible. L'ancien Président socialiste a fait quelques propositions qui pourraient étonner, très loin de la doxa socialiste et susceptibles de donner des ulcères à son lointain successeur à la tête du PS, Olivier Faure, par ailleurs candidat à la primaire du PS (insistons sur le fait que la victoire de Raphaël Glucksmann à cette primaire est généralement considérée comme acquise, ce que je conteste personnellement car le discours d'Olivier Faure est très porteur auprès des militants du PS résiduels, d'une part, et la présence de Ségolène Royal a de fortes probabilités d'affaiblir la candidature du philosophe-député européen).

Ainsi, sur les retraites, François Hollande n'a proposé ni le retour à 62 ans ou 60 ans comme âge légal de départ à la retraite, mais 63 ans (c'est-à-dire à peu près là où la réforme des retraites interrompue par Sébastien Lecornu pour le budget 2026 l'a placé). Un seuil qui se voudrait de rassemblement entre les plus et les moins. En outre, il a proposé une augmentation de la durée de cotisation selon l'espérance de vie et une désindexation partielle des pensions de retraite.

De même, et il fallait se pincer pour l'entendre, François Hollande a proposé une augmentation de 4 points de la TVA, passant de 20% à 24% en quatre ans (1 point d'augmentation par an). On évoque généralement que 1 point de TVA correspondrait à 15 milliards d'euros. Or, cette hausse qui apporterait 60 milliards d'euros ne serait pas consacrée à réduire le déficit voire rembourser la dette, mais à réduire de 5,5% à 0% la TVA des produits de première nécessité, d'une part, et à faire une baisse des charges salariales, d'autre part (ce qui s'appellerait une TVA sociale).

Or, cette mesure considérée "de droite" n'est économiquement pas forcément pertinente. Alain Madelin l'avait déjà rappelé, les transferts entre cotisations sociales et TVA ne sont pas évidentes ni simples à faire, et dans tous les cas, ce sont les consommateurs qui paieraient. Du reste, il faut rappeler la rapidité à laquelle François Hollande, fraîchement élu Président de la République, était revenu en été 2012 sur la hausse de la TVA décidée par Nicolas Sarkozy quelques mois auparavant. L'incohérence ne semblerait pas déranger l'ex socialiste.

Mais qu'importe ! Le maître mot de François Hollande, c'est unir. Justement, "Unir" est le titre de son livre-programme de 304 pages qui est sorti ce jeudi 3 septembre 2026 chez Robert Laffont. D'où la présence médiatique très intense. Avant d'attirer des électeurs, François Hollande voudrait d'abord attirer des lecteurs, pour leur balancer ses quatre-vingts mesures pour 2027.

Comme on vient de le voir pour la retraite et la TVA, les mesures du nouveau François Hollande pourraient aller à contre-courant du programme socialiste, et c'est normal. Son objectif, c'est de devenir un recours non seulement pour la gauche non mélenchoniste, mais également pour le Bloc central et le centre droit qui ne croiraient plus en Édouard Philippe ni en Gabriel Attal.
 

Prenons quelques extraits du livre de François Hollande.

Son expérience politique : « Les Français me connaissent. Nul besoin de faire les présentations. Ils m'ont découvert député aux côtés de François Mitterrand, puis chef de parti pour seconder Lionel Jospin à Matignon, puis élu corrézien, dans mes rapports teintés d'humour avec Jacques Chirac, enfin Président, au terme d'un parcours qui m'a conduit d'une position solitaire qu'on pensait rédhibitoire jusqu'à l'Élysée. J'ai connu la joie des victoires et l'amertume des défaites où l'on se sent soudain si seul. Jamais je n'ai renoncé. Ma passion du sport m'a convaincu que les chutes les plus lourdes n'interdisent pas les remontées spectaculaires. Quant au jugement sur mon quinquennat, je suis lucide sur les déceptions qu'il a pu engendrer, les incompréhensions envers certaines de nos décisions (…). Mais, pour l'essentiel, je ne crois pas m'être trompé. ».

Le risque de l'extrême droite au pouvoir : « Trop de nos concitoyens sont prêts, faute d'espoir et de perspectives collectives, à renverser la table, à soutenir ceux qu'ils n'ont pas essayés [dans le livre, l'accord n'est pas fait !], à se jeter dans un inconnu pourtant trop connu, parce qu'ils rejettent l'impuissance de ceux qui jusque-là s'identifiaient au pouvoir ! À l'horloge de l'histoire, il est minuit moins le quart. Si nous n'agissons pas, il sera trop tard. Si nous ne proposons rien de juste, de convaincant et de fort, le basculement est possible. ».

La social-démocratie aujourd'hui : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère marquée par l'offensive des empires contre l'Europe, l'irruption de la guerre, les atteintes de notre souveraineté, la révolution de l'intelligence artificielle, la montées d'inégalités vertigineuses, le gonflement de la dette publique et le retard de nos capacités productives ; sans occulter les menaces qui pèsent sur les libertés. (…) Fondée sur la raison et pratiquant la nuance, la social-démocratie est mal armée pour répondre aux simplismes des populistes et aux objurgations de la radicalité. C'est de la robustesse qu'on attend d'elle et de l'audace dans les choix face aux transformations à venir. Son projet ne peut plus être celui d'une partie, même significative, du pays. Il doit rassembler des citoyens qui, de la gauche, retiennent l'exigence de justice sociale, et au-delà d'elle, ceux qui sont conscients que les changements nécessaires pour affronter les bouleversements climatiques appellent cohésion et courage. (…) Il n'est de projet que s'il s'adresse à tous et si, écartant les dogmes, les prés carrés et les factions, il fixe une direction claire au pays pour qu'il réussisse les transitions que l'époque justifie. ».

On le comprend donc : bien que non candidat, François Hollande est déjà en campagne. Il débattait avec Édouard Philippe le 29 août 2026 à Sens, sur LCI, puis le 3 septembre 2026, il est allé visiter la foire de Châlons-en-Champagne, avant de se rendre à la fête de la rose à Frangy-en-Bresse la semaine suivante et de multiplier les séances de dédicaces de son livre un peu partout en France.

Il a justifié le 2 septembre 2026 sur France Inter pourquoi il ne participerait pas à la primaire socialise : « Je ne suis pas candidat à la présidentielle aujourd’hui, donc pourquoi irais-je dans une primaire où il n’y a que des candidats. (…) Je n’ai pas à être candidat à une procédure interne alors que j’ai été Président. ». Il a confirmé le 3 septembre 2026 à Châlons-en-Champagne, sur France 3 Grand Est, son calendrier : « Si je me lance, c'est au bon moment. Je suis un ancien président, je connais ce qu'est une campagne présidentielle et c'est long. (…) Ce sera à la fin du mois de décembre que je ferai connaître ma décision. ».

Derek Perrotte, dans son éditorial du 2 septembre 2026 dans "Les Échos", a ainsi ironisé : « C'est l'histoire d'un éléphant qui vise un trou de souris. François Hollande en est convaincu. Lui, Président en 2027, ça peut passer. Le rechangement, c'est maintenant ! ».

Quant à lui, Nicolas Domenach a apporté le 4 septembre 2026 dans le magazine "Challenges" une clef d'explication à tout ce remue-ménage hollandais. Si les propositions ne sont plus dans le credo socialiste, c'est parce que François Hollande voudrait flirter avec le MoDem.
 

L'éditorialiste politique a en effet cité l'indiscrétion d'un « cadre socialiste » (visiblement très remonté contre François Hollande) : « Ce qu’il vise en réalité, c’est le soutien du MoDem pour faire un dépassement au centre droit après l’effondrement de la candidature Glucksmann. À l’Assemblée, il passe beaucoup de temps à discuter avec le président du groupe, Marc Fesneau. Et comme le MoDem ne veut ni d’Attal ni de Philippe, ça tombe bien… ».

Le MoDem devrait pourtant avoir un peu de mémoire. Lorsque François Bayrou, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2012, avait apporté son soutien à François Hollande, ce dernier s'était montré particulièrement ingrat en refusant de l'intégrer dans sa majorité et en rejetant toute ouverture centriste, même deux ans plus tard avec la nomination de Manuel Valls à Matignon. Cela a même coûté au président du MoDem sa circonscription des Pyrénées-Atlantiques. François Bayrou avait toutefois tourné la page, au point de nommer Manuel Valls ministre d'État lorsqu'il est devenu Premier Ministre en 2024.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
La petite musique de François Hollande.
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Julie Gayet.
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