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La stratégie du gouvernement fédéral en matière d’IA, attendue de longue date, ne s’attaque pas aux effets environnementaux et climatiques du déploiement rapide d’infrastructures liées à l’intelligence artificielle, comme les centres de données.
Ottawa prévoit une expansion importante de l’IA au Canada, dont 850 mégawatts pour des centres de données d’IA financés par des fonds publics et privés d’ici 2030. La stratégie anticipe que le Canada aura besoin de 5,5 gigawatts de capacité de calcul dans des centres de données commerciaux au cours des quatre prochaines années, ce qui équivaut à la consommation annuelle d’électricité par des millions de foyers.
Le document met l’accent sur un déploiement rapide de l’IA dans l’ensemble de la société canadienne. Il comprend une Initiative nationale de littératie en IA visant un million d’étudiants postsecondaires, qui auront accès à des « agents » d’IA. Ottawa promet aussi de créer jusqu’à 250 000 opportunités d’emploi liées à l’IA d’ici 2031 — année où, selon la stratégie, l’IA représentera près de 200 milliards de dollars en gains de PIB pour l’économie canadienne.
Un seul encadré du document de 49 pages est consacré aux effets environnementaux de l’IA. On y reconnaît que les centres de données d’IA exigent beaucoup d’énergie et augmentent la consommation d’eau, mais aucune nouvelle mesure n’est proposée pour limiter ces effets.
Le gouvernement fait plutôt valoir que le climat hivernal froid du Canada et son projet de doubler la taille du réseau électrique placeront le pays en position favorable, promettant « l’expansion de l’énergie propre, des normes environnementales rigoureuses et des retombées tangibles pour les collectivités locales ».
Le document ne précise toutefois pas comment le gouvernement fédéral entend y parvenir ni à quoi ressembleraient ces « normes environnementales rigoureuses ». Il ne prévoit aucune mesure pour garantir que les centres de données utilisent de l’énergie renouvelable.
Le ministère de l’Environnement tenu à l’écart
« L’idée selon laquelle les intérêts économiques pourraient être dissociés des conséquences de ces technologies pour les personnes et la planète est un faux choix », affirme Joanna Redden, professeure agrégée à l’Université Western, à London, en Ontario, et codirectrice du Data Justice Lab, établi au Royaume-Uni.
La stratégie est le résultat d’un processus de plusieurs mois, auquel ont participé plusieurs ministères. Environnement et Changement climatique Canada semble toutefois avoir été tenu à l’écart.
Une note d’information lourdement caviardée obtenue par le Canada’s National Observer au moyen d’une demande d’accès à l’information révèle que des fonctionnaires d’Environnement et Changement climatique Canada n’ont pas été invités à une réunion du 15 janvier 2026 sur la stratégie en matière d’IA. Des sous-ministres de six ministères et organismes y ont participé, dont Finances Canada ; Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE) ; Services partagés Canada ; Emploi et Développement social Canada ; le Bureau du Conseil privé et le Secrétariat du Conseil du Trésor. Au moment où ces lignes étaient écrites, ISDE n’avait pas répondu à une demande de commentaires.
Le gaz naturel et l’eau absents du document
La stratégie fédérale présente les effets environnementaux de l’IA comme une occasion concurrentielle, en vantant la nouvelle Stratégie nationale de l’électricité du Canada, qui prévoit le doublement du réseau électrique d’ici 2050.
Elle ne mentionne pas que cette stratégie permet un recours accru aux crédits compensatoires de carbone afin de faciliter la construction de nouvelles installations de production électriques émettrices de GES, notamment au gaz naturel.
En fait, le gaz naturel n’est pas mentionné du tout dans la stratégie sur l’IA, même si des dizaines de centres de données proposés dépendent du gaz comme source d’énergie, particulièrement en Alberta.
Une analyse récente de l’Institut Pembina a conclu qu’un seul site de centre de données — le projet Wonder Valley de Kevin O’Leary, dans le nord de l’Alberta — produirait jusqu’à 30,5 mégatonnes d’émissions par année, effaçant à lui seul toutes les réductions d’émissions réalisées par l’Alberta grâce à l’abandon progressif de la production d’électricité à partir du charbon.
De même, la stratégie ne propose aucune nouvelle politique pour protéger l’eau au Canada contre les effets cumulatifs du refroidissement et de l’alimentation électrique des centres de données. Une analyse récente du Canada’s National Observer a révélé que les trois quarts des centres de données prévus en Alberta se trouvent dans des régions soumises à un stress hydrique élevé ou extrêmement élevé.
Consultation parallèle
« On peut voir les coûts humains, financiers et environnementaux considérables qu’entraîne l’introduction trop rapide de l’IA, sans surveillance adéquate », indique La professeure Joanna Redden.
Mme Redden a contribué à organiser la Consultation populaire sur l’IA, une démarche parallèle à la consultation officielle du gouvernement fédéral, tenue en octobre 2025, qui a alimenté la stratégie sur l’IA.
Des dizaines de groupes de la société civile ont boycotté la consultation officielle, notamment en raison des questions posées, que Mme Redden jugeait « orientées de manière à suggérer que l’adoption de l’IA est inévitable et ne produira que des résultats positifs ».
Aucune des 26 questions de la consultation ne mentionnait l’environnement. À l’inverse, plus de 50 % des répondants à la Consultation populaire sur l’IA ont soulevé des préoccupations environnementales et proposé des solutions, notamment des règles de transparence plus strictes sur les émissions et l’utilisation de l’eau.
« Il faut soumettre les centres de données hyperscale [à très grande échelle] à des normes d’examen et de consultation plus élevées que celles qui existent actuellement », affirme Anne Pasek, professeure agrégée en médias, culture et environnement à l’Université Trent, à Peterborough, en Ontario.
« Comme on l’a vu avec de nombreux centres de données controversés aux États-Unis et ailleurs, lorsque l’industrie perd son acceptabilité sociale, cela se traduit souvent par d’autres retards et annulations », conclut-elle.
Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.


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