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La nostalgie et la famille gardent la Classique Héritage pertinente

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WINNIPEG – Une traduction plus appropriée de la Classique Héritage serait de l’appeler « la Classique du patrimoine ». Cela traduirait peut-être mieux l’idée d’un sport ancré dans ses racines, d'un sport qui se partage et se transmet. Le hockey n’est pas simplement donné en héritage.

Réglons une chose d'emblée : d’un point de vue télévisuel, ou en tant qu’outil de marketing visant à susciter la curiosité des amateurs, les matchs en plein air de la LNH n’ont plus l’aspect nouveauté qu’ils avaient à l’origine. Et son aspect mercantile est indéniable.

Mais à entendre les gens impliqués dans l’événement, qui ont tous leur histoire liée au fait de jouer au hockey à l’extérieur, la Classique Héritage à laquelle participeront le Canadien et les Jets de Winnipeg, dimanche, va au cœur de leur relation avec le sport qu’ils aiment.

Martin St-Louis, par exemple, garde de bien meilleurs souvenirs du temps qu’il a passé à la patinoire du coin que dans n’importe quel aréna. Ces moments privilégiés à jouer sous les réflecteurs, où le petit Martin croyait l’heure plus tardive qu’elle ne l’était vraiment, et qui lui apportaient la gratification de pouvoir jouer avec les plus vieux.

C’était du sérieux.

St-Louis n’a jamais joué dans un match en plein air durant sa carrière dans la LNH. Or, après avoir dirigé l’entraînement du Canadien samedi soir au stade Princess Auto, la symbolique ne lui échappait pas.

 Ce match-là représente beaucoup ce qu’apporte le hockey, a-t-il dit. On va le jouer à sa forme la plus pure en jouant dehors. 

Quand il était jeune, Josh Anderson avait un père particulièrement dédié qui concevait pour la famille une petite patinoire dans la cour arrière. L’évocation de ces souvenirs l’a fait sourire.

 Je marchais toujours dans la maison avec mes patins dans les pieds et des protège-lames, s’est rappelé Anderson. Je rentrais pour engouffrer un repas et je ressortais tout de suite. Mais il m’avait bel et bien fait une patinoire dans la cour arrière… et il avait inondé le sous-sol au passage. Il faut ce qu’il faut, j’imagine! 

La patinoire du coin, la glace de fortune derrière la maison, ou les matchs de hockey sur un étang gelé, ce sont des images d’Épinal au Canada. Elles suscitent la nostalgie.

Mais elles existaient tout autant pour Juraj Slafkovsky en Slovaquie.

« Quand j’étais petit, les hivers étaient assez bons… ils le sont moins aujourd’hui, a raconté Slaf. On avait une grosse surface de glace – on ne peut pas appeler ça une patinoire – juste devant chez moi. Et tous les hivers, je patinais là continuellement. On était limités à l’aréna à une heure ou une heure 15 de glace, tandis que dehors, je pouvais y être pendant des heures! »

Une affaire de famille

Les familles du Canadien et des Jets de Winnipeg ont été invitées à participer à la fête. Anderson, par exemple, est accompagné dans la capitale manitobaine d’une quinzaine de membres de sa famille, dont certains l’ont rejoint sur la patinoire du stade Princess Auto au terme de l’entraînement.

 En grandissant, ma famille a fait beaucoup pour moi et m’a donné toutes les chances de connaître du succès dans la vie, a-t-il dit. D’avoir des événements comme ceux-là et qu’ils puissent me voir jouer dans un match en plein air comme celui-là est vraiment cool. Et juste de tous les voir sur la patinoire avec moi – avec entre autres ma petite fille – c’est vraiment spécial. 

Chez le Canadien, plusieurs vivront l’expérience d’un match extérieur pour la première fois, dimanche. Selon St-Louis, il est de bon aloi que les familles y participent.

 On a la chance de faire des choses extraordinaires dans la vie en pratiquant le sport qu’on aime, mais elles ne le seraient pas autant si on ne les partageait pas avec les gens qui nous ont aidés à nous rendre là où on est. 

La routine du Canadien a été bouleversée dans les dernières heures avec un entraînement en soirée et des moments privilégiés que les joueurs passent avec les proches. C’est valorisé, ce n’est pas du temps perdu par l’équipe.

Mais malgré le contexte exceptionnel, l’enjeu de la rencontre de dimanche n’échappe à personne : le Canadien a certes joué comme il devait jouer face aux Blackhawks de Chicago, vendredi, mais il doit se donner un certain élan pour poursuivre son voyage de quatre matchs de la bonne façon en l’absence de son capitaine Nick Suzuki.

Dans la famille pour toujours

Les concepts de patrimoine et de famille élargie résonnaient ailleurs aussi. Car en marge de la Classique Héritage, des anciens du Canadien étaient aussi venus affronter d'anciens Jets au Centre Canada Life.

Plusieurs de ces anciens joueurs avaient pris le même vol en direction de Winnipeg, et avaient constaté que l’avion était bondé d’amateurs du Canadien.

Des photos ici et là, une dédicace pour un livre, un enfant arborant un chandail de l’équipe qui défile dans l’allée de l’avion à la recherche d’autographes… Il y avait quelque chose de fascinant à voir s’entremêler les partisans d’une équipe et d’anciens représentants de cette même équipe, eux-mêmes rapprochés du statut d’amateur par leur retraite et par la classe économie d’un vol commercial.

Tout le monde s’en allait à la même place et tout le monde célébrait la même chose.

Le lendemain matin, dans le vestiaire des anciens Canadiens, des joueurs qui n’ont pas tous été coéquipiers se sont retrouvés. Certains ne s’étaient jamais rencontrés. D’autres font carrément partie d’une génération différente. Pourtant, ils ont en commun une réalité très particulière, celle d’avoir vécu ce que c’est que de jouer pour le Canadien de Montréal.

C’est presqu'un lien de sang.

 C’est malade, c’est vraiment le fun, s’est exclamé l’ancien joueur de centre David Desharnais. Quand on joue, il faut performer et on ne peut pas en profiter trop, parce qu’on ne veut pas perdre sa place. Tu dois toujours être à ton top et tu ne peux pas laisser passer le bateau. 

 Mais maintenant, tu peux prendre conscience de ce que tu as fait, avec qui tu as joué, et de revoir tous les gars. Je trouve ça spécial à chaque fois.

L’ancien capitaine Mike Keane, qui est originaire de Winnipeg, était le doyen à ce match des anciens. Cela fait des années qu’il n’a pas enfilé l’uniforme du Canadien. Pourtant, la sensation demeure la même.

« Ça a été un fait saillant de ma carrière que de jouer à Montréal pendant huit ans, a mentionné l’homme de 59 ans. J’ai des frissons à chaque fois que je retourne dans l’environnement du Canadien. C’est difficile de décrire aux gens qui ne sont pas impliqués, mais je présume que c’est semblable au fait d’avoir été associé aux Yankees de New York. »

 Le Canadien de Montréal est toujours resté quelque chose de très spécial pour ma famille. 

Le concept peut paraître éculé aux yeux de certains. Mais tant qu’il y aura des joueurs pour qui les matchs en plein air réveillent de beaux souvenirs, tant qu’il y aura des familles heureuses d’y participer et de célébrer, tant qu’il y aura des anciens pour constater qu’ils sont habités par un indélébile sentiment d’appartenance, et tant que des enfants chasseront naïvement les autographes, les événements comme la Classique Héritage mériteront de continuer.

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