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En France, la mort est encore très souvent taboue. Pourtant, chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voir même communiquer avec les défunts... Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Amélie Beaucour est partie à la rencontre d'une médium, au Havre, sur la côte ouest du pays.
La salle est pleine à craquer. Ce soir-là, au Havre, en Normandie, 400 personnes ont fait le déplacement jusqu'à ce théâtre. Dans un tailleur noir impeccable, Virginie déambule dans les allées, micro à la main. À peine le public assis, les défunts se présentent déjà à côté de leur vivant, affirme-t-elle.
Surnommée « la médium du peuple » par celles et ceux qui viennent la consulter, cette grande brune aux yeux bleus exerce aussi bien en séance publique, comme ce soir, qu'en privé, dans son cabinet. Dans les coulisses, elle se confie sur son métier : « Lors d'une journée type, je suis en consultation toute la journée dans mon bureau. J'ai mon consultant. Les défunts se présentent autour de lui. Nous, on fait les réservations avec un prénom. Pas de date de naissance, pas de nom de famille. Vous ne devez donner aucune information. Vous ne montrez pas les photos tout de suite. Aux défunts de se manifester autour du vivant, vous voyez ? Parce qu'après, ça peut s'apparenter à du mentalisme, à de la fine psychologie. Cela, malheureusement, il y en a beaucoup dans ce milieu. »
Interrogée sur la manière dont ces manifestations se produisent, elle explique : « Tous les canaux vont être actifs. Les défunts vont se présenter parfois avec leur prénom, avec uniquement la première lettre de leur prénom, et le défunt va se placer à côté de mon vivant, de manière à ce que je sache qui est qui. Si on a perdu notre père ou notre grand-père, ils ne vont pas se positionner de la même manière, à côté de vous. On a d'ailleurs une présence d'une dame décédée, une grand-mère, dans la lignée paternelle. »
Cette présence invisible désarçonne autant que les détails très précis que perçoit Virginie. Être médium, c'est aussi devoir porter le poids de certains messages et vivre avec des images obsédantes. « Un jeune homme sur un accident de mobylette et il n'y avait pas de casque à l'époque, c'était l'arrière de son crâne qui a tapé sur le trottoir. L'image était horrible. Je l'ai vécu pendant trois ou quatre jours. Cette image m'a hanté pendant plusieurs jours. La mort des enfants aussi, c'est compliqué », confie-t-elle.
Virginie raconte qu'elle avait cinq ans lorsque ce don s'est manifesté chez elle pour la toute première fois. Il a ensuite pris une place de plus en plus importante dans sa vie, jusqu'à la pousser à quitter son travail pour se consacrer entièrement à la médiumnité. « J'ai été 13 ans dans la police municipale du Havre, j'étais brigadier-chef principal. Je ne pouvais plus être sur deux activités à la fois, c'était trop fatigant. Sur mes repos, on me demandait des séances. À un moment donné, il a fallu faire un choix. Aujourd'hui, je ne me vois pas faire autre chose, redonner le sourire à toutes ces personnes. Certains pensent que la médiumnité, c'est quelque chose de triste. Vivez-le en salle et on en reparle. »
Personnage surprenant de franchise mais aussi de douceur, l'ancienne policière devenue médium exerce avant tout pour réparer les vivants.
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