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La mort est mon métier: «Je m'adresse à la personne décédée» confie le nettoyeur post-mortem [2/4]

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En France, la mort est encore très souvent taboue et pourtant chacun y est confronté. Elle fait aussi partie du quotidien professionnel de milliers d'hommes et de femmes du milieu funéraire. Autopsier les dépouilles, inhumer les corps, voire communiquer avec les défunts… Cette semaine, RFI vous emmène à la rencontre de celles et ceux qui travaillent avec la mort. Ce mardi, Amélie Beaucour a poussé la porte d'un appartement du centre-ville de Strasbourg, dans l'est de la France, où intervenait un nettoyeur post-mortem.

« Là on va entrer dans un appartement où il y a eu une découverte tardive, c'est-à-dire de plusieurs jours, semaines ou mois. » Martel Julien est nettoyeur post-mortem. « On nettoie les traces laissées par le décès, qu'il s'agisse de découverte tardive, de suicide, d'homicide ou d'attentat. »

Pour entrer dans ce logement, les surchaussures sont obligatoires, mais le masque lui est optionnel. « Vous sentez un peu l'odeur normalement », mentionne Martel Julien. L'odeur caractéristique laissée par la mort est bien présente même si la pièce a été aérée lorsque le corps a été pris en charge par les services de médecine légale. Dans la pièce principale ne reste plus qu'un fauteuil vert foncé recouvert d'une épaisse couche de matière difficilement identifiable, qui a ruisselé sur le plancher : « La personne est morte sur son canapé et est restée là pendant un bon moment. On voit des écoulements de fluides corporels qui ont recouvert le sol de part en part de la pièce. Là, on va devoir nettoyer ces affaires souillées, chercher des infiltrations dans le sol et découper le canapé pour désinfecter correctement le logement », détaille le nettoyeur post-mortem.

Julien Martel, chef d'entreprise spécialisé dans le nettoyage post-mortem

Cela fait dix ans que Julien Martel a monté son entreprise spécialisée dans le nettoyage post-mortem, après s'être formé en microbiologie : « Si vous passez au microscope les fluides que vous avez vus, vous observerez des bactéries… Certaines peuvent être mortelles. Si on en oublie des traces dans l'appartement, il y a tout pour le développement bactérien : de la matière, peu de lumière et une température stable », explique-t-il.

Son outil de travail : une camionnette noire pour se déplacer dans toute la France avec son épouse et associée. À l'intérieur, des boîtes empilées contiennent le nécessaire pour les interventions. « Ici on a tout ce qui nous sert de protection : gants, surchaussures, masques, combinaisons… Au fond, les produits qu'on utilise. Il y en a seulement deux : un pour dégraisser, un autre pour rincer et travailler différemment la matière. Puis là le matériel électroportatif pour les travaux plus lourds, s'il y a par exemple du sol ou des parois à démonter. Et, à l'arrière du camion, on a de grandes poubelles jaunes qui nous servent à collecter ce qui a été souillé. Le canapé découpé en morceaux ira dans ces poubelles. »

« Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte »

Julien Martel reste pudique sur les interventions qui ont pu le marquer. Des scènes difficiles qu'il faut extérioriser afin de préserver sa vie personnelle. Avec son métier, son rapport avec la mort n'a pas changé. Mais plutôt celui avec la vie. « Mais pour la mort, non, ça n'a rien changé car je ne pense pas que tout s'arrête quand on meurt. C'est pour ça aussi que je toque systématiquement avant de rentrer. C'est une question de respect. C'est aussi pour ça que, quand je sens que je ne suis pas seul ou que l'ambiance est, comment vous dire, un peu électrique, je parle. Je m'adresse à la personne décédée. Je me présente, je lui dis pourquoi je suis là, ce que je vais faire, etc. Imaginez que la personne ne sait pas qu'elle est morte : comment réagiriez-vous ? Vous êtes dans votre salon et vous voyez débarquer quelqu'un chez vous ? Alors on peut dire : "Ce mec-là, il est taré", je m'en fiche. »

D'apparence impassible, le chef d'entreprise avoue prendre très à cœur un autre aspect de son métier : être une oreille attentive pour les familles qui le sollicitent, des clients qui deviennent parfois des amis.

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