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La manie de Donald Trump de vouloir tout renommer est plus lourde de sens qu’il n’y paraît

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Lac Ontario, détroit d’Ormuz, golfe du Mexique… Que ce soit pour se rendre hommage à lui-même ou pour glorifier les États-Unis, le président américain renomme à tout va.

Quand il n’est pas occupé à déclencher des guerres ou à invectiver des journalistes, Donald Trump a une autre passion : renommer des lieux. Il a ainsi décrété que le lac Ontario deviendrait le « lac d’Amérique », quelques jours avant de suggérer, le mercredi 2 septembre sur sa plateforme Truth Social, de « rebaptiser le détroit d’Ormuz le “détroit Trump” », pour célébrer le fait que les États-Unis en auraient « maintenant le contrôle ».

Ces initiatives avec les toponymes ne sont que les dernières d’une très longue série, entamée dès son retour au pouvoir quand il a renommé le golfe du Mexique « golfe d’Amérique ». Le président américain a aussi entrepris de rebaptiser plusieurs institutions étasuniennes comme le Kennedy Center et l’Institut américain pour la paix, auxquels il a annoncé apposer le nom « Trump ».

Comme souvent avec le locataire de la Maison Blanche, ce n’est pas parce que les choses sont dites qu’elles se réalisent. Le Canada ne reconnaît pas plus le nom « lac d’Amérique » que le Mexique le toponyme « golfe d’Amérique ». Certains renommages en territoire américain ont même été retoqués par la justice. Pour autant, cette obsession trumpiste de changer les noms des lieux pour se glorifier lui-même ou pour glorifier l’Amérique est loin d’être anodine, comme l’ont expliqué les experts contactés par Le HuffPost.

La preuve d’une « simple mégalomanie » ?

La première explication est à trouver dans le narcissisme de Donald Trump. « Promouvoir son nom à lui, l’imposer sur un certain nombre de hauts lieux […] c’est souvent analysé comme du culte de la personnalité ou de la mégalomanie et c’est une dimension tout à fait réelle », estime le géographe politique Frédéric Giraut, titulaire de la Chaire Unesco « Dénommer le Monde » à l’Université de Genève, pour qui il y a « aussi une forme de continuité avec son activité de promoteur immobilier ».

Ce parallèle est aussi fait par Lauric Henneton, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. « Il ne faut jamais oublier d’où vient Donald Trump géographiquement et professionnellement, pointe-t-il, c’est le petit gars du Queens qui a quelque chose à prouver et c’est un homme du bâtiment, un secteur où certains mettent leur nom sur leurs achats ou leurs constructions. »

« On ne peut pas se contenter d’analyser ces initiatives toponymiques comme une simple mégalomanie spontanée, il y a une stratégie derrière », nuance toutefois Frédéric Giraut. Selon lui, l’objectif de Donald Trump est de « transformer en capital politique le capital marchand et symbolique derrière la marque “Trump” », construite lors de sa carrière en téléréalité et dans l’immobilier.

« Quand le tampon “Trump” est posé sur un haut lieu, c’est une manière de proposer au peuple MAGA d’être associé à sa conquête, à son marquage, à son appropriation », expose le géographe. On peut citer l’exemple du Kennedy Center, perçu par les électeurs trumpistes comme une institution « wokiste », élitiste et déconnectée. La décision de le renommer a surtout servi à « faire hurler les milieux culturels » dans un geste « populiste » pour « ravir les sphères MAGA », abonde Lauric Henneton.

Une démarche « impérialiste » voire « suprémaciste »

Plus qu’une démarche narcissique ou anti-woke, le jeu du président américain avec les noms est profondément impérialiste, quand il s’agit d’imposer un renommage à des pays voisins ou, plus récemment, aux pays du Golfe. « Nommer s’est s’approprier », affirme Lauric Henneton, rappelant que Donald Trump « n’est ni le premier, ni le dernier » à s’être essayé à l’exercice.

« C’est comme s’il s’agissait de promouvoir l’idée d’une Amérique triomphante qui s’étendrait au-delà de ses frontières pour satisfaire les attentes de l’électorat MAGA », décrypte Frédéric Giraut, qui voit aussi dans les « initiatives toponymiques » de la Maison Blanche « une dimension suprémaciste », où les noms d’origine laissent la place à des appellations occidentales.

« Ormuz », dérivé du persan, laisse la place à « Trump », tandis qu’« Ontario », hérité de l’iroquois, est remplacé par « Amérique », qui vient d’Amerigo Vespucci, l’explorateur italien du continent avant sa colonisation par les Européens. « Pour chaque cas, on va trouver des raisons contextuelles, mais c’est toujours le même processus d’effacement », constate Frédéric Giraut.

Une revendication de « puissance » … qui révèle surtout des faiblesses

Les deux spécialistes contactés par Le HuffPost s’accordent sur un point : ces changements de noms à tout va sont loin de prouver la puissance de Donald Trump. « Les États-Unis interviennent dans le détroit d’Ormuz, mais ils n’en sont même pas bordiers », souligne Frédéric Giraut, pour qui le renommage en « détroit Trump » est « une revendication de puissance qui risque de se heurter à une fin de non-recevoir ».

« Il s’agit plutôt pour Donald Trump, en dernier recours et face à l’impasse militaire et diplomatique, de prétendre qu’il est souverain sur cet espace, poursuit le géographe, ça acte surtout le fait qu’il est en échec total. » « Ça se veut un acte de puissance, mais ça dénote plutôt l’impuissance des États-Unis », confirme Lauric Henneton, selon qui la guerre avec l’Iran a écorné la crédibilité géopolitique des États-Unis à un niveau qui est « préoccupant » compte tenu des appétits russes et chinois.

Cette question de la crédibilité se pose aussi vis-à-vis de ses voisins et alliés historiques, ajoute l’expert, arguant que « non seulement Donald Trump ne rétablit pas la grandeur de l’Amérique, mais [qu’]il casse son image à l’étranger ». Loin de régler ses problèmes de fond, notamment la conjoncture économique défavorable en amont des midterms, les jeux du président américain avec les toponymes réussissent surtout une chose : faire encore parler de lui.

« Il joue avec ses homologues, avec les journalistes, etc. Il se sait observé et il adore ça », analyse Lauric Henneton, pour qui ce Trump « joueur » pratique une fois de plus le « trolling ». En renommant des lieux sur le ton de la provoc’, « il y a un jeu qui est assez classique, une forme d’impérialisme, mais 2.0 », conclut-il.

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