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Dimanche, les électeurs de Saxe-Anhalt décideront si l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti d'extrême droite, aura pour la première fois un ministre-président dans un Land allemand.
La conséquence de cela serait une flambée de violence contre les migrants, les juifs et la gauche, un renforcement de la surveillance et de la répression policières, une attaque frontale contre l'éducation et la culture, ainsi que la réhabilitation du régime nazi. Même le Bauhaus de Dessau, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, ne serait pas à l'abri des ravages des barbares d'extrême droite.
Comment en est-on arrivé là? Sans répondre à cette question, il est impossible d'arrêter la progression de l'extrême droite en Saxe-Anhalt et dans toute l'Allemagne.
La montée de l'AfD est un symptôme et non la cause du problème. Elle surfe sur une vague de sentiment droitier qu'elle n'a pas elle-même déclenchée, mais qui a des racines profondes dans la société.
Une classe dirigeante qui mobilise des centaines de milliards pour la guerre et le réarmement afin de rendre l'Allemagne à nouveau «bonne à la guerre», après deux guerres mondiales catastrophiques au XXe siècle, tout en dépouillant des millions de travailleurs de leur emploi, de leur salaire, de leur retraite et de leurs prestations sociales, a en fin de compte besoin des fascistes. Ce programme ne peut être mis en œuvre par des moyens démocratiques. C'est pourquoi tous les partis établis renforcent l'appareil d'État, s'attaquent aux droits démocratiques et intensifient la répression contre les réfugiés. En réalité, les partis qui sollicitent aujourd'hui les électeurs en promettant de faire barrage à l'AfD sont ceux-là même qui ont pavé la voie pour sa montée et se préparent à collaborer avec elle.
Lorsque Donald Trump a remporté pour la seconde fois l'élection présidentielle américaine en novembre 2024, le World Socialist Web Site écrivait: «Il [Trump] n'est pas un accident politique... l'arrivée au pouvoir d'un deuxième gouvernement Trump représente un réalignement violent de la superstructure politique américaine pour la faire correspondre aux véritables rapports sociaux existant aux États-Unis.» Il en va de même pour l'Allemagne et la montée de l'AfD.
Depuis quatre décennies maintenant, la population active subit des attaques incessantes contre ses revenus et ses droits sociaux. L'Allemagne compte aujourd'hui plus de 200 milliardaires en dollars, autour de 5 000 individus ultra-riches possédant une fortune supérieure à 100 millions de dollars, et plus de 700 000 millionnaires. Cette élite financière, qui représente ensemble moins de 1% de la population, détient un peu moins de 53 % de l'ensemble des actifs financiers. À l'autre bout de l'échelle sociale, 21,2 % de la population sont touchés par la pauvreté ou l'exclusion sociale; en Saxe-Anhalt, ce chiffre atteint 24,1 %.
En Allemagne de l'Est, cette redistribution a pris des formes particulièrement brutales. Après la réunification de la RDA (République démocratique allemande) avec la République fédérale, la Treuhand — fondée par le Parti du socialisme démocratique (PDS), l'ancêtre du Parti de gauche — a détruit plus de 12 000 entreprises, soit en les liquidant, soit en les bradant à des spéculateurs pour une bouchée de pain. Des millions de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance.
En 2003, le gouvernement Schröder-Fischer a démantelé les derniers vestiges de l'État-social au moyen de l'Agenda 2010, condamnant d'innombrables travailleurs à des bas salaires. Aujourd'hui, le gouvernement Merz-Klingbeil intensifie la guerre contre la Russie, injecte des centaines de milliards dans le réarmement et fait payer la facture à la classe ouvrière par des coupes drastiques dans les retraites, la santé et l'éducation. Avec les suppressions massives d'emplois dans l'industrie automobile et d'autres secteurs, il prive la jeunesse de toute perspective d'avenir.
Les rapports sociaux sont tendus à l'extrême. La colère et l'indignation envers les partis établis sont palpables et se reflètent dans tous les sondages. Elles visent la destruction des emplois, la baisse des salaires réels, l'insécurité sociale et une politique de guerre dont la population est censée payer la facture. Mais cette humeur explosive — qui tend en réalité vers la gauche —l'AfD parvient à l’exploiter démagogiquement parce que les partis se réclamant de la gauche mènent une politique profondément anti-ouvrière.
Les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, tout comme l'Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale (CDU/CSU), défendent la guerre, le réarmement et la casse sociale. Les syndicats et le Parti de gauche soutiennent eux aussi, pour l'essentiel, ces politiques et étouffent la résistance sociale.
Trois jours à peine avant l'élection, IG Metall a accepté la suppression de 50 000 emplois supplémentaires chez Volkswagen. La peur d'une résistance de la part des salariés était si grande que le syndicat a avancé d'un jour, dans une opération menée en catimini, la réunion cruciale du conseil de surveillance. Le message était clair: dans la lutte pour l'emploi et les revenus, le syndicat est du côté du capital.
Le Parti de gauche fait tout son possible pour conduire la résistance à l'AfD dans le chenal des partis qui lui ont pavé la voie. Il a voté au Bundesrat [Conseil des Lands] en faveur des crédits de guerre proposés par le gouvernement Merz-Klingbeil et conclut régulièrement des accords avec lui lorsque cela s'avère nécessaire. En Saxe-Anhalt, il a explicitement déclaré son soutien à un gouvernement minoritaire dirigé par la CDU au cas où l'AfD ne parviendrait pas à obtenir de majorité propre. Un tel gouvernement ne ferait que renforcer davantage l'AfD.
L'AfD exploite à des fins réactionnaires le vide politique laissé par la gauche. Elle se pose en parti anti-guerre, alors même qu'elle soutient le réarmement militaire et le renforcement de la répression intérieure, et qu'elle a été la première à réclamer un budget militaire équivalent à 5 % du PIB. Elle promet de meilleures retraites, tout en prônant un budget d'austérité strict et le respect du frein à l'endettement. Et elle cherche à diviser la classe ouvrière en faisant porter aux réfugiés et aux migrants la responsabilité de la crise sociale.
En réalité, l'AfD incarne les intérêts de l'oligarchie financière sous leur forme la plus pure. À l'instar de son modèle et soutien Donald Trump, elle s'efforce d'instaurer une dictature qui intimide et écrase toute opposition sociale, politique et culturelle au capitalisme.
La CDU — tout comme le SPD, les Verts et le Parti de gauche — n'aura aucun mal à conclure un pacte avec ce parti. Ses discours sur un «cordon sanitaire» («pare-feu» en Allemagne) sert avant tout à entretenir de fausses illusions. La crise profonde du capitalisme mondial, la lutte impérialiste pour les matières premières et les marchés, le soutien aux guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que l'écrasement de la lutte des classes, exigent à nouveau des méthodes fascistes, comme dans les années 1930.
En Ukraine, le gouvernement Merz-Klingbeil soutient et finance le régime de Zelensky, qui érige en héros les collaborateurs nazis et meurtriers de masse de la Seconde Guerre mondiale, interdit les partis socialistes et a condamné le militant anti-guerre Bogdan Syrotiuk à 15 ans de prison pour «haute trahison». Quiconque s'allie à de telles forces collaborera aussi avec les fascistes dans son propre pays et réhabilitera le nazisme.
En réalité, ce processus est déjà bien engagé. Dès 2014, l'establishment politique, médiatique et universitaire s'était rangé derrière l'historien d'extrême droite Jörg Baberowski lorsqu'il avait banalisé Hitler et les nazis. En 2020, la CDU de Thuringe, en alliance avec l'AfD, a élu le libéral-démocrate Thomas Kemmerich au poste de ministre-président, tandis que le ministre-président du «Parti de gauche» Bodo Ramelow aidait par son vote le député AfD Michael Kaufmann à obtenir le poste de vice-président du parlement de ce Land. Merz lui-même, courtisé aujourd'hui par tous les partis comme un prétendu chancelier «anti-AfD», a ordonné à son groupe parlementaire de faire adopter, en 2025, une motion au Bundestag (le parlement allemand) en collaboration avec les fascistes.
Dans d'autres pays européens également, la bourgeoisie met en avant des partis d'extrême droite. En Italie, la néofasciste Giorgia Meloni est restée au pouvoir plus longtemps qu'aucun précédent président du Conseil italien, parce qu'elle est soutenue par toutes les fractions clés de la bourgeoisie. En France, la classe dirigeante se rallie au Rassemblement national de Marine Le Pen.
Ce virage à droite ne peut être arrêté par des manœuvres parlementaires impliquant les partis au pouvoir. Ce qu'il faut, c'est une offensive indépendante de la classe ouvrière, dirigée contre la guerre, la casse sociale et leur cause profonde, le capitalisme. Une telle offensive priverait l'AfD du terrain social sur lequel elle propage aujourd'hui sa démagogie et mettrait à nu les clivages de classe: l'AfD ne représente pas les intérêts des gens ordinaires, elle est du côté du capital, du militarisme et de l'État autoritaire.
Les conditions objectives d'une telle offensive se développent rapidement. La résistance à la politique de guerre et d'austérité du gouvernement allemand s'intensifie. Ce qui fait défaut, c'est une perspective et une direction socialistes indépendantes. La lutte contre l'AfD exige une rupture politique d’avec le Parti de gauche et les syndicats, qui s'efforcent d'enchaîner la classe ouvrière au cadavre en décomposition du capitalisme moribond.
Le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP – Parti de l'égalité socialiste) se présente aux élections à la Chambre des députés de Berlin le 20 septembre afin de construire un tel mouvement. Il ne lance pas d'appels creux aux fauteurs de guerre, mais organise la résistance contre les licenciements, les baisses de salaires et les coupes dans les dépenses sociales et, avec ses partis frères du Comité international de la Quatrième Internationale, construit un mouvement mondial contre la guerre et le capitalisme.
Le SGP appelle à la constitution de comités de la base indépendants sur tous les lieux de travail, dans tous les quartiers, les écoles et les universités. Ces comités doivent retirer le pouvoir de décision des mains des directions d'entreprises et des bureaucrates syndicaux, organiser la lutte contre les licenciements, les coupes et la politique de guerre, et s'unir au-delà des diverses entreprises et des frontières nationales au sein de l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC).
Nous faisons appel à tous ceux qui ne sont pas prêts à accepter la montée de l'AfD et l'escalade de plus en plus dangereuse vers la guerre: rejoignez ce combat! Étudiez le programme et la perspective du SGP! Diffusez-les autour de vous, parmi vos amis et collègues! Soutenez financièrement notre campagne électorale et devenez membre du SGP !


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