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«La loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans n’a rien de liberticide»: la lettre ouverte d’un collectif aux sénateurs

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Par Collectif Algos Victima

Le 30 mars 2026 à 17h39

Le texte voté par les députés prévoit que «l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans»

Le texte voté par les députés prévoit que «l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans» Tomasz / stock.adobe.com

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que la proposition de loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans sera examinée en séance à partir de demain, le collectif Algos Victima appelle les sénateurs à ne pas rogner ce texte fondamental pour la protection des enfants.

Algos Victima a été fondé par maître Laure Boutron-Marmion. Le collectif lutte pour la responsabilisation des entreprises développant des algorithmes qui nuisent à la santé des mineurs.


Mesdames, Messieurs les sénateurs,

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À l’heure où vous vous apprêtez à voter le texte adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 26 janvier 2026 portant interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, les membres du collectif Algos Victima, qui ont payé un lourd tribut à ce sujet, entendent vous rappeler combien il est crucial de ne pas revenir sur le principe de cette interdiction. La situation est critique. Elle vous commande de comprendre qu’il n’est malheureusement plus temps au relativisme ni au déni.

La réalité d’aujourd’hui est celle d’une jeunesse exposée quotidiennement, sur les réseaux sociaux, à un environnement mortifère qui entraîne certains d’entre eux dans une spirale dont ils ne sortent pas, avec des tentatives de suicide survenant parfois dès l’âge de 11 ans.

Le signalement du Ministre de l’Éducation nationale au Parquet de Paris à l’encontre de TikTok pour provocation au suicide du 26 mars 2026, ainsi que les décisions rendues les 24 et 25 mars 2026 par les tribunaux d’État du Nouveau-Mexique et de Californie contre Meta et YouTube, viennent une nouvelle fois illustrer une réalité que les parents d’Algos Victima dénoncent depuis plusieurs années sur les effets dévastateurs de ces outils sur la santé mentale des enfants. Une loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans n’a rien de liberticide.

La véritable liberté pour nos enfants n’est-elle pas celle de pouvoir se construire en dehors des bulles algorithmiques dans lesquelles les plateformes les enferment — bulles dont ils sont incapables de se protéger seuls ? La liberté d’expression est devenue un porte-étendard commode qui ne peut plus l’emporter face à l’urgence sanitaire que constituent l’addiction et la souffrance mentale des mineurs liées aux réseaux sociaux. D’autres libertés fondamentales doivent être mises en balance : le droit à la vie et à l’intégrité de la personne, l’exigence de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant ainsi que le principe de sauvegarde de la dignité de la personne humaine, dont les atteintes sont aujourd’hui manifestes.

Que peuvent réellement les parents face au déversoir de contenus morbides et dangereux, non régulés, émanant d’entreprises dont le modèle économique repose sur la captation de l’attention de leurs utilisateurs ?

Vous raterez l’objectif de protection poursuivi si vous décidez de répondre à ce fléau par l’établissement d’une liste noire de réseaux interdits dont on sait qu’il ne répond pas aux exigences du droit européen et par un accès conditionné à l’accord parental pour ceux autorisés. Une telle solution ferait également peser la responsabilité sur les seuls parents, tout en offrant un passeport d’immunité aux plateformes.

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Bien sûr, il est du devoir des parents d’éduquer leurs enfants à l’usage des outils numériques. Mais que peuvent-ils face au déversoir de contenus morbides et dangereux, non régulés, émanant d’entreprises dont le modèle économique repose sur la captation de l’attention de leurs utilisateurs — bien loin des exigences de protection qui devraient prévaloir ?

Les parents ne se dérobent pas à leur responsabilité mais ils attendent un signal clair du législateur. Les parents d’Algos Victima veulent, quant à eux, éviter que d’autres vivent le même désarroi, contraints de faire face à la détresse absolue ou au deuil de leur enfant, pris au piège des contenus mortifères et addictogènes des réseaux sociaux.

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Nous nous faisons également le relais de nombreux parents qui, chaque jour, nous disent combien la perspective de cette interdiction constituerait pour eux un soulagement — le signe d’un réveil collectif face à une réalité trop longtemps ignorée. Grâce aux débats parlementaires, de nombreux Français ont fait entrer cette question dans leur foyer. Face à la pression sociale d’avoir à donner un smartphone à son enfant toujours plus tôt, la loi a été perçue comme le signe d’un autre chemin possible pour la parentalité. Pendant trop longtemps, on a fermé les yeux sur la souffrance psychique et physique que ces outils entraînent chez les jeunes.

Certains voudraient réduire ce discours à celui d’anti-progressistes ou de Cassandre du digital. Nous demandons simplement que la loi reconnaisse enfin une réalité ignorée par les générations qui n’ont pas grandi avec les réseaux sociaux. De tout temps, le rôle du législateur a été de mettre des mots sur certains dangers pour les citoyens — et c’est précisément ce qui doit vous guider dans votre vote.

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