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À première vue, le Kremlin pourrait se frotter les mains avec l'embrasement au Moyen-Orient. La guerre en Ukraine a momentanément disparu des Unes occidentales, le baril de Brent frôle les 83 dollars, et le gaz européen a bondi de plus de 60 % en quelques jours. Une aubaine financière non négligeable pour un pays sous sanctions et à la recherche de soutien pour son effort de guerre.
"Si l'instabilité dans le golfe Persique se prolonge, elle s'accompagnera d'une crise énergétique mondiale, qui augmentera considérablement l'attrait des hydrocarbures russes, malgré les sanctions occidentales", relève Nikita Smagin, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale.
Gains à court terme
La chute des exportations iraniennes profite mécaniquement à la Russie sur le marché pétrolier chinois, où Moscou détient déjà 17,5 % des parts de marché. Autant de revenus supplémentaires qui alimentent directement l'effort de guerre en Ukraine.
Sur le plan militaire, Téhéran a fourni à Moscou un soutien précieux depuis 2022 : obus d'artillerie, munitions de char, roquettes, et surtout les drones kamikazes Shahed-136, devenus une arme de prédilection contre les infrastructures ukrainiennes. Mais la Russie a rapidement acquis une autonomie de production. Elle fabrique désormais ces engins sur son propre sol, sous le nom de Geran-2, à raison de quelque 2 700 unités par mois selon le renseignement militaire ukrainien. Le tarissement potentiel des livraisons iraniennes ne devrait donc pas affecter sensiblement les capacités offensives russes à court terme.
Les exportations russes d'armements vers l'Iran – avions d'entraînement Yak-130, véhicules blindés, hélicoptères d'attaque – ont par ailleurs toujours été calibrées pour ne pas affaiblir le dispositif militaire déployé en Ukraine, priorité stratégique absolue de Moscou.
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C'est plutôt sur le moyen et long terme que les calculs du Kremlin se compliquent. "L'économie russe a besoin de nouveaux canaux pour entrer sur le marché mondial", rappelle Nikita Smagin. Or, une instabilité durable dans le Golfe compromet précisément les routes commerciales alternatives que Moscou cherche à développer depuis les sanctions occidentales.
Les investissements russes en Iran sont également en jeu. Moscou a engagé des capitaux considérables dans le secteur énergétique iranien (pétrole, gaz, nucléaire) et un conflit prolongé pourrait les compromettre. "Sans parler du fait qu'en cas de changement de régime, les forces anti-russes cherchant à réduire la coopération avec Moscou sont susceptibles de prendre le pouvoir à Téhéran", ajoute le chercheur.
Le Kremlin doit également ménager ses relations avec Washington. Vladimir Poutine mise sur une coopération avec Donald Trump dans les négociations sur l'Ukraine, et ne peut se permettre d'apparaître comme le soutien affiché d'un Iran sous les bombes américaines et israéliennes.
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Si les bénéfices russes restent donc mitigés, l'Ukraine, elle, pâtit directement de la situation. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, l'a rappelé sans détour jeudi avant une vidéoconférence avec ses homologues du Golfe : "Des capacités de défense, notamment en matière de défense aérienne, sont transférées au Moyen-Orient alors qu'elles sont encore nécessaires en Ukraine."
Des capacités de défense, notamment en matière de défense aérienne, sont transférées au Moyen-Orient alors qu'elles sont encore nécessaires en Ukraine.
Pour le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius, les événements en Iran risquent d'assécher le marché mondial des missiles Patriot, dont la production annuelle américaine ne dépasse pas 700 unités. Ces missiles sont désormais activement consommés par les États-Unis, Israël et plusieurs pays arabes. L'Europe, qui n'en produit pas, se trouve dans l'impossibilité de pallier ce déficit.
La mort du guide suprême met Poutine en difficulté : "Deux fois en deux mois, Poutine a échoué à accomplir son rôle de sauveur"Un prêt de 90 milliards d'euros de la Commission européenne, dont 60 fléchés pour la défense sur deux ans, pourrait partiellement compenser ces tensions d'approvisionnement. Mais la Hongrie bloque toujours la décision finale. Le dossier ukrainien est, une fois de plus, otage du veto de Budapest.
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