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Créteil changée en « Kureteiyu », La Défense devenant « Ra Defanssu »... La fascination de ceux qui idéalisent tout ce qui vient du Japon est vivement raillée sur les réseaux sociaux.
Créteil changée en « Kureteiyu » ou La Défense devenant « Ra Defanssu »: avec « l'effet Japon », la génération Z tourne en dérision sur les réseaux sociaux la tendance consistant à idéaliser des lieux ordinaires en les « japonisant ». Sur TikTok ou X, des publications présentent ainsi deux images quasiment identiques, mais l'une a un nom à consonance japonaise, une musique d'anime et quelques cerisiers en fleurs... de quoi rendre plus attrayants une ville de proche banlieue parisienne ou le célèbre quartier d'affaires français, expliquent des experts des tendances.
« Le but est de se moquer de l'effet kawaii (mignon) du Japon sur internet, avec ses stéréotypes et ses clichés », explique à l'AFP le vidéaste Rocky Louzembi, 25 ans, connu sur YouTube sous le nom de Rocky Le Vrai. La fascination mondiale pour la pop culture nippone est encouragée depuis plus de dix ans par la stratégie « Cool Japan » du gouvernement nippon, et nourrie par les mangas, les animes, la gastronomie ou la mode.
Pour critiquer cet engouement, certains internautes utilisent l'expression de « Japan glazers » issue de l'anglais « glazing », désignant une admiration jugée excessive pour le Japon. Un Japan glazer « est quelqu'un qui met tout ce qui vient du Japon sur un piédestal tout en dénigrant ce qui vient de son propre pays », explique Rocky Louzembi, spécialisé dans l'analyse de la culture Internet et qui a dédié une vidéo au sujet. Ainsi, cet « effet Japon » tournant en dérision les « glazers », apparu aux États-Unis avant de se diffuser ailleurs, est « de l'humour pur et dur et aussi une forme d'exotisation », pour mieux critiquer les stéréotypes sur le Japon, selon lui.
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Entre satire et fascination
La France est particulièrement friande de cette culture: elle était en 2025 le deuxième consommateur mondial de mangas après le Japon, selon le cabinet d'analyse de marché Statista. Cet appétit incite beaucoup au voyage: le Japon a accueilli l'an dernier un nombre record de 42,7 millions de visiteurs. Selon l'Office national du tourisme japonais, 389 000 touristes français ont visité le pays en 2024, un record depuis 1992.
Mais cette fascination s'accompagne d'un décalage avec la réalité. « Le Japon représenté dans les animes est souvent très différent de la société japonaise », souligne Marika Sato, 29 ans, professionnelle du marketing à Tokyo. Elle rappelle que certains enjeux sociaux restent invisibilisés: « Près de la moitié des femmes au Japon ont été victimes d'attouchements au moins une fois dans leur vie ». Même réserve chez la graphiste Maya Kubota, 28 ans, qui dit apprécier l'intérêt pour son pays mais se montre mal à l'aise face à certains excès, comme les commentaires affirmant que « les Japonais sont à un autre niveau ». Cette vision idéalisée repose aussi sur une esthétique forte: « Les gens associent le Japon à des images soigneusement composées », analyse Seio Nakajima, professeur à l'université Waseda, en faisant le lien avec la philosophie de L'empire des signes de Roland Barthes. « Si les gens se concentrent sur la forme plutôt que sur le sens, il devient plus facile de devenir viral. »
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Le phénomène touche des voyageurs du monde entier. « En Russie, il est très populaire de “hyper ” (vanter exagérément)le Japon », confie Tatiana Mokeeva, une touriste russe de 25 ans. Pour Rocky Louzembi, cette fascination peut s'accompagner d'une vision réductrice de l'archipel: « Le problème est que certains visitent le pays avec un regard très enfantin et stéréotypé », ignorant discriminations et inégalités. Une partie de la génération Z se moque donc ouvertement de ces « Japan glazers » et ces codes sont même repris par le monde de l'entreprise, comme un bureau de poste à Créteil pointant cet « effet Japon » dans une communication humoristique. Mais pour beaucoup de visiteurs, la fascination demeure. « Le Japon est un endroit culturellement unique », estime l'Américaine Tessa Mason, 32 ans. « Il est à la hauteur de sa réputation. »


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