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« Offrir la possibilité à des millions de personnes de trouver un emploi et de voir leurs revenus progresser est bien plus porteur que le simple versement de prestations sociales. Un tel revirement de la dépense publique permettrait, finalement, de revenir à l’essentiel. » (Nicolas Goetzmann, le 19 mars 2014 dans "Atlantico").

Il y a onze ans et demi, le 20 novembre 2014, j'avais publié un petit billet avec ce titre assez provocateur : "La France est-elle un pays libéral ?". Soyons clairs : la France, comme la plupart de nos pays voisins en Europe, est un pays où l'on peut jouir tant de la liberté politique (on choisit ses gouvernants) que de la liberté économique (on peut créer une entreprise, initier un projet, etc., et aussi on peut acheter ce qu'on veut à qui on veut).
Mais, car il y a un mais, si l'on prend en considération la part de la dépense publique sur la richesse nationale (PIB), alors on peut se demander si la France est vraiment un pays libéral puisque plus de la moitié de la richesse nationale est dépensée par l'État (financée à quatre cinquième par les prélèvements obligatoires et un cinquième par la dette). Cette évolution, très symptomatique de la France d'après les premiers chocs pétroliers (avec un renforcement à partir de 1981 et la victoire de François Mitterrand), montre d'ailleurs que la France du Président Emmanuel Macron, celle de 2026, est beaucoup moins libérale que la France de Léon Blum, celle de 1936, d'il y a juste quatre-vingt-dix ans (la victoire du Front populaire a eu lieu le 3 mai 1936), car la France a adopté, surtout à la Libération, un modèle social plébiscité pour ne pas laisser de côté les populations les plus défavorisées.
C'est d'ailleurs la ligne de mon courant de pensée, démocrate chrétien, qu'on peut faire remonter au catholicisme social de Léon XIII (la doctrine sociale de l'Église), qui est qu'il faut certes de la justice sociale, mais avant de redistribuer la richesse, il faut d'abord la créer, donc prendre des mesures d'efficacité économique. Tout faire pour la prospérité économique et ensuite, redistribuer par solidarité entre les personnes (cela peut aussi s'appeler personnalisme communautaire, mais cet adjectif est maintenant connoté négativement pour d'autres raisons).
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Le problème, c'est que la perception est différente de la réalité. Ainsi, il y a un arrière-fond idéologique très ancien, datant de la fin du XIXe siècle, qui veut faire croire que le pays est capitaliste, libéral, et même ultralibéral avec Emmanuel Macron (alors qu'au contraire, et l'évolution de la dette publique le démontre, les dépenses publiques n'ont cessé d'augmenter), et que les inégalités ne cessent de croître.
Parler d'inégalités n'a pas forcément beaucoup d'intérêt, sinon laisser s'exprimer une certaine jalousie vis-à-vis des réputés riches. Ce qui importe, ce n'est pas qu'il n'y ait pas de riches ; ce qui importe, c'est qu'il y ait moins voire pas du tout de pauvres. Or, l'idée généralement admise à gauche, c'est qu'en taxant les riches, on enrichit les pauvres. La justice sociale ne doit pas avoir pour but l'égalité sociale, mais la solidarité nationale : que tous les citoyens puissent avoir le minimum pour vivre, se nourrir, se loger, se chauffer, s'instruire, se cultiver, etc. La justice sociale ne doit donc pas faire de l'égalitarisme social mais une juste répartition de la richesse qui ne doit pas non plus décourager ceux qui la créent (car sinon, soit ils s'en iront, c'est possible dans un pays libre, soit ils s'arrêteront de créer de la richesse et préféreront ne rien faire).
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Je me suis surpris moi-même à penser avec un biais dans cet article sur la France est-elle un pays libéral, car j'y écrivais que la fonction redistributrice était en panne. C'est plutôt la perception que cette fonction redistributrice serait en panne, car la réalité, c'est que la France est la championne de la redistribution. Championne du monde !
Les statistiques de l'INSEE peuvent faire dire beaucoup de choses mais elles sont neutres et impartiales. Or, qu'en est-il ? "Le Parisien" a fait un petit schéma intéressant, publié le 16 avril 2026, qui reprend les dernières données de l'INSEE en matière de redistribution. Ce schéma en lui-même suffit à rappeler que nous sommes parmi l'un des pays les plus soucieux de la solidarité nationale, et je m'en félicite, mais j'aimerais que le débat de l'élection présidentielle porte justement sur ce sujet en toute conscience, est-ce que ce modèle social, qui se poursuit avec de graves défauts financiers, est adapté à notre temps ? Est-ce qu'il faut au moins qu'il soit approuvé par tous, et pas par défaut ?
L'INSEE a pris les données de 2023 sur le revenu annuel en le classant en dix déciles, des 10% les plus aisés aux 10% les plus modestes. Avant transferts, les 10% des revenus les plus aisés sont évalués en moyenne à 152 500 euros par an, et les 10% des revenus les plus modestes à 5 800 euros par an. Cela signifie que les 10% les plus riches gagnent en moyenne plus de 26 fois ce que gagnent les 10% les plus pauvres. Sans doute que cet écart, d'ailleurs, s'accroît, mais ce n'est pas cela qu'il faut regarder, justement, lorsque notre modèle économique et social est basé sur la redistribution.
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En effet, après redistribution, c'est-à-dire après les transferts publics (impôts, taxes, cotisations sociales d'un côté, prestations sociales, éducation, police, etc. de l'autre côté), la différence est nettement moindre. Les plus aisés après transferts publics gagnent 94 100 euros par an, tandis que les plus modestes gagnent 26 600 euros par an, ce qui veut dire qu'après redistribution, le rapport des 10% plus riches sur les 10% plus pauvres n'est plus x26 mais seulement x3,5, soit presque dix fois moins.
On retrouve cet ordre de grandeur les précédentes années, comme en 2022 (x24 avant redistribution, x3,8 après redistribution). On peut aussi retourner les données dans un autre sens. Ainsi, en 2018, le taux de pauvreté des ménages vivant en logement ordinaire en France métropolitaine est passé de 22,3% avant redistribution à 14,8% après redistribution, soit une réduction de 7,5 points, ce qui n'est pas négligeable.
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L'argent de la redistribution n'est effectivement pas négligeable puisqu'il correspond à un quart du PIB environ (très grossièrement ; en 2018, 500 milliards d'euros). L'autre indicateur à connaître, c'est qu'environ 6 Français sur 10 (précisément 57%) perçoivent plus de prestations et de services publics qu'ils ne versent en impôts, taxes et cotisations. Cela signifie que ce modèle ne peut être que populaire puisque la majorité y gagne, mais il n'est pas pour autant financé de manière vertueuse puisque seul le recours à l'emprunt le soutient à bout de bras.
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Donc, on pourrait même dire que le système (qui, je le répète, n'est plus financé sainement puisqu'il y a une dette publique de plus de 3 300 milliards d'euros) est trop redistributif car il n'encourage pas ni à faire des études ni à prendre des risques en créant une activité économique. Le deuxième décile passe effectivement de 1 000 à presque 3 000 euros par mois tandis que le huitième décile passe de 4 400 à 4 000 euros par mois, soit une différence de seulement 1 000 euros par mois entre les 10-20% plus modestes et les 20-30% plus aisés.
En fait, non seulement on taxe déjà très largement les supposés riches, mais probablement bien trop par rapport aux dits super-riches. C'est la définition de la richesse qui devrait être revue, car l'État a plus un problème de financement de ses dépenses que de justice fiscale. Il y a bien sûr très peu de super-riches (et il ne faut pas parler en déciles) et donc, leur forte taxation n'aboutirait qu'à leur disparition et une faible ou moyenne taxation ne financerait pas grand-chose. Plus on descend dans les revenus, plus le nombre de personnes concernée est élevé, ce qui permet d'avoir plus de recettes de l'État. C'est la raison pour laquelle les classe moyennes-moyennes plus sont les plus taxées, car c'est fiscalement le plus efficace (mais certainement pas économiquement le plus efficace !).
Toutefois, le schéma proposé avec les dix déciles ne donne pas forcément une vision exacte de la réalité car population active et population inactive y sont mélangées. Un autre schéma peut compléter la compréhension qu'on peut avoir de la situation actuelle, toujours avec des données INSEE de 2023.
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Et la première observation, c'est qu'après redistribution, les employés et les ouvriers n'en sont pas vraiment les bénéficiaires de la redistribution, les ouvriers y perdent même un tout petit peu (36 300 avant, 35 800 euros par an après redistribution !).
Les grands gagnants de la redistribution en France, ce ne sont pas les plus modestes, ce sont les retraités. Attention, il ne faut mal interpréter. C'est logique qu'ils soient les grands gagnants dans la mesure où leur revenu avant encaissement de pension de retraite est certainement très faible (indépendants, etc.). C'est comme si on mettait les demandeurs d'emploi en catégorie, ils seraient largement bénéficiaires de la redistribution (ou encore les patients d'un hôpital).
On voit du reste que si on prend l'ensemble de la population, le revenu moyen après redistribution y gagne, passant de 44 300 à 45 700 euros par an. Comme le premier principe de thermodynamique doit s'appliquer (dans un système fermé, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), la différence montre... la nature déficitaire de notre système de redistribution qui risque donc la banqueroute.
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