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”La flotte fantôme russe, c’est plus de mille navires qui se comportent comme des trafiquants”

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La petite maquette blanche posée sur l'armoire basse du bureau de l'amiral de division Tanguy Botman a tous les atours du yacht pour riches héritiers amateurs de sensations fortes. Il s'agit en réalité d'un prototype de drone marin développé par plusieurs entreprises belges. À côté, une photo du commandant de la Marine belge avec ses homologues européens, à Riga, en Lettonie, lors de leur réunion annuelle visant à faire le point sur les grands enjeux du moment. "Dronification" des conflits, menace russe, blocage du détroit d'Ormuz… L'amiral Botman revient sur les défis auxquels la Marine belge est confrontée.

Quel est l'état de la menace russe au large des côtes belges et européennes ?

La guerre hybride est en cours. Le principe de cette menace hybride, c'est qu'on ne peut jamais l'attribuer avec certitude (identifier ses auteurs, NdlR). Il y a la flotte fantôme qui permet à la Russie de contourner les sanctions internationales et d'exporter du pétrole et du gaz. Il y a des navires marchands qui transportent des drones : on constate une activité suspecte de drones et comme par hasard un navire n'est pas loin en mer. En Allemagne, la résidence du Chancelier a été survolée pendant qu'un navire passait au large. Il y a aussi l'espionnage : un navire qui s'arrête dans les eaux belges sans raison. Il y a des destructions d'infrastructures sous-marines. On a vu plusieurs fois en mer Baltique des navires laisser traîner leur ancre et casser des câbles sous-marins. La menace hybride est réelle. On la voit tous les jours.

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Comment évolue l'intensité de cette guerre hybride ?

Elle ne faiblit pas, mais l'Europe y répond mieux. Nous avons progressivement mis en place des structures de protection qui renforcent notre résilience. La menace demeure, mais ses effets sont aujourd'hui mieux contenus et moins visibles qu'avant.

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La menace hybride est réelle, on la voit tous les jours, mais ses effets sont mieux contenus et moins visibles qu'avant.

Le chef de la Défense belge, le général Frederik Vansina, disait récemment que les arraisonnements des navires de la flotte fantôme, notamment celui de l'Ethera par les forces belges, portent leurs fruits.

Exactement, on voit que ça porte ses fruits. Cette flotte fantôme, c'est plus de mille navires qui sont frappés de sanctions parce qu'ils ont un faux pavillon (c'était le cas de l'Ethera, NdlR), parce qu'ils ne respectent pas les conventions internationales en matière de sécurité ou d'environnement, etc. Ils se comportent comme des trafiquants dans les eaux internationales. Mais avec les mesures que nous avons prises, on se rend compte que les bateaux sont plus régulièrement escortés par des navires de guerre russes, qu'ils sont moins nombreux et qu'il y a donc moins de trafic, qu'ils effectuent aussi des détours (par l'ouest du Royaume-Uni plutôt qu'en coupant par la mer du Nord et la Manche, NdlR)… Pour le moment, on ne repère plus aucun navire avec un faux pavillon qui passe par la Manche, et encore 3 navires par semaine par l'ouest du Royaume-Uni. En parallèle, entre 5 à 7 navires russes ou avec un pavillon correct passent par la Manche chaque semaine, et 7 par l'ouest du Royaume-Uni.

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La menace russe a-t-elle les mêmes conséquences sur le trafic maritime international que le conflit entre l'Iran et les États-Unis qui a provoqué le blocage du détroit d'Ormuz ?

Non. La Russie n'est pas un État côtier d'un détroit international. Et elle ne cherche pas à avoir un impact international comme l'Iran en bloquant le détroit d'Ormuz. La Russie mène une guerre hybride, donc non attribuée. Entre l'Iran et les États-Unis, on est dans le cadre d'un conflit déclaré. L'Iran assume de bloquer le détroit et elle a les moyens de le faire.

Le Primula, un chasseur de mines belge, a été prépositionné en mer Méditerranée en vue d'une éventuelle intervention dans le détroit d'Ormuz. Les nouveaux échanges de tirs entre l'Iran et les États-Unis retardent-ils un tel déploiement ?

Le navire sera mis en œuvre dès que le gouvernement l'ordonnera. Pour cela, il y a deux conditions : un mandat international clair et un cessez-le-feu permanent. Pour le moment, le cessez-le-feu permanent n'est pas là.

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Le Primula sera chargé de déminer le détroit d'Ormuz. La zone est-elle particulièrement minée ?

On n'a pas d'informations classifiées affirmant qu'il y a des mines. En revanche, la mine est une arme psychologique. Il suffit d'en avoir quelques-unes pour bloquer le trafic maritime. Nos chasseurs de mines sont capables de détecter, identifier et neutraliser les mines. Mais aussi de dire avec beaucoup de certitudes que, dans telle zone, il n'y a pas de mines, que les eaux sont sûres. La première chose à faire, c'est donc d'aller sur place et vérifier s'il y a des mines.

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